Anne Babin tient dans ses bras sa chienne Léa, qui a été tuée par un autre chien depuis lors. Source: Radio-Canada
Anne Babin tient dans ses bras sa chienne Léa, qui a été tuée par un autre chien depuis lors. Source: Radio-Canada
L’attaque mortelle d'un bichon frisé par un grand danois à Carleton-sur-Mer il y a une semaine pose la question de la responsabilité dans cette affaire. La propriétaire du bichon et l’éleveur du grand danois rejettent la faute sur la façon dont le grand chien a été élevé depuis son adoption, qui n’aurait pas été adéquate. La loi stipule d'ailleurs que dans de telles situations, les propriétaires sont responsables des dommages causés par leurs animaux.

Anne Babin habite Carleton-sur-Mer. Depuis 12 ans, elle était la maîtresse de Léa, mais le 16 juillet, tout a basculé. Dans un camping privé de la ville, sa chienne d’à peine 3,5 kilos a été attaquée par un grand danois, une race de chiens très forts qui pèsent une moyenne d'environ 70 kilos.

L’attaque a été fatale à la petite chienne.

Anne Babin se dirigeait vers sa roulotte, son bichon frisé dans les bras, après que l'animal fut parti explorer brièvement le terrain de ses voisins. « C'est à ce moment que la bête s'est mise debout pour me sauter dessus et m'a arraché mon chien des bras. Elle l'a pris dans sa gueule, lui a broyé le thorax, lui a percé le cœur et l'a rejeté au sol. La dame n'a pas été en mesure de contenir sa bête, qui était trop forte et uniquement tenue par un collier », raconte avec émotion la propriétaire de Léa.

Selon Mme Babin, ce n’est qu’une fois son chien tué que le grand danois l’a relâché. « Mon chien s'est vidé de son sang dans mes bras sans que nous puissions faire quoi que ce soit », relate-t-elle.

La propriétaire du grand danois, nommé Tokyo, a assisté à la scène, impuissante et incapable de contrôler son animal. Elle était en pleurs, selon Mme Babin.

Cette dame aurait ensuite contacté Mme Babin sur les réseaux sociaux pour s'excuser. La propriétaire du grand danois lui aurait par le fait même mentionné qu'elle irait dès le lendemain porter son animal chez l'éleveur de Gaspé où elle l’avait adopté. Elle aurait ajouté qu'elle se savait dans le tort et qu'elle assumait complètement sa responsabilité.

Michel Bourget est le propriétaire de La Vallée des géants, un élevage de grands danois à Gaspé. C’est chez lui qu’est né et qu'a grandi Tokyo avant que sa famille de Carleton-sur-Mer ne l'adopte, l’été dernier.

Pour M. Bourget, l'explication de cette attaque est claire. « Il n’a pas été élevé avec assez de fermeté. Ce n’est pas une race méchante, le grand danois, mais ils ont besoin d’être bien élevés et avec fermeté », affirme-t-il.

Il estime que cela n’a pas été le cas dans cette famille. « Il était plus comme un jouet qu’un chien. Ils l’aimaient, donc ils n’avaient aucune autorité et lui laissaient faire tout ce qu’il voulait. C’était lui le boss, c’était le patron là-bas. Ça aussi, ça a manqué », dit-il.

« Le problème, c’est le propriétaire, pas le chien », selon Michel Bourget, propriétaire de l'élevage La Vallée des géants.

Depuis que Tokyo est de retour chez l’éleveur, celui-ci affirme que le comportement du chien est exemplaire. « Il va très bien et avec nous il est très gentil, même doux comme un agneau. Je l’amène partout en auto et il n’a montré aucune méchanceté. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. Je ne comprends pas la réaction qu’il a eue », raconte-t-il.

M. Bourget confirme que les grands danois ne sont pas une race de chiens reconnue comme étant dangereuse ou particulièrement agressive avec d'autres animaux. « Je n’ai jamais vu ça. Je n’ai jamais entendu parler de ça et j’ai eu des grands danois toute ma vie », assure-t-il.

Le caractère imprévisible de l’agression montre d'ailleurs à quel point la vigilance est toujours requise.

« Tu ne sais jamais ce qu’il peut arriver avec un gros chien, parce que c’est un gros chien. (La propriétaire) aurait dû avoir une muselière pour son chien. C'est l’erreur qu’elle a faite », selon Michel Bourget, propriétaire de l'élevage La Vallée des géants.

Un précédent pour le grand danois

Même si Tokyo est désormais « doux comme un agneau », selon l’éleveur, ce n’est pas la première fois qu’il s'en prend violemment à un autre chien.

À la suite de l’attaque, dont elle a parlé sur les réseaux sociaux, Anne Babin a reçu les témoignages de deux propriétaires dont les chiens ont été attaqués par le même grand danois. Dans leur cas, les agressions n'ont pas été fatales. Constatant que le chien avait récidivé, tous trois ont décidé de porter plainte auprès de la Ville de Carleton-sur-Mer.

Le degré de dangerosité de l’animal devra donc probablement être évalué par un vétérinaire. C’est exactement ce que compte faire son éleveur, qui attend que la Ville de Carleton le recontacte à ce sujet.

Cependant, M. Bourget entend garder le chien chez lui, peu importe le résultat de l’évaluation du vétérinaire. L'éleveur sent qu’il a une part de responsabilité et veut éviter qu’une telle chose se reproduise à l'avenir.

Michel Bourget est convaincu qu'une autre attaque ne surviendra pas si Tokyo reste avec lui. « Moi, je les élève bien. Je ne suis pas méchant, mais je suis ferme, et c’est moi qui suis le boss », souligne-t-il.

Le rôle de la Ville

« S’il est déclaré dangereux, je vais le garder en conséquence. Il va rester dans un enclos, et quand je vais sortir avec lui, il va avoir une muselière et je ne le laisserai pas en liberté avec les petits chiens, il va toujours être en laisse », affirme M. Bourget.

Sur le site Internet de la Ville de Carleton-sur-Mer, il est d'ailleurs mentionné qu’un chien de plus de 20 kilos doit porter un harnais ou un licou dans les lieux publics et qu’un chien doit « en tout temps être sous le contrôle d’une personne capable de le maîtriser ».

Dans le cas de Tokyo, ces consignes n'ont pas été respectées.

Anne Babin comprend très bien que les municipalités ne peuvent pas surveiller chaque bête. Elle se demande toutefois si elles ne pourraient pas en faire plus que seulement publier des rappels de la loi dans le journal. La femme souhaite que « les propriétaires irresponsables » soient sanctionnés.

« Si vous n'êtes pas capables de contrôler vos animaux, vous ne devriez pas en avoir ! », selon Anne Babin, propriétaire de la chienne Léa, attaquée mortellement.

Anne Babin souligne qu'il n'est pas toujours évident de dénoncer les attaques de chiens dans une petite ville comme Carleton-sur-Mer, où tout le monde se connaît. Elle invite pourtant les gens à le faire pour empêcher que de nouvelles agressions ne surviennent. Elle estime que sa chienne Léa serait toujours en vie si ça avait été le cas.

« Faut-il attendre qu'un chien s'en prenne à un enfant ou à un humain pour agir ? » se questionne-t-elle.

Autre chien, même problème

L'automne dernier, Raphaële Bérubé se trouvait au sommet du mont Castor, à Matane, avec ses deux chiens attachés à un harnais de course, quand son pinscher nain, Gustave, a été attaqué. Un chien qu’elle affirme être un pitbull, sans propriétaire ni laisse, a surgi de nulle part, a empoigné son petit chien par le cou et s’est mis à le secouer.

« Le premier réflexe que j’ai eu sur l’adrénaline, ça a été d’essayer de me mettre les mains dans la gueule du pitbull pour essayer de le séparer de Gus, mais je me suis fait mordre », raconte la jeune femme.

Raphaële Bérubé relate que pendant ce temps, deux personnes âgées avec qui elle discutait avant l'attaque essayaient de l’aider en tapant sur l’animal avec un bâton. « Moi, je donnais des coups de pied sur ses côtes, je n’ai jamais autant forcé de ma vie, mais il ne lâchait pas », se remémore-t-elle.

Finalement, après ce qui lui a paru comme une éternité, le pitbull a lâché son chien après avoir entendu quelqu'un siffler.

« Ses maîtres étaient à environ 500 m, à l’autre bout de la montagne. Je hurlais. Je criais au meurtre. On aurait pu m’entendre à 20 km et ils ne venaient pas. Et tout d’un coup, j’entends siffler et le chien lâche Gustave », selon Raphaële Bérubé, propriétaire du chien Gustave.

Très ébranlée, Mme Bérubé a rapidement compris toute l’urgence de la situation. « Mon chien était skinné comme un lapin, tout coupé et sa peau tout arrachée. J'ai pris Gus dans mes bras et on a couru en bas de la montagne », se souvient-elle.

Chez la vétérinaire de garde à Rimouski, l'opération pour sauver Gustave a duré deux heures et demie. Sa maîtresse raconte qu'il en est ressorti avec environ 45 points de suture et que la vétérinaire, spécialiste en agressivité canine, « n’en revenait pas de ses blessures ».

Même si la propriétaire du pitbull avait laissé ses coordonnées après l'attaque, elle n'a jamais voulu rembourser les frais de 2500 $ du vétérinaire. Raphaële Bérubé a donc lancé une procédure à la Cour des petites créances.

La loi est claire

Le site Éducaloi rappelle pourtant clairement qu'un propriétaire est responsable des dommages causés par son animal.

Le propriétaire d’un chien demeure responsable des dommages que cause son chien même s’il n’avait aucun contrôle sur celui-ci au moment où le dommage a été causé.

Aujourd’hui, Raphaële Bérubé soutient que son chien va bien, mis à part son énorme cicatrice. « Je pense que c’est moi qui suis le plus traumatisée dans l’histoire », admet-elle.

Sauf que l’affaire ne s'arrête pas là. Raphaële Bérubé a découvert que des amis à elle étaient voisins des propriétaires du pitbull qui s'en est pris à Gustave. Ses amis affirment eux aussi que leur chien a déjà été visé par ce pitbull qui ne serait jamais en laisse, selon eux.

Mme Bérubé dénonce l'inaction de la Ville de Matane dans ce dossier.

« Je leur ai dit qu’il y avait eu une attaque d’un chien de race pitbull, qui premièrement est interdite sur le territoire selon les règlements municipaux, et deuxièmement, c’est une attaque violente avec un dossier de la police et ils ne font rien », selon Raphaële Bérubé, propriétaire du chien Gustave

La jeune femme affirme ne pas avoir été prise au sérieux par les personnes contactées à la Ville.

La Ville lui aurait répondu « qu’elle ne s’occupe pas de cas comme ça » en faisant référence à l'évaluation du pitbull, même après que Raphaële Bérubé leur eut recommandé la vétérinaire spécialisée qui a opéré Gustave.

« Si les municipalités ont des règlements, qu’ils les appliquent, lance Raphaële Bérubé. Imaginez si j’avais été avec un enfant. Et si j’avais été seule sans mes chiens, est-ce qu’il m’aurait sauté dessus? Parce que mes chiens sont zéro agressifs, ils sont super bien élevés et on venait de courir huit kilomètres. Ils étaient brûlés, mais il nous a attaqués. »

Anne Babin et Raphaële Bérubé dénoncent toutes deux le manque d’efforts et l’inaction des municipalités impliquées dans leur dossier respectif. Les deux femmes espèrent que des engagements seront pris pour éviter que les drames qu'elles ont vécus avec leurs chiens ne se reproduisent plus.