Tourné longtemps avant l'arrestation, le mois dernier, de l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), accusé d'agression sexuelle par une femme de chambre new-yorkaise, "Sex Crimes Unit" devrait profiter de l'effet DSK, mais aussi du récent procès pour viol de deux policiers, très suivi aux États-Unis.

"J'ai eu beaucoup de chance", a confié la réalisatrice Lisa Jackson. Dans son documentaire, elle présente toutes les facettes du travail des procureurs, montrés en train d'examiner une scène de crime, de choisir des jurés, ou de discuter de base-ball.

Le documentaire évoque aussi l'aspect bureaucratique du métier, les longues journées de travail et les personnalités zélées, mais aussi très humaines des procureurs, dont certains sont directement impliqués dans l'affaire Strauss-Kahn et celle des deux policiers.

"C'est tellement idéalisé à la télé", note Coleen Balbert (photo), procureur adjoint à Manhattan. Dans la réalité, "on sait qu'on essaie de faire au mieux, mais que parfois, les gens s'en fichent", y compris les victimes, ajoute-t-elle. "Il faut vraiment se blinder".

Le bureau du procureur de Manhattan possède une unité s'occupant des crimes sexuels depuis 1974, la "Sex Crime Unit", présentée comme la première du genre à avoir vu le jour aux États-Unis. Elle compte aujourd'hui une quarantaine de juristes et en permanence environ 300 affaires à traiter.

Lisa Jackson, qui a notamment réalisé "The Secret Life of Barbie" et "The Greatest Silence: Rape in the Congo", souhaitait depuis des années tourner un film sur cette unité s'occupant des crimes sexuels. Elle en avait parlé avec Robert Morgenthau, qui était procureur de Manhattan en 2009, alors qu'il s'apprêtait à prendre sa retraite, après avoir passé 35 ans dans cette fonction.

En général, les procureurs n'aiment guère évoquer leur travail en dehors du tribunal. Ainsi, les services du procureur actuel de Manhattan, Cyrus Vance Jr, ont refusé une demande d'interview pour le documentaire. Mais Robert Morgenthau avait dit qu'il soutenait le projet de Lisa Jackson.

"Je pensais que c'était important pour les gens de comprendre comment on traite les crimes sexuels", a-t-il déclaré la semaine dernière dans un entretien téléphonique. Concernant le documentaire, il a estimé qu'il permettait d'"apprendre quelque chose" tout en accrochant le spectateur.

Si Lisa Jackson a pu tourner pour la première fois dans les bureaux de la "Sex Crime Unit", on lui a aussi imposé certaines limites: ne pas utiliser de séquences concernant toute affaire non résolue au moment de la finalisation du film. Des scènes liées à l'affaire impliquant les désormais ex-policiers Kenneth Moreno et Franklin Mata ont dû notamment être coupées au montage, a observé Lisa Jackson. Franklin Mata et Kenneth Moreno ont été reconnus coupables officiellement le mois dernier de faute professionnelle, mais ils ont été acquittés de toutes les autres accusations, notamment de viol.

Coleen Balbert, qui est particulièrement mise en avant dans le documentaire de Lisa Jackson, a joué un rôle clé dans leur procès. Le documentaire montre aussi deux de ses collègues qui ont travaillé sur l'affaire Strauss-Kahn, la responsable de la "Sex Crime Unit" Lisa Friel et le procureur adjoint John "Artie" McConnell.

Un cas présenté dans le documentaire est particulièrement poignant: celui de Natasha Alexenko, violée alors qu'elle était lycéenne par un homme qui l'avait suivie jusque chez elle en 1993. Quatorze ans plus tard, elle a reçu un appel des procureurs l'informant qu'un échantillon d'ADN avait permis d'identifier un suspect, Victor Rondon.

"Je me suis dit, ces gens se sentent toujours concernés. Ils travaillent toujours là-dessus", a-t-elle expliqué. Rondon a été reconnu coupable et condamné à une peine comprise entre 44 et 107 ans de prison.