Aujourd'hui Me Deschamps pratique au sein du groupe du droit des affaires de McCarthy. Titulaire d'un beau parcours professionnel, il en évoque les différentes étapes.

1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ?

Bien que j’étais un littéraire, j’ai pensé que je pouvais toujours m’intéresser par moi-même à la littérature et qu’il n’était donc pas requis de faire des études dans le domaine. Quant aux sciences politiques et à la sociologie, ce sont des sciences qui relèvent beaucoup de l’opinion et qui sont très subjectives ; j’ai donc pensé que pour connaître le fonctionnement de la société, il serait préférable de m’orienter vers le droit.

Cela dit, je ne me suis pas inscrit avec pour objectif de faire une carrière d’avocat. Je me souviens d’ailleurs encore que l’été qui a précédé mon été en droit, j’hésitais entre une carrière de comédien et le droit, comme j’avais eu une offre d’une troupe de théâtre d’avant-garde.

Une fois en droit, j’ai aimé la discipline, et j’ai pensé, en même temps que je m’intéressais aux affaires, devenir professeur d’université. Une discussion avec le doyen de la faculté m’a fait conclure qu’il serait autant, sinon plus intéressé à recevoir ma candidature de professeur si j’avais complété deux ans de pratique plutôt que l’équivalent d’études post-graduées. Je n’ai donc pas fait d’études post-universitaires comme j’en avais le projet et, après deux ans de pratique, j’ai accepté une offre de chargé de cours en droit bancaire.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière/dans votre emploi actuel ?

Aux jeunes avocats, Me Deschamps conseille d'être les plus généralistes possible
Aux jeunes avocats, Me Deschamps conseille d'être les plus généralistes possible
Je pourrais vous parler de dossiers d’insolvabilité qui m’ont occupé pendant plusieurs années, d’acquisitions ou de litiges qui m’ont conduit devant la Cour suprême. Les dossiers les plus importants et les plus récents sont en effet ceux que l’on est porté à citer en premier lieu.

Mais je ne référerai pas à un ou à des dossiers comme exemple de plus grand défi professionnel. Le plus grand défi de ma carrière et celui qui doit constamment être relevé, est celui de savoir combiner mes divers intérêts, aussi bien dans ma pratique que dans les activités non reliées aux clients.

J’ai débuté ma carrière en faisant du litige. Je suis ensuite allé vers l’insolvabilité, ce qui m’a amené au droit transactionnel et réglementaire, puis à la mise en place de financement impliquant plusieurs juridictions, et donc au droit international privé.

Les avocats aujourd’hui ont moins souvent cette chance de faire à la fois du litige et du droit des affaires. Pour moi, c’est un défi que de continuer de faire les deux. Sans avoir la prétention de dire que je serais très bon dans des procès où le litige est principalement factuel, je crois qu’il n’est pas plus difficile de plaider des questions de droit que de donner une conférence ou un cours – et c’est très stimulant!

L’autre défi est de savoir combiner ces deux aspects de ma pratique avec mes autres activités, dont notamment l’enseignement, que je fais depuis maintenant 40 ans. J’enseigne non pas tant pour l’aspect intellectuel de la chose aujourd’hui, mais pour chercher à développer l’intérêt et la passion du droit chez les étudiants. Dans mon cas, la théorie nourrit la pratique, et vice versa.

Je continue aussi à apprendre par le biais de divers conférences, publications et travaux, comme dans le cadre de ma participation comme délégué canadien à la Commission des Nations Unies sur le droit commercial international et auprès d’UNIDROIT.

Le défi quotidien est de savoir combiner tout cela.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il ?

Sans être convaincu que cela puisse se réaliser, ce que j’aimerais vouloir changer a trait à la complexité de nos lois, de la réglementation et des contrats, auxquels il faudrait apporter une plus grande simplicité et davantage de clarté. On pourrait répondre que cette complexité est une conséquence de celle, croissante, de la société, mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une réponse satisfaisante.

Dans bien des domaines, on ne fait pas l’effort, et on ne prend pas le temps de produire une loi plus simple qui soit écrite dans un langage plus clair. Lorsqu’on compare par exemple des contrats d’ici portant sur des financements très complexes avec ceux des Britanniques, on s’aperçoit que les leurs sont plus simples, plus concis et plus lisibles que plusieurs contrats semblables d’ici qui sont souvent inspirés du droit américain. Je crois que la concision doit être une qualité dans tous les systèmes juridiques.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ?

Elle n’est à mon avis ni meilleure ni pire. Je constate que les gens qui ont eu l’occasion de traiter avec des avocats sont généralement plus positifs à leur égard que les gens qui n’ont pas eu à le faire. Il existe évidemment des stéréotypes dont nous sommes en partie responsables. Cela dit, ils ont toujours existé : à preuve, Honoré Daumier, au XIXe siècle, faisait déjà des caricatures sur les avocats !

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et qui souhaite devenir une sommité dans son domaine de pratique ?

Mon premier conseil est de chercher à être le plus généraliste possible. Rares sont les grands praticiens qui n’ont pas une bonne théorie juridique. Après quelques années, vous aurez autant besoin de vos connaissances techniques dans votre champ de spécialisation que du flair ou des
instincts que le fait d’être généraliste vous aura permis de développer. A défaut, vous aurez beaucoup de difficultés à donner des conseils qui seront autres que ceux relatifs à des questions pointues et spécifiques.

Mon deuxième conseil est de continuellement savoir développer vos connaissances et maximiser votre apprentissage. Vous pouvez apprendre davantage que ce que vous apporte le cadre de vos dossiers : sachez lire des articles et vous tenir au courant, en continuant toujours de développer vos connaissances théoriques.

En vrac…

• Quelques grands livres qu’il a lus et beaucoup aimés : « Au plaisir de Dieu » Auteur : Jean D'ormesson, « Innocent » Auteur : Scott Turow, « Barney’s version » Auteur : Mordecai Richler

• Dernier bon film qu’il a vu : « Le Liseur » Réalisateur : Stephen Daldry

• Pays où il aime toujours retourner : Autriche (et à Vienne).

• S’il n’était pas avocat, il serait… Comédien, metteur en scène ou auteur de romans policiers !


Biographie

Michel Deschamps est associé de McCarthy Tétrault à Montréal. McCarthy Tétrault est l’un des cabinets d’avocats les plus importants au Canada, ayant des bureaux dans plusieurs grandes villes canadiennes ainsi qu’à Londres.

Me Deschamps exerce en droit bancaire, en droit commercial et en droit du financement des entreprises. Il a une longue expérience en matière de crédits aux entreprises, de financement de projets, de litiges bancaires, de transactions bancaires internationales et de réglementation des institutions financières.

Il enseigne le droit bancaire à la faculté de droit de l'Université de Montréal depuis 1972. Il a donné de nombreuses conférences au Canada et à l’étranger à l'intention de juristes et de gens d'affaires. Me Deschamps est l’auteur de nombreuses publications en droit bancaire, en droit des sûretés et en droit international privé. Il est président du comité de la Revue du Barreau du Québec et du comité du droit des sûretés du Barreau du Québec.

Me Deschamps est très impliqué dans des projets de réforme du droit commercial au Canada et à l’échelle internationale. Il a participé, à titre de délégué canadien, aux travaux de la Commission des Nations Unies sur le droit commercial international (CNUDCI) ayant conduit à l’adoption en 2001 de la Convention des Nations Unies sur les cessions de créance. Il a aussi été délégué canadien lors de l’élaboration de la Convention de Cape Town relative aux sûretés sur les avions signée en novembre 2001 ainsi que de la Convention d’UNIDROIT sur les titres intermédiés signée à Genève en 2009. Il participe présentement à d’autres travaux de la CNUDCI et d’UNIDROIT sur la réforme du droit des sûretés de même qu’à des travaux de la Conférence pour l’harmonisation des lois au Canada relatifs à la mise en œuvre de conventions internationales.

Me Deschamps est né le 4 novembre 1948. Il a obtenu sa licence en droit de l'Université de Montréal en 1969 et fut admis au Barreau du Québec en 1970. Il est également membre de l’Association du Barreau canadien et de l’International Bar Association. Il a reçu en 1989 la médaille de la Faculté de Droit de l’Université de Montréal et en 2001 la médaille de l’Université de Montréal. En 2003, il est devenu Fellow de l’American College of Commercial Finance Lawyers et correspondant d’UNIDROIT; il a aussi reçu en 2003 la médaille Paul-André Crépeau décernée par le Barreau canadien à un juriste ayant contribué à l’avancement des aspects internationaux du droit commercial. En 2008, le Barreau du Québec lui a accordé la distinction Avocat émérite.

Il est recommandé dans les principaux guides d’évaluation des avocats au Canada, aux États-Unis et en Angleterre comme étant l’un des chefs de file en droit bancaire et financier au Canada.