Katell Burot est drôle. Pourtant, elle est comptable. Cela vous étonne ?

Soyons clair : à l’instar de l’avocat, les clichés mènent la vie dure au comptable.

Katell Burot, loin des préjugés sur les comptables, n'a rien d'austère
Katell Burot, loin des préjugés sur les comptables, n'a rien d'austère
Car la jeune femme de 33 ans que l’on rencontre n’a rien d’austère : elle arbore le sourire d’une jeune maman épanouie, nous parle d’humain plutôt que de chiffres, a d’autres passions dans sa vie que l’audit et les états financiers.

Et même si elle est spécialisée en « services conseils en préparation de l’information financière » chez RSM Richter Chamberland, cabinet indépendant d’expertise comptable, de services conseils à l’entreprise et de consultation.

Qu’est-ce donc que ce mot a priori barbare ?

« Il y a deux facettes dans mon métier, explique-t-elle, d’abord une facette plus interne qui est un support aux équipes qui font de la vérification et de l’audit. »

C’est là qu’elle intervient en tant qu’assistant technique pour la résolution des enjeux comptables, et effectue la revue des états financiers pour des compagnies publiques, dernière étape avant qu’un état financier soit publié.

« Ensuite, au niveau externe, c’est les services conseils en préparation de l’information financière, poursuit Mme Burot. On peut travailler directement pour des clients, lorsqu’ils ont des manques de ressources à l’interne par exemple, et qu’ils ont besoin de personnes pour préparer les états financiers ou pour analyser des contrats d’un point de vue comptable. »

Aussi, explique-t-elle, son travail peut prendre la forme d’un service spécifique pour accompagner une compagnie qui souhaite s’inscrire en Bourse.

Ainsi, les aide-t-elle à préparer leurs états financiers de manière à ce qu’ils soient conformes à ce que demandent les règles comptables pour des compagnies listées en bourse.

Pas par passion

Elle, qui travaille aujourd’hui par moyenne 50 heures par semaine, n’est pas devenue comptable par passion.

Pourtant, elle a toujours su qu’elle souhaitait travailler dans le domaine privé, autour de l’entreprise, préférant le milieu des affaires plutôt que celui de la haute administration.

« Au début, je dirais que ce n’est pas par passion, mais de fil en aiguille, on fait notre parcours d’étudiant, on a différentes opportunités », explique celle qui se dédie aujourd’hui 100% aux services conseils en préparation de l’information financière.

Au début donc, elle est en France.

Bretonne d’origine, elle obtient un Diplôme à Sciences Po Lille, section Économie et finance, et un Master d’audit comptable et financier à l’Université de Paris Dauphine. Par la suite, elle exerce au sein de PricewaterhouseCoopers.

Direction Montréal

En 2005, elle débarque à Montréal.

« Ces dernières années, j’ai fait énormément de conversions IFRS aux normes internationales qui sont devenues les normes obligatoires pour les compagnies publics et celles listées en bourse. »

La comptable française a toujours su qu'elle voulait travailler dans le privé
La comptable française a toujours su qu'elle voulait travailler dans le privé
Son rôle est de faire les diagnostics, d’identifier les écarts, les différences, de résoudre les enjeux techniques, d’aider les compagnies dans le cheminement de l’information additionnelle qui va être nécessaire.

« L’information comptable, qui se reflète dans les comptes, vient des opérations à l’intérieur de l’entreprise, et il faut donc s’assurer que tous les canaux de transmission de l’information soient bien en place. »

Son dernier deal référé ? La rédaction de notes aux états financiers pour une compagnie publique.

Un métier humain

« Il y a quand même de l’humain dans la relation avec le client, avec les équipes », assure Mme Burot.

Ces chiffres et notions financières laissent même une place à une vie de famille, dit cette maman de deux enfants en bas âge.

« C’est l’un des avantages du Canada par rapport à la France, il est plus facile de s’organiser pour une maman ici dans le sens où l’on peut travailler plus tôt le matin. Je rentre régulièrement vers 17h30- 18h, j’ai donc le temps de voir mes enfants avant qu’ils ne s’endorment, puis… on retravaille après ! »

Son travail ne l’empêche pas non plus de s’adonner à sa passion pour la danse. Son mari et elle possèdent même une école de ballroom à Montréal où elle y est professeure.

Selon elle, les qualités essentielles pour mener à bien ses missions sont : la rigueur, l’organisation, capacité d’analyse et de synthèse.

« D’un point de vue technique, oui, c’est parfois difficile car les questions qui nous arrivent sont toujours différentes, il faut aller chercher dans ses ressources internes. Il y a toujours la peur de donner la mauvaise réponse. »

Différents mais complémentaires

Les avocats et les comptables ?

« Deux mondes qui ne parlent pas le même langage ! » plaisante-t-elle.

« Quand un comptable parle à un avocat cela peut être drôle. Nous sommes tous enfermés dans nos domaines et rien que la sémantique est différente. Pour nous, lire un article sur une norme comptable ne pose aucun problème, mais l’avocat, lui, va être un peu perdu, et vice versa s’il s’agit d’une loi», déclare-t-elle.

Pour autant, si leur façon de penser est différente, ils sont complémentaires.

En effet, il y a deux domaines où ils font affaire ensemble : d’un côté, si une entreprise privée décide de se mettre en bourse, elle a l’obligation de donner des informations.

Le comptable aide au contenu du document, les avocats gèrent l’aspect réglementaire de la forme du dit document.

« On travaille en lien, on se tient au courant des échéances au téléphone. »

De l’autre, il y a les litiges qui portent sur des enjeux comptables.

Mme Burot a récemment collaboré avec Me Éric Dunberry et Marie-Christine Hivon, de Norton Rose
Mme Burot a récemment collaboré avec Me Éric Dunberry et Marie-Christine Hivon, de Norton Rose
« Ils nous aident énormément dans l’approche : comment mettre les arguments dans l’ordre et de façon stratégique ? Préparer un contre-interrogatoire ? Les avocats ont l’habitude de se placer dans ce genre de situation », dit-elle.

Dernièrement, Mme Burot a collaboré avec Me Éric Dunberry et Marie-Christine Hivon, de Norton Rose. Mais aussi avec des cabinets comme Fasken Martineau, Lavery, ou Davies.

« Pour se référer les clients, c’est donnant donnant, cela marche dans les deux sens, et c’est normal. »

Avec Norton Rose, toutefois, ce n’était pas un référé, RSM Richter Chamberland avait déjà fait un litige pour le client, donc ils ont tous deux été engagés en parallèle.

Vous n’avez pas encore collaboré avec elle ?

Écoutez-la, en vidéo, vous expliquer pourquoi vous devriez le faire…