1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir une autre profession? Vous en rêviez depuis que vous étiez tout petit ou est-ce plutôt le fruit d’un hasard ?

Je ne pourrais dire que j’ai toujours rêvé d’être avocat ; la décision fait plutôt suite à une réflexion qui date de la fin du cégep. J’étais fasciné par les concepts de justice et de droit, et l’analyse de ce que je croyais être mes qualités et défauts me laissait penser que je pourrais bien faire en étant avocat.

Et quelles étaient ces aptitudes?

J’aime m’exprimer et communiquer verbalement et par écrit, et je crois être capable de faire preuve de persévérance, de patience et de focus. J’ai pour objectif de trouver des compromis et consensus et trouve une satisfaction personnelle bien réelle dans le fait de rendre satisfaction au client.

Comment est survenue la pratique de droit du travail et de l’emploi?

Le plus grand défi de Me Bonhomme, c'est son poste de coassocié directeur d'Heenan, mais il adore ça !
Le plus grand défi de Me Bonhomme, c'est son poste de coassocié directeur d'Heenan, mais il adore ça !
Le droit du travail et de l’emploi a plutôt été le fruit d’un concours de circonstances. Au début de ma première année de travail comme étudiant, le cabinet avait besoin de quelqu’un dans le secteur. Je me suis porté volontaire et ai adoré le domaine. J’aurais peut-être pu adorer d’autres domaines, il est vrai, mais le droit du travail et de l’emploi a été le premier avec lequel je suis tombé en amour !

2. Quels sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Mon plus grand défi est celui que je vis depuis le début de l’année 2012 à titre de coassocié directeur. Et… J’adore ça! Il est, cela dit, possible de faire des analogies entre ce nouveau rôle et ma pratique en droit du travail et de l’emploi. Pour une large part, la pratique implique en effet de la gestion : il s’agit évidemment d’une forme de gestion différente en ce qu’elle implique des collègues, des adversaires et le tribunal. La stratégie qu’on applique dans notre pratique est parfois à un niveau "micro", et parfois à un niveau "macro" - c’est la même chose dans le cadre de mes fonctions de coassocié. Le praticien de cabinet privé doit, s’il a une pratique florissante, faire du développement d’affaires, être vu et rencontrer des clients. Le coassocié directeur fait la même chose, mais multiplié par beaucoup plus ! Le défi réside en bonne partie dans ce niveau d’intensité plus grand, mais il ne s’agit pas là d’un terrain inconnu. Je ne me suis, en effet, pas senti, même s’il y a certainement beaucoup à apprendre, "perdu" dans mes nouvelles fonctions. Le fait que j’y aie été préparé dans le passé a certainement facilité les choses : j’ai pris part aux activités du bureau par le biais de plusieurs comités, dont le comité de compensation, et étais donc aguerri aux finances du bureau et à la façon d’analyser la performance d’un avocat et d’un cabinet, avant d’entrer en poste. Le fait que je travaille chez Heenan Blaikie depuis 1983 me donnait aussi un bon niveau de connaissance du fonctionnement du cabinet et des gens qui le composent. Malgré cette préparation et ces analogies, il s’agit indéniablement d’un défi de taille, pour lequel je serai en mode d’apprentissage perpétuel, et surtout en 2012-2013.

L’autre défi qui me vient en tête est d’avoir commencé à développer une niche en matière de congédiement & de contrats individuels de travail (par opposition aux rapports collectifs de travail), tant pour les cadres supérieurs que les employeurs. Se bâtir une crédibilité dans un champ de pratique qui était encore en devenir au début des années 80 représentait tout un défi. Je n’ai évidemment pas tout le mérite : je me suis fait aider. Sous la supervision et la collaboration de Feu Me Georges Audet, j’ai écrit le premier livre sur le congédiement dans ma première année. Cinq ans plus tard, la deuxième version a été publiée, puis ensuite la 3ème avec Me Audet et Me Clément Gascon. Le fait de savoir se trouver une niche dans laquelle pratiquer est un défi pour un jeune avocat. Il faut savoir l’identifier, pour ensuite s’y concentrer.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il (autre que, pour les avocats en entreprise, la réduction des frais juridiques externes) ? Quels sont selon vous les changements à anticiper au cours des années à venir quant à l’exercice de la profession en entreprise/en cabinet ?

Je crois que la faillite de Dewey & LeBoeuf (un des plus importants cabinets new-yorkais qui a fait faillite en 2012) force à recentrer le débat interne de la gestion des cabinets d’avocats vers ce que j’appellerais l’imputabilité et l’effort collectif. Cet événement agit un peu, à mon avis, comme un ‘wake up call’, et apportera sans doute des changements, en ayant notamment de l’impact sur notre type de facturation.

Quant à ce que nous devons revoir et changer, il s’agit probablement des concepts d’associés non participants. Il est en effet peut-être nécessaire d’introduire une notion différente de celle de salarié senior. Le marché juridique est en effet aux prises avec un surplus d’associés avec et sans participation, et nous dicte de revoir ces concepts. Tout le monde n’a pas pour objectif en effet de devenir associé avec participation. Cela est particulièrement vrai auprès des nouvelles générations, hommes ou femmes, et cela amène des changements en pratique privée qui devraient nous pousser à un repositionnement. Les catégories de praticiens ne faisant pas partie des associés avec participation devraient être davantage valorisées ; ceux qui ne sont pas associés avec participation ne devraient pas se sentir pointés du doigt. Je suis d’avis qu’il faut revoir le "up or out" et trouver des façons de revaloriser les praticiens ayant des statuts différents, en éliminant le stigma qui les accompagne parfois.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

Elle est à mon avis égale à ce qu’elle était, ce qui ne signifie pas qu’elle est bonne ! (Rires.)

Je crois qu’une des raisons de cette perception parfois négative réside dans le fait que les gens ne font souvent pas la différence entre le droit et la justice, des notions qui ne doivent pourtant pas être confondues. En effet, la loi n’est pas toujours juste et dépend du point de vue que l’on adopte : justice rendue ne signifie pas toujours "justice" au sens du dictionnaire. L’incompréhension de cette distinction entre les deux concepts mène certains à penser que les jugements rendus sont mal fondés. Plutôt que de blâmer le système judiciaire qui applique la loi telle qu’elle est, ces individus devraient plutôt critiquer la loi. Si les décisions rendues le sont conformément à la loi, les citoyens devraient plutôt, à mon avis, aller au-delà du système judiciaire et se plaindre du fait que la loi n’amène pas le résultat escompté, en faisant les pressions nécessaires pour la faire amender.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière qui veut connaître du succès en cabinet privé ?

Il faut d’abord et avant tout se montrer entrepreneur : il faut oser ! "Avoir du cœur au ventre" est une qualité nécessaire, et une qualité qui ne doit pas être confondue avec le fait de s’en tenir à faire des heures facturables ou de tenter de développer de la nouvelle clientèle : pour réussir, l’avocat doit travailler fort sur le problème juridique et pratique qu’il a devant lui. Il doit se montrer acharné, persévérant et méticuleux, et mettre le temps qu’il faut pour résoudre la question. Il ne faut pas croire que les causes gagnées et les contrats bien ficelés l’ont été sans beaucoup de travail ! Quand on travaille sur un dossier, on doit le faire à part entière.

En vrac…

• Grand amateur de magazines, il dévore… National Geographic, The Economist, Geo, MacLean’s.

• Dernier bon film qu’il a vu : « Chinatown » de Roman Polanski.

• Sa chanson fétiche : « Suite, Clouds & Rain » de David Gates.

• Son diction préféré : Faute avouée est à moitié pardonnée (il le dit souvent à ses enfants !)

• Son péché mignon : le foie gras poêlé !

• Ses restos préférés : la Chronique (Avenue Laurier), Les Cavistes (rue St-Denis), L’un Des Sens (Avenue Laurier).

• Un pays qu’il aimerait visiter : le Japon (il retournerait volontiers aux Baléares, cela dit...)

• Le personnage historique qu’il admire le plus (et pourquoi) : Jésus Christ. Pourquoi ? Parce que tout le monde en parle, en bien ou en mal, et qu’il a révolutionné le monde, qu’il ait ou non existé. Il aimerait donc le rencontrer pour percer le mystère, par curiosité historique et politique.

• S’il n’était pas avocat, il serait… romancier, scénariste ou réalisateur de films !

Bio

Coassocié directeur de Heenan Blaikie, Me Robert Bonhomme concentre sa pratique sur le droit du travail et de l’emploi, le droit administratif et le droit civil, et plus particulièrement sur tous les aspects de la relation d’emploi, qu’elle soit collective ou individuelle, partout au Canada. Sa clientèle œuvre tant dans le domaine privé que public, de juridiction fédérale ou provinciale. Au fil des années, il a développé une expertise en matière de rémunération et d'avantages sociaux (régime d'options d'achat d'actions, régime de retraite, etc.).
Me Bonhomme est adjoint à la rédaction de la revue Canadian Cases on Employment Law. Il est coauteur de plusieurs ouvrages spécialisés, tels que Wrongful Dismissal in Quebec, Le congédiement en droit québécois en matière de contrat individuel de travail, Le contrat de travail en vertu du Code civil du Québec, The Employment Contract under the Civil Code of Quebec, 14 Questions Frequently Asked in Quebec Labour & Employment Law et More Questions Frequently Asked in Quebec Labour & Employment Law. Il est également l’auteur de plusieurs textes portant sur le droit administratif et le droit du travail et de l’emploi et est fréquemment appelé à donner des conférences au Canada et à l’étranger. Par exemple, au cours des dernières années, il a signé des textes ou donné des communications sur des questions telles que la retraite obligatoire, les lois sur la protection des renseignements personnels et le flux transfrontalier des renseignements personnels sur les employés, le devoir d’accommodement des employeurs et la validité des ententes en droit du travail et de l’emploi.
Me Bonhomme se classe parmi les avocats les plus fréquemment recommandés par ses pairs, selon le sondage annuel du Canadian Legal Lexpert Directory, et figure depuis plusieurs années dans l’édition annuelle du Guide to the Leading 500 Lawyers in Canada, publié par Lexpert/American Lawyer. Le répertoire Which Lawyer? Yearbook de Practical Law Company lui attribue la cote « Leading Lawyer » dans les domaines du droit du travail et des régimes de prestations aux employés. Il fait également partie de la liste des avocats les plus compétents au pays, dans les éditions 2010, 2011 et 2012 du guide Chambers Global : The World’s Leading Lawyers for Business. Il est identifié comme l’un des meilleurs avocats dans le domaine du droit du travail et de l’emploi aux fins des éditions 2011 et 2012 du répertoire The Best Lawyers in Canada de Woodward/White et il a été classé parmi les leaders canadiens en droit du travail et de l'emploi pour les employeurs selon Who's Who Legal 2011 ; il a été également été nommé Avocat montréalais de l’année en droit du travail et de l'emploi aux fins de l’édition 2011 du répertoire Best Lawyers . Il est également le « Management Co-Chair of the International sub-section of the Employment Rights and Responsibilities (ERR) Committee » de la section du travail et de l’emploi de l’American Bar Association. Enfin, en raison de sa compétence et de son sens de l'éthique, Me Bonhomme s'est mérité la cote la plus élevée (« AV® PreeminentTM Peer Review Rated ») décernée par Martindale-Hubbell.