Comment la médiation transforme-t-elle la résolution des litiges?

Une série peut-elle influencer une carrière? Dans le cas de Me Antoine Godin-Landry, la série documentaire Les coulisses du Palais a assurément marqué son parcours.
Celui qui a débuté en droit civil et commercial avant de s’orienter vers le droit du travail et de l’emploi privilégie aujourd’hui une posture de tiers neutre et impartial.
Il exerce principalement comme enquêteur en milieu de travail pour la Commission de la fonction publique de Montréal, où il traite des plaintes liées notamment à la discrimination ou au harcèlement psychologique.
Parallèlement, Me Godin-Landry est médiateur de garde à la Cour des petites créances, un rôle qu’il exerce à titre de travailleur autonome.
On a échangé avec lui sur la façon dont les parties reprennent le contrôle en médiation et sur les qualités essentielles d’un bon médiateur.
Qu’est-ce qui vous a attirée vers la médiation et quels types de dossiers traitez-vous?
Ce qui m’a attiré, c’est l’idée que les parties puissent reprendre le contrôle du résultat. Contrairement au procès, où un juge doit trancher et désigner un gagnant et un perdant, la médiation permet de trouver un compromis mutuellement acceptable. Les parties ont l’occasion de négocier une solution qui répond réellement à leurs besoins, plutôt que de se voir imposer une décision.
Dans ma pratique, je vois fréquemment des dossiers de vices cachés en matière immobilière, notamment des copropriétés qui poursuivent des promoteurs. Je rencontre aussi des dossiers de vices cachés liés à des automobiles, ainsi que des dossiers de responsabilité civile générale, incluant parfois la responsabilité professionnelle.
Que signifie réellement, pour les parties, « reprendre le contrôle » dans le processus de médiation?
Dans la pratique, cela se traduit par la possibilité pour les parties de participer activement à la solution. Par exemple, supposons qu’une partie doit payer pour des services, juridiques, comptables ou autres. En arrivant en médiation, elle peut reconnaître sa responsabilité et accepter de payer une partie de la somme. Mais il arrive aussi qu’elle n’ait pas les fonds disponibles immédiatement.
Dans ce cas, la médiation permet de prévoir un échéancier de paiement graduel, ce qui serait difficile, voire impossible, dans un procès classique. Ce type d’arrangement recentre la discussion sur les intérêts réels et les enjeux sous-jacents, au-delà des simples réclamations monétaires. On peut ainsi établir un règlement qui n’est pas parfait, mais acceptable pour les deux parties, et qui permet d’atteindre un objectif commun : rétablir la situation de manière équilibrée.
Dans un post LinkedIn, vous mentionniez qu’une série judiciaire vous avait convaincu de l’intérêt de la médiation. Pouvez-vous nous en dire plus?
Il s’agissait de l’émission Les coulisses du Palais, diffusée au milieu des années 2010, quand je commençais mes études en droit. Dans un épisode, on voyait une scène très similaire à ce que je vis aujourd’hui au Palais de justice de Montréal, à la Division des petites créances. Le juge commençait la journée par un appel du rôle, et offrait aux parties la possibilité d’envoyer leurs dossiers en médiation avec une médiatrice présente à proximité.
Les parties allaient ensuite rencontrer la médiatrice pour négocier un règlement. À l’écran, on ne voit pas le processus de médiation en détail, mais ce qui m’avait marqué, c’était que l’entente était librement négociée et que les deux parties se déclaraient satisfaites du processus et du résultat. Pour moi, cela montrait une facette du système judiciaire peu connue dans la culture populaire.
Y a-t-il une médiation qui vous a particulièrement marqué dans votre pratique?
De manière générale, ce qui me marque le plus, ce sont les commentaires des parties à la fin du processus. Je me souviens d’une médiation très tendue où les parties étaient fortement campées sur leurs positions.
Après avoir trouvé un compromis, l’un des participants m’a confié qu’il avait une mauvaise opinion des avocats, mais que la médiation avait changé sa perception. Ces retours me confirment que la médiation contribue à humaniser le système judiciaire et à rapprocher les gens.
Selon votre expérience, quelles aptitudes font la différence pour réussir en médiation?
D’abord, une grande capacité d’écoute active. À la Cour des petites créances, nous n’avons aucune connaissance préalable des dossiers. Il faut donc comprendre rapidement les enjeux. Ensuite, il faut être capable de rediriger la conversation des positions vers les intérêts sous-jacents. Cela implique souvent de donner un avis externe, diplomatique, sur les forces et les faiblesses du dossier.
Il faut aussi savoir vulgariser les notions juridiques pour des parties non représentées. Enfin, vers la fin du processus, il faut faire preuve de jugement et encourager les parties à accepter un règlement raisonnable, même s’il n’est pas parfait, lorsque l’écart est minime.
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