1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ?

Je suis un produit de l’école publique et de la polyvalente… et la mienne ne se classait pas au sommet du palmarès ! (Rires) Mes grands-parents ont vécu dans une ferme et il n’y avait aucun avocat dans la famille. J’étais cependant ambitieux et, au secondaire, j’avais pour objectif de "faire quelque chose de grand", sans pour autant savoir ce que ce serait. J’avais devant moi trois options : médecin, avocat ou ingénieur, je n’en connaissais tout simplement pas d’autres !

Le plus gros défi de Michel Lalande a été la privatisation de BCE
Le plus gros défi de Michel Lalande a été la privatisation de BCE
Je me suis donc dirigé vers les sciences pures au cégep… ce qui m’a fait éliminer la médecine et l’ingénierie. J’aimais la rigueur intellectuelle de la science, mais je trouvais que ça manquait de connexion humaine et que c’était, somme toute, plus théorique que pratique. J’étais "un gars avec une grande trappe", un de ceux qui parlent beaucoup… j’avais ce qu’il fallait pour devenir avocat, quoi! Sachant que je ne prenais pas vraiment de risque et que cette formation mène à tout, j’ai opté pour le droit, que j’ai fait à l’Université de Montréal.

Il était très important pour moi de commencer le plus rapidement possible à gagner ma vie : j’ai fait mon stage dès le baccalauréat terminé. Je ne connaissais rien au monde juridique à l’époque, et j'ai donc fait mes demandes de stage en appliquant auprès de tous les bureaux qui comptaient plus de 100 avocats en me disant que, s’ils étaient gros, ils devaient être bons aussi ! J’ai choisi mon stage sur la base des impressions personnelles que j’ai eues des gens que j’avais rencontrés et du sentiment d’être désiré. Chez Fasken, je me destinais d’abord vers le litige mais, comme beaucoup d’entre nous ne recevaient pas d’offre d’emploi à la fin du stage, j’ai considéré la chose comme un défi lorsqu’on m’a fait une place au sein du département de droit des affaires et valeurs mobilières.

Le hasard a d’ailleurs bien fait les choses en me faisant bifurquer vers le droit des affaires : je suis bien trop émotif pour le litige ! J’aurais probablement manqué du détachement nécessaire vis-à-vis de mes dossiers, et le résultat en aurait été que j’aurais passé toute ma carrière enragé et un peu frustré !

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Mon plus grand défi de carrière a été le dossier de la privatisation de BCE. Quand la transaction a été annoncée, c’était à 52 milliards de dollars à l’époque, la plus grosse privatisation de l’histoire du monde. Le dossier, incluant la contestation devant les tribunaux qui s’en est ensuivie, s’est déroulé sur une période de plus de deux ans, jusqu’au moment où la transaction a avorté en 2008.

J’ai passé deux ans d’une intensité que je n’avais jamais connue auparavant. Non seulement le travail était intense sur le plan des heures – pas une fin de semaine n’est passée sans que j’aie travaillé – mais les enjeux en cause et la dynamique humaine impliquée étaient, eux aussi, très intenses. Ces deux années suivaient par ailleurs cinq autres années bien intense pour la compagnie. Quand des gens se mettent à travailler sous un stress aussi important pendant une aussi longue période, les relations sont susceptibles de se fragiliser, et cela demande beaucoup d’énergie émotive pour passer au travers, sans compter la pression que cela met sur la vie de couple et familiale. Il n’empêche que ce fut pour moi un défi extraordinaire, qui m’a beaucoup fait apprendre.

Tout cela, c’est un peu comme une finale de la Coupe Stanley : tu la joues et soudain, la partie est terminée. Après, il est évidemment difficile de se remettre sur pied et de se motiver. J’ai moi aussi eu, après cet important dossier, besoin de me trouver d’autres défis. C’est de cette façon que j’ai été amené à avoir la responsabilité du marché des consommateurs et qu’aujourd’hui je me rapproche davantage du secrétariat. Il a fallu en un sens, que je prenne mes distances des fusions & acquisitions pour me trouver d’autres défis.

3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit d’un coup de baguette magique, de quoi s’agirait-il ?

Si j’avais une baguette magique, je ferais en sorte que tout le monde puisse répondre à une question en quatre points. C’est évidemment plus difficile de répondre de cette façon, mais cela oblige à aller à l’essentiel. Non seulement cela rendrait la vie de tous beaucoup plus facile, mais cela forcerait les gens à passer plus de temps à réfléchir qu’à parler, en nous aidant à tendre vers un meilleur équilibre.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis ?

De façon générale, il est vrai que plusieurs ont des commentaires désobligeants à dire à l’endroit de la profession. Cependant, les gens qui dans les faits ont besoin de services juridiques lorsqu’ils sont aux prises avec une situation difficile, apprécient bien souvent les services qu’ils reçoivent (s’ils sont de qualité, évidemment...) et se montrent reconnaissants.

Si ultimement la réputation de notre profession est mauvaise, nous n’avons que nous à blâmer : il est de notre responsabilité d’offrir des services hors pair.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un en début de carrière qui se demande comment réussir ou, en d’autres mots, comment se rendre là où Michel Lalande s’est rendu ?

La chose la plus fondamentale à la réussite, c’est de travailler fort. Je ne me suis pas retrouvé là où je suis parce que je suis plus intelligent que tout le monde ! Il faut pour réussir du talent, il est vrai, mais surtout une grande dose d’effort. Ceux qui occupent les postes clés sont en général ceux qui travaillent le plus fort.

Quelqu’un qui a une vision à long terme de ce qu’il souhaite faire et qui tient à rester en poste longtemps, doit nécessairement ne pas travailler que pour lui-même, en ne pensant qu’à se mettre en valeur sans penser aux autres.

Finalement, il faut aussi chercher à s’améliorer constamment, faire preuve d’humilité et chercher avant tout à travailler pour et dans les intérêts de l’organisation.

En vrac…

• Le livre qui est sur sa table de chevet en ce moment : « Last Night in Twisted River » de John Irving.

• Une série télé dont il a raffolé : Downton Abbey (6 dvds visionnés en… 2 semaines !)

• Son album fétiche : Golden Bombay de Misteur Valaire.

• Une expression qu’on lui connaît bien : Simonak !

• Son péché mignon : Remplir les réservoirs de son Cessna…

• Il rêve de quelle destination ? Aucune en particulier, mais le privilège de découvrir de nouveaux endroits avec sa femme et ses enfants lui plait toujours.

• Le personnage historique qu’il admire le plus et pourquoi ? Churchill, puisqu’il a inspiré tout un peuple en gardant un profond sens de l’État, sans verser dans le populisme.

• S’il n’était pas avocat, il serait… pilote de ligne! (c’est que Michel conduit son propre avion !)

Bio

À titre de Premier vice-président Chef du service juridique, Me Michel Lalande est responsable des affaires juridiques et du secrétariat corporatif pour BCE, Bell Canada et Bell Média. À ce titre, il est à la tête d’une équipe de 95 personnes, incluant près de 60 avocats basés à Montréal, Toronto et Calgary. Me Lalande s’est joint à BCE en 2000 en provenance de Téléglobe, après avoir débuté sa carrière en fusions & acquisitions et valeurs mobilières chez Fasken Martineau. Me Lalande, qui vit à Montréal avec sa femme et ses trois enfants, fut reconnu comme Chef des affaires juridiques de l’année lors des prix Commerce-ZSA en 2008, et a également été nommé l’un des « Top 40 Corporate Counsel: 40 and Under » au Canada.