Dans la section de Québec, 48% des avocats sont des femmes, nous rapporte le site officiel du Barreau. Une féminisation de la profession que nous confirment deux jeunes avocates.

Pour Me Lakeb, le fait d'être une femme n'a jamais été un obstacle
Pour Me Lakeb, le fait d'être une femme n'a jamais été un obstacle
La première, Louisa Lakeb, exerce sa profession en pratique privée ; la seconde, Catherine Isabelle travaille au sein du cabinet Fasken Martineau à Montréal.

« Le fait d’être une femme n’a jamais été un obstacle ! », nous confie Me Lakeb. Au contraire, selon elle, cela peut même constituer un bel avantage ! « Certaines de mes clientes, notamment dans des affaires d'harcèlement sexuel ou de congé maternité se sentent bien plus à l’aise face à une femme », affirme-t-elle.

Selon Me Isabelle, au jour d’aujourd’hui, les femmes ont exactement les mêmes opportunités que les hommes sur le terrain. « Bien sûr qu’être une femme implique une approche différente dans le développement des affaires. Par exemple, une femme n’ira pas prendre un verre avec un client, ce serait mal interprété. Pour le reste, d’après mon expérience personnelle, je peux dire qu’hommes et femmes ont les mêmes chances ! », dit-elle.

A-t-elle déjà été confrontée à du sexisme dans l’exercice de sa profession ?

« Jamais au sein du cabinet ! Fasken et Martineau ont un comité de diversité très actif. En ce moment même, il travaille sur une mise à jour de la politique de diversité », déclare Me Isabelle. Et ce ne sont pas les seuls. Les grands cabinets québécois semblent prendre cette lutte pour une égalité hommes/femmes très au sérieux.

Politiques mises en place

Les initiatives en faveur des femmes sont l'une des priorités de McCarthy selon Me Tremblay
Les initiatives en faveur des femmes sont l'une des priorités de McCarthy selon Me Tremblay
C’est par exemple le cas de deux grands cabinets : Heenan Blaikie, et McCarthy Tetrault. Chez McCarthy Tetrault, les femmes représentent la moitié de leurs sociétaires et 1/5ème des associés. Beaucoup d’initiatives sont menées, au quotidien, pour elles. « Il s’agit de l’une des plus grandes priorités stratégiques du cabinet », nous confie Me Chantal Tremblay, membre du CIO de McCarthy Tetrault et représentante de la région Québec.

Elle nous présente cinq innovations phares au Québec :

  • Le programme de soutien parental : des services gratuits pour accompagner les parents avant et après la naissance.
  • Le parrainage : chaque avocate est dotée d’un binôme qui l’aide à assurer une bonne transition, avant et après son congé.
  • La politique de travail flexible : diminuer les heures chargeables.
  • L’accès gratuit à un consultant externe : un soutien pour apprendre à concilier vie professionnelle et vie de famille.
  • La prise en charge des dépenses de gardiennage.

« Tout est payé par le cabinet. Le but est de s’assurer que les avocates restent au sein du cabinet. Jusqu’ici, c’est un franc succès. Certaines m’assurent que sans cela, elles ne seraient sûrement plus avec nous », nous dit Me Tremblay.

Même chose chez Heenan Blaikie : pour garder ses femmes, il faut savoir les rendre heureuses. « Quand une avocate est promise à un bel avenir, on ne veut pas la perdre ! Personnellement, j’adore travailler avec des femmes, elles sont souvent très minutieuses », nous assure Guy Tremblay, associé directeur du cabinet et récipiendaire du titre honorifique Avocat émérite décerné par le Barreau du Québec.

Mais ?

« Le grand défi aujourd’hui, c’est l’accommodement. Nous recrutons de très jeunes femmes et se pose inévitablement la problématique des enfants, et des congés maternités. Certes, on s’en accommode et on les accommode, mais il y a toujours des limites à ce qu’il est possible de faire », explique Me Tremblay.

Avocate et mère : possible ?

« A la question « Voulez-vous des enfants ? », toutes les jeunes femmes devraient répondre OUI ! Ce discours commun entraînerait une prise de conscience des cabinets Si je devais donner un conseil aux jeunes étudiantes, ce serait de toujours rester honnêtes et de ne jamais mentir sur leur intention d’avoir des enfants. Dès l’entrevue, il faut montrer aux cabinets que, face à cette question, ils n’ont plus le choix », nous explique Louisa Lakeb.

Pour Me Isabelle, carrière et désir d'enfants peuvent être conjugués
Pour Me Isabelle, carrière et désir d'enfants peuvent être conjugués
Prolongation des congés maternités, implantation des cabinets à proximité des garderies, réduction du temps de travail : les politiques mises en place chez Heenan Blaikie ne manquent pas, selon Guy Tremblay. « Nous, les cabinets, on essaie de s’insérer dans cette problématique là. On fait tout ce qui est possible raisonnablement pour les accommoder mais on ne peut pas empêcher certaines avocates de renoncer au milieu juridique ou de se lancer dans de plus petits cabinets », déclare Me Tremblay.

Des tentatives d’accommodement qui trouvent aussi leurs limites dans le contexte particulièrement compétitif du milieu juridique, selon lui. « C’est difficile parfois parce que nous sommes avant tout des entreprises de service. Les clients exigent une totale flexibilité de notre part », nous explique-t-il. Du coup, il peut être difficile pour une femme de concilier sa vie personnelle et ces exigences là!

Devenir mère, c’est donc devenir hors jeu ?

« Dans les grands cabinets actuels, cette question reste au cœur des débats. Lors d’un congé maternité, finies les heures facturables ! Et les dossiers sont confiés à quelqu’un d’autre ! », nous explique Louisa Lakeb. Catherine Isabelle, en revanche, est convaincue que désir d’enfants et ambitions peuvent être conjugués. Et elle compte bien en être la preuve vivante ! « Je suis enceinte et… comblée. Tant par le cabinet que par les clients », assure-t-elle. En effet, elle nous confie envisager cet heureux événement comme un véritable challenge.

A-t-elle peur des pressions et réalités du terrain ?

« Je ferai tout pour arriver à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Je désire tout autant être présente pour mes enfants que continuer à être ambitieuse et connaître le succès », nous dit-elle.

A-t-elle peur de la réticence de certains cabinets ?

« Je suis moi-même en charge du recrutement et je peux vous dire que cela constituait peut-être un problème il y a 15 ans, mais pas aujourd’hui, pas en 2011 », conclut-elle.

Un bel exemple de volonté, que ne viendra pas contredire Guy Tremblay. « Je constate que très souvent les femmes font de très grandes avocates !», conclut-il.