La candidate de QS dans Camille-Laurin, Marie-Eve Rancourt, reconnaît avoir mal agi... Source: Radio-Canada / Facebook / Guy Misson
La candidate de QS dans Camille-Laurin, Marie-Eve Rancourt, reconnaît avoir mal agi... Source: Radio-Canada / Facebook / Guy Misson
La candidate de Québec solidaire (QS) l’avocate Marie-Eve Rancourt a choisi de retirer sa candidature après avoir été prise en flagrant délit au moment où elle remplaçait un tract péquiste par un des siens dans la boîte aux lettres d'un électeur.

C'est le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui en a fait l'annonce lundi après-midi. Il a soutenu du même souffle que c'est Mme Rancourt elle-même qui a pris cette décision.

Québec solidaire ne figurera donc pas sur les bulletins de vote de la circonscription de Camille-Laurin, dans l'est de Montréal.

« Ce n'est pas une décision prise de gaieté de cœur. Mais j'ai dit à Marie-Eve que c'était une bonne décision, a dit M. Nadeau-Dubois. Marie-Eve ne souhaitait pas devenir une distraction pour la campagne de Québec solidaire. Je suis d'accord avec elle »

Il a raconté avoir eu avec son ex-candidate « une discussion franche » au terme de laquelle « elle s'est excusée de sa grave erreur de jugement ».

« Le message est clair : ce ne sont pas des gestes qui sont acceptables à Québec solidaire. (...) On veut faire des campagnes fairplay, on veut faire des campagnes dans les règles de l'art. », ajoute-t-il.

« Ça n'a pas été un après-midi facile pour personne, vous le comprendrez. Mais la page est tournée. On reprend le travail. Il reste une semaine à cette campagne électorale », a-t-il dit.

Questionnée à ce sujet, Élections Québec affirme qu'un candidat peut retirer sa candidature à tout moment durant la campagne. Si les bulletins de vote ont déjà été imprimés, son nom sera tout simplement rayé à la main, et tous les électeurs en seront informés lorsqu'ils se présenteront à leur bureau de scrutin.

Au moment d'écrire ces lignes, Marie-Eve Rancourt n'avait toujours pas communiqué avec Élections Québec pour faire retirer sa candidature. Le vote par anticipation étant déjà enclenché, son nom figurait toujours sur les bulletins de vote lundi soir.

Lorsque Mme Rancourt confirmera son retrait, les votes qui ont été recueillis en faveur de Québec solidaire dans Camille-Laurin seront annulés. Les électeurs ne pourront pas voter à nouveau.

Un geste « immoral » et « antidémocratique »

Paul St-Pierre Plamondon, qui est candidat péquiste dans Camille-Laurin, a fait savoir aux médias qu'il « prenait acte » de cette décision. En mêlée de presse après un débat dans sa circonscription, il a refusé à de nombreuses reprises de commenter davantage la situation, affirmant vouloir se concentrer sur sa propre campagne.

Marie-Eve Rancourt n'était pas au débat des candidats de la circonscription de Camille-Laurin, qui avait lieu lundi soir. Source: Radio-Canada / Sébastien Desrosiers
Marie-Eve Rancourt n'était pas au débat des candidats de la circonscription de Camille-Laurin, qui avait lieu lundi soir. Source: Radio-Canada / Sébastien Desrosiers
Le hasard a voulu que le débat dans Camille-Laurin ait lieu le jour même du désistement de Mme Rancourt. Durant la soirée, son nom figurait toujours à la table des candidats, devant une chaise vide.

Un peu plus tôt, alors qu'il revenait des Îles-de-la-Madeleine, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon avait affirmé qu'il attendait toujours des explications de la part de Québec solidaire mais qu'il avait reçu des excuses du co-porte-parole du parti.

« J’accepte les excuses, mais la signification du geste demeure la même. « Si c’était au PQ, je pense que je rencontrerais la personne pour lui dire : Je suis désolé, mais tu ne peux plus faire partie de l’équipe » », avait déclaré M. St-Pierre Plamondon.

Il a également qualifié ce geste d'« immoral » et d'« antidémocratique ».

Pas de plainte

Le citoyen qui a capté les images de l'ex-candidate solidaire, Guy Misson, a salué sur les réseaux la décision de Mme Rancourt.

« Je tenais à vous écrire pour saluer votre geste, écrit-il. Tout d'abord, pour ma part, vos excuses sont acceptées. J'avais quand même pris la décision d'aller porter plainte à la police demain matin, mais étant donné votre décision de vous retirer, je vais m'en abstenir ».

« Les conséquences de votre geste sont largement suffisantes, sans en ajouter d'autres qui seraient bien plus dommageables pour vous », ajoute-t-il dans sa publication sur sa page Facebook.

Questionné lors de son point de presse à savoir si des plaintes avaient été déposées, Gabriel Nadeau-Dubois avait répondu que ce n'était pas le cas, du moins, à sa connaissance.

Contacté par Radio-Canada plus tôt dans la journée, M. Misson s'était dit choqué par le geste de l'ex-candidate.

Filmée à son insu

Le geste de Mme Rancourt, qui est avocate, a été diffusé sur Facebook grâce à une des caméras de surveillance installées autour de la résidence de Guy Misson, dans le secteur de Mercier.



Les images diffusées sur le réseau social montrent d'abord une bénévole péquiste venir déposer un dépliant de Paul St-Pierre Plamondon dans la boîte aux lettres du résident en question.

On voit ensuite Mme Rancourt déposer son propre tract dans ladite boîte aux lettres... et reprendre celui laissé auparavant par le Parti québécois.

Plus tôt dans la journée, Marie-Eve Rancourt avait présenté ses excuses à M. Misson. « Vous avez raison, je m'excuse, je n'aurais pas dû faire ça, a-t-elle écrit sous sa publication, sur son compte personnel. Cette journée-là a été difficile (ce n'est pas une raison, je sais). Je suis désolée. Bonne fin de campagne. »

Sur son compte de candidate, Mme Rancourt a également « (tenu) à (s'excuser) personnellement à Paul St-Pierre (Plamondon) ». « Cela n’aurait jamais dû arriver, a-t-elle reconnu. Tous les candidats ont leur place dans cette course et je m’engage à finir ce sprint électoral dans le respect et les règles de l’art. »

Située dans l'est de Montréal, la circonscription de Camille-Laurin est âprement disputée cette année. M. St-Pierre Plamondon espère y déloger le député sortant, Richard Campeau, de la Coalition avenir Québec.

Lors des élections fédérales de 2021, le candidat libéral dans Calgary-Skyview, George Chahal, avait également été filmé par une caméra de surveillance en train de remplacer le dépliant d'un adversaire par le sien dans la boîte aux lettres d'un électeur. Révélée après son élection, cette affaire lui avait valu une amende de 500 $.