Me Richard Dubé. Source: Droit-inc
Me Richard Dubé. Source: Droit-inc

Oubliez le baratin que vous utilisez sur Tinder, un criminaliste explique comment se comporter pour faire craquer les jurés!
Avez-vous déjà eu l’impression de mener une « guerre de sympathie » devant des jurés? L’avocat criminaliste Richard Dubé, de ses 25 ans d’expérience dans des procès pour meurtres, fraudes ou trafics de stupéfiants, nous explique les soft skills qui font une différence face à des jurés.

Dans l’émission Pénélope, vous mentionnez l’amendement à la loi qui ne permet plus aux avocats de la Couronne et de la Défense d’intervenir dans la sélection des jurés. Quelles conséquences cet amendement peut-il avoir selon vous sur les procès avec jury?

Avant l’amendement de la loi (à la suite de l’affaire Colten Boushie) qui a éliminé les récusations péremptoires, chaque partie avait le droit d’exclure un membre du jury sans donner de raison. On filtrait les candidats qui ne nous intéressaient pas. Ce filtrage pouvait durer plusieurs heures. À la fin on obtenait un jury qui plaisait aux deux parties et on éliminait les extrêmes. Aujourd’hui, seul le juge peut récuser, mais pour cause uniquement. Le risque, c’est que les extrêmes intègrent le jury. Cette méthode élimine les préjugés, mais elle pose une question : est-ce que cela va provoquer des mésententes, des conflits de valeur qui vont empêcher les jurés de s’entendre en délibération? Et donc faire avorter des procès?

En quoi les procès avec jury sont-ils un défi pour un avocat de la défense?

Un procès criminel, c’est un exercice de communication. La communication avec un juré est plus nuancée qu’avec un juge, qui est un spécialiste du droit. Face à un jury, on doit démontrer notre compétence, notre combativité. On doit les convaincre de qui on est et qu’on représente bien notre client. Car quand on n’aime pas quelqu’un, on ne le respecte pas, on ne l’écoute pas.

Quels conseils donneriez-vous à un avocat de la défense qui débute sa carrière pour convaincre les jurés?

D’être compétent, d’être bien préparé. C’est comme pour n’importe quelle performance. Il y a douze personnes en face qui vous regardent et qui vont décider à la fin. Il ne faut pas chercher à séduire sur des bases superficielles. Oui, il y a un jeu de séduction, mais sobre. Il faut montrer sa force de conviction. Ce n’est pas de l’éloquence. Il faut faire preuve de fiabilité et de crédibilité.

Quels peuvent-être les désavantages des procès devant jury?

Lorsque le juge rend un verdict, il explique comment il a appliqué le droit. Mais dans un procès avec jury, on ne connaît pas le raisonnement des jurés. Le jugement a-t-il été rendu sur les faits, sur le droit? Il y a peut-être des erreurs judiciaires qui s’opèrent.

Faut-il réformer les procès avec jury, organiser des formations en amont pour les jurés?

Le juge instruit en droit les membres du jury avant un procès. Les procès devant jury sont une institution et je ne pense pas qu’elle sera réformée. La seule solution, c’est de ne pas commettre de crime, pour ne pas se retrouver devant un jury.

Mais c’est une institution qui a du bon quand même, qui permet un jugement de considération humaniste, des verdicts de sympathie. C’est une justice plus humaine en regard de la loi.