Relève en plaidoirie : quand les avocats deviennent coachs

Relève en plaidoirie : quand les avocats deviennent coachs
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-03-10 14:15:04

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Comment guider les étudiants en plaidoirie? Deux avocats partagent leur expérience.

Julie Lapierre - source : LinkedIn


Chaque année, près de vingt facultés de droit à travers le Canada se retrouvent pour le prestigieux concours de plaidoirie Laskin, un véritable tremplin pour la relève juridique.

Cette année, l’Université Laval s’est distinguée en se classant deuxième meilleure faculté du pays. Les étudiants Olivier Duguay, Geneviève Trépanier, Félix Bouchard et Yanis Zerkhefaoui ont été récompensés pour leurs performances dans différentes catégories.

Pour les guider tout au long du concours, ils ont été accompagnés par Mes Julie Lapierre et Marc-Antoine Patenaude, avocats au Bureau des plaideurs du Procureur général du Québec.

Me Lapierre se spécialise en droit administratif, droit environnemental et droit des Autochtones et plaide régulièrement devant le Tribunal administratif du Québec, la Cour du Québec et la Cour d’appel.

Marc-Antoine Patenaude concentre, pour sa part, sa pratique sur les dossiers de charte et de droits et libertés, notamment les peines minimales, ainsi que sur les questions de responsabilité civile, incluant la responsabilité policière et celle des procureurs de la Couronne.

On a discuté avec eux de leur rôle de coach et de la manière dont ils accompagnent les étudiants dans ce parcours à la fois exigeant et formateur.

Le concours de plaidoirie Laskin est souvent décrit comme l’un des plus prestigieux au pays. Qu’est-ce qui le rend si exigeant?

Julie Lapierre : Il s’agit d’un concours national qui réunit chaque année près d’une vingtaine de facultés de droit canadiennes. Il est aussi bilingue, ce qui représente un défi supplémentaire pour les équipes, puisqu’au moins un plaideur doit présenter sa plaidoirie dans l’autre langue officielle. Le concours porte principalement sur des questions de droit administratif et constitutionnel, des domaines parfois perçus comme plus complexes par les étudiants au début de leurs études.

Pourtant, dans la pratique, ce sont des champs du droit extrêmement stimulants. Autre particularité : le problème juridique repose généralement sur une décision de la Cour fédérale portée en appel devant la Cour d’appel fédérale, des juridictions avec lesquelles les étudiants québécois sont moins familiers.


Marc-Antoine Patenaude - source : LinkedIn
Marc-Antoine Patenaude : Le concours est aussi impressionnant par le niveau des juges qui y participent. Cette année, les plaidoiries avaient lieu à Toronto, dans les salles d’audience de la Cour fédérale et de la Cour d’appel fédérale.

Les étudiants ont ainsi plaidé devant des juristes très expérimentés, dont le juge en chef de la Cour d’appel fédérale et le commissaire à la protection de la vie privée du Canada. En finale, ils ont même eu l’occasion de plaider devant l’honorable Mahmud Jamal, juge à la Cour suprême du Canada. C’est évidemment une expérience marquante pour des étudiants en droit.

Comment avez-vous abordé votre rôle de coach et de quelle manière accompagnez-vous les étudiants tout au long du concours?

Julie Lapierre : J’ai moi-même participé au concours en 2017 lorsque j’étais étudiante, et j’en ai retiré énormément d’enseignements. J’ai donc voulu m’impliquer comme entraîneure par la suite. Je fais partie de l’équipe de coaching depuis 2020. Le travail se déroule en deux étapes.

À l’automne, nous accompagnons les étudiants dans la rédaction du mémoire, un exercice très différent des travaux universitaires. Ici, il ne s’agit pas seulement d’expliquer l’état du droit, mais de défendre une position et convaincre le tribunal.

Ensuite, à l’hiver, nous travaillons la plaidoirie orale. Les étudiants doivent apprendre à transformer leur mémoire en un véritable dialogue avec les juges, puisque les questions occupent une place importante pendant les audiences du concours.

Marc-Antoine Patenaude : Cette année, c’était ma première participation comme entraîneur. J’ai surtout abordé ce rôle sous l’angle de l’accompagnement. Les étudiants sont sélectionnés à la suite d’un processus d’entrevue, donc ils ont déjà d’excellentes compétences.

Notre objectif est de les aider à développer davantage leurs forces, autant à l’écrit qu’à l’oral, pour qu’ils deviennent la meilleure version possible d’eux-mêmes comme plaideurs. Nous organisons aussi plusieurs séances de pratique, souvent avec des juges ou des avocats invités, afin de leur offrir une expérience la plus réaliste et variée possible.


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Pour terminer, diriez-vous que votre rôle de coach vous apporte quelque chose dans votre propre pratique de plaideur? Est-ce que cela vous permet de porter un regard différent sur votre pratique et de la faire évoluer?

Julie Lapierre : Chaque année, on apprend, autant sur le fond que sur la forme. Même si nous pratiquons déjà en droit administratif et en droit constitutionnel, le concours nous amène à explorer d’autres domaines, notamment parce que les dossiers sont liés à la Cour fédérale. Par exemple, certaines questions peuvent toucher au droit d’auteur ou à d’autres matières avec lesquelles nous sommes moins familiers au Québec.

Il y a aussi un apprentissage sur le plan de la pratique. Enseigner la plaidoirie et la rédaction nous pousse à réfléchir à nos propres méthodes. On réalise parfois que certaines choses sont devenues automatiques dans notre façon de travailler. Le fait de devoir les expliquer aux étudiants nous oblige à prendre du recul, à nous demander pourquoi nous faisons les choses d’une certaine manière et si elles pourraient être améliorées. En ce sens, c’est aussi un excellent exercice de réflexion pour nous.

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