Affaire Marc Ouellet : « Ça ne se peut pas que ce soit le cardinal », dit le juge
Radio Canada
2026-03-11 10:30:29
Le cardinal Marc Ouellet a nié catégoriquement les allégations d'une femme, qui avait suggéré qu'il s'était frotté contre elle.
Le procès en diffamation intenté par le cardinal Marc Ouellet n'était pas encore terminé mardi matin que le juge Martin Castonguay avait déjà annoncé ses couleurs. Lors des plaidoiries de la défense, il a multiplié les remarques qui laissent croire qu'il ne juge pas crédible la défenderesse, Paméla Groleau, qui dit avoir été victime d’agression sexuelle de la part du cardinal.

L’avocat de la défense, Me Justin Wee, a commencé sa plaidoirie finale en rappelant le témoignage de Paméla Groleau, qui dit avoir constaté une gradation des gestes de M. Ouellet à travers plusieurs rencontres, jusqu’au moment où il lui aurait fait glisser une main du dos jusqu’au pli fessier.
Sur le banc, le juge Castonguay s’est montré sceptique devant le récit de Mme Groleau, qui n’est plus du tout la même histoire que celle rapportée dans le recours collectif à l’origine de ce procès, a dit le magistrat.
Ne dites pas que ça n’a jamais changé. Ça a changé. Le juge a attaqué frontalement les différents événements qui auraient constitué cette gradation. Il s’est attardé, entre autres, à un moment où le cardinal aurait tenu longuement les mains de Paméla Groleau, et lui aurait demandé son nom à l’oreille. Si quelqu’un voit un problème là-dedans, moi, je n’en vois pas, a lancé Martin Castonguay.
La défense compte également sur des témoignages de faits similaires pour appuyer le témoignage de Paméla Groleau, notamment sur celui de Marie-Louise Moreau, entendu la semaine dernière. Aujourd'hui âgée de 84 ans, Mme Moreau a relaté que le cardinal, qui était alors recteur du Grand Séminaire de Montréal, s'était frotté sur elle en marge d’une messe en 1992. Elle aurait reconnu Marc Ouellet par son vêtement liturgique, sa chasuble de Pâques.
Or, cette date pose problème, a dit le juge, qui a estimé qu’il était impossible que Mme Moreau ait vécu ces événements à la date mentionnée.
Ce n’est pas rien que la date. Ça ne se peut pas que ce soit le cardinal, a ajouté le juge, mentionnant qu’il était possible qu’un autre prêtre ait pu porter la chasuble. Rappelons que le cardinal a intenté une poursuite de 100 000 $ contre Paméla Groleau après que son nom se soit retrouvé dans une demande d'action collective contre des prêtres du diocèse de Québec accusés d'agressions sexuelles.
« Un propos de mononcle »
Un autre échange tendu en salle d’audience est survenu lorsque Me Wee a mentionné des propos de nature sexuelle qu’aurait eus le cardinal à l’endroit de Paméla Groleau.
« C’est la deuxième fois qu’on se voit cette semaine, mais je peux vous embrasser encore, il n’y a pas de mal à se gâter un peu », aurait dit M. Ouellet à la jeune agente de pastorale. Le juge a interrompu net l’avocat. Il a peut-être eu un propos de mononcle, ça, c’est possible, mais de le faire passer à un propos de nature sexuelle, j’ai un problème avec ça.
Ce sera à vous de trancher, lui a répondu l’avocat. Ça va me faire plaisir, a rétorqué le juge Castonguay du tac au tac. Ce n'est pas la première fois dans ce procès que le juge Castonguay montre des signes d'agacement. Il a plusieurs fois sermonné un autre avocat de Mme Groleau, Me Alain Arsenault, lors des interrogatoires des témoins.
Mais il avait également laissé entendre la semaine dernière qu'il jugeait la défenderesse peu crédible. Madame invente, avait-il lancé en réaction à une objection de l’avocat de Paméla Groleau. Madame sort du cadre de l’interrogatoire, s’était-il toutefois repris aussitôt. Le procès étant clos, le juge Castonguay a mis la question en délibéré. Marc Ouellet a déjà dit que si le tribunal tranchait en sa faveur, il s'engageait à remettre l'argent à des organismes qui travaillent à prévenir les agressions sexuelles dans les communautés autochtones.
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