Le Québec, Me Nathalie Ferreras le voyait un peu comme une porte d’entrée dans le monde du travail nord-américain.

À l’époque, elle exerce au sein d’une PME française de 150 salariés, Astriane. Elle est juriste d’entreprise.

Nathalie Ferreras juriste en France, a du ravaler sa fierté et accepter un boulot de secrétaire juridique pour vivre
Nathalie Ferreras juriste en France, a du ravaler sa fierté et accepter un boulot de secrétaire juridique pour vivre
Elle y rédige et négocie les contrats d’affaires, monte des dossiers disciplinaires et de litige, veille sur la propriété intellectuelle de l’entreprise.

Le 6 mai 2010, elle dépose officiellement ses valises dans la Belle Province.

Mais, lorsqu’elle cette juriste spécialisée en droit des affaires, et diplômée de l’Institut droit des affaires d’Aix-en-Provence en France, vends sa voiture, vide ses comptes en banque et emporte toute sa petite famille avec elle, elle ignore encore que la route sera semée d’embûches.

« Tout de suite, je me suis confrontée à l’équivalence des diplômes et à la reconnaissance de ma profession. Ces mots qui, avant mon départ de France, n’étaient que des notions, ont pris toute leur signification ici au Québec », confie-t-elle.

À l’image des juristes français, elle n’est pas inscrite au Barreau de son pays d’origine et ne bénéficie donc pas de l’Accord de Reconnaissance Mutuelle signé entre le Conseil national des barreaux français et le Barreau du Québec.

« J’ai donc du ravaler ma fierté et accepter un travail de secrétaire juridique pour vivre. Finies les responsabilités, l’autonomie, les recherches juridiques, la satisfaction d’avoir trouvé une solution juridique adaptée aux réalités de l’entreprise, ou celle d’avoir rédigé un contrat bien ficelé…. »

En juin 2010, elle intègre Morency avocats.

« On était loin de la tournure internationale que je voulais donner à ma carrière ! Je me suis retrouvée à effectuer du travail administratif et à écrire, à la virgule près, ce qu’un avocat me dictait, sans aucune marge de manœuvre, dit-elle, mais je n’ai rien de négatif à dire sur le cabinet. Ils m’ont fait confiance et embauchée, même avec mon profil atypique. »

Solution

« J’ai donc décidé de trouver une solution, de fouiller dans la loi, comme je l’ai toujours fait. »

En juin 2011, elle dépose un dossier d’équivalence auprès du Barreau du Québec qui lui demande 45 crédits à l’université, soit 1 an et demi à temps plein.

« Un peu découragée mais pas au point de renoncer au rétablissement de mon statut, j’ai commencé au plus vite cette équivalence, au sacrifice de mes enfants, de ma vie de famille. »

Trois soirs par semaine, après son travail, elle se rend à la faculté pour étudier.

Un soir pas comme les autres, elle n’en peut plus. Elle fouille alors le site du Barreau du Québec en quête d’une meilleure alternative.

Nathalie Ferreras a eu la même idée que Maryse Grob embauchée aussi par Welch Bussières
Nathalie Ferreras a eu la même idée que Maryse Grob embauchée aussi par Welch Bussières
« Je découvre alors qu’un "candidat à l’exercice de la profession" peut demander un permis restrictif temporaire pour exercer dans son champ de compétence, tout en passant son équivalence auprès du Barreau du Québec… »

« Voilà ma porte de sortie, ma bouffée d’air ! »

Coïncidence : une autre juriste, Me Maryse Grob, dont Droit-Inc a retracé le parcours, a eu la même idée. Le dossier, plaidé en appel par Me Simard, ouvre la voie.

Me Ferreras reçoit une réponse favorable, en mars 2012.

Le 10 avril, elle est assermentée au Barreau du Québec.

« C’est une expérience très éprouvante, parfois difficile à vivre, il serait alors aisé de tout laisser tomber. Mais il ne faut pas baisser les bras et persévérer, croire en soi même si le système fait en sorte qu’on a tendance à être dévalorisé. »

Comme Me Grob, elle a été embauchée par Welch Bussières où elle occupe le poste d’assistante du Directeur du département des affaires internationales dans la gestion de la clientèle et le développement.

Elle y a notamment mis en place un système d’impartition du droit français des affaires pour ses clients français avec mise en place d’un audit interne, et d’une hotline juridique.

Le but, explique-t-elle, c’est être des juristes d’entreprise à distance- quasiment intégrés à l’entreprise, et proches des problématiques entrepreneuriales.

« Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir donnée une chance, de m’avoir accueillie afin que je puisse prouver, à moi-même et aux autres juristes étrangers qui vont suivre le même chemin que moi, que je suis toute aussi compétente que les avocats, dans mon domaine. »