L’ancien président de Norbourg est maintenant complètement libre
Radio Canada
2026-01-26 10:30:08

À 59 ans, Vincent Lacroix est un homme complètement libre à partir d’aujourd’hui. Non seulement il est libre de circuler comme il l’entend, ce qui est le cas depuis plusieurs années déjà, mais sa peine de 18 ans de prison est terminée et il ne relève plus de la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Le nom de Vincent Lacroix est associé pour toujours au scandale financier Norbourg.
Entre 2002 et 2005, avec l’aide de complices, l’expert en valeurs mobilières a fraudé 9200 investisseurs en détournant, à son profit, plus de 100 millions de dollars. L’argent a servi à maintenir son train de vie extravagant. Quand l’arnaque a été découverte, il a été arrêté en 2006 et a été poursuivi autant au pénal qu’au criminel.
Il s’est d’abord vigoureusement défendu en Cour du Québec, alors que l’Autorité des marchés financiers (AMF) l’accusait d’infractions à la Loi sur les valeurs mobilières. Il a été condamné et a écopé d’une lourde peine d'emprisonnement que la Cour d’appel a ramenée à cinq ans moins un jour.
Le procès criminel allait ensuite pouvoir s’amorcer. Le jury était choisi, mais le 21 septembre 2009, alors que les premiers témoins étaient attendus, Vincent Lacroix a préféré plaider coupable aux 200 accusations déposées contre lui.
Quelques semaines plus tard, le juge Richard Wagner, alors à la Cour supérieure du Québec, l’a condamné à une peine de 13 ans de prison, qui s’additionnaient aux 5 ans infligés précédemment. Le juge Wagner n’a pas manqué de souligner que même si la fraude n’est pas un crime violent, les gestes de Vincent Lacroix avaient engendré beaucoup de violence morale aux victimes et à leurs familles en raison du stress, de l’insécurité et de l’incertitude pour ceux et celles qui ont perdu le capital de leur vie qu’ils réservaient pour leur retraite.
Le procès des complices a suivi son cours pendant que Vincent Lacroix restait derrière les barreaux.
Le sixième de la peine
M. Lacroix était en prison, mais il a rapidement pu bénéficier d’une libération conditionnelle. En effet, une disposition permettait alors d’être remis en liberté après avoir purgé seulement le sixième de la peine s’il s’agissait d’un crime non violent. Cette disposition a été abolie en 2011, de sorte que, depuis ce temps, les détenus ne peuvent espérer une libération conditionnelle qu’au tiers de leur peine. Vincent Lacroix a obtenu une semi-liberté durant laquelle il a été soumis à des conditions strictes.
Détenteur d’un baccalauréat et d’une maîtrise en sciences économiques et ayant commencé sa carrière en 1991 à la Caisse de dépôt et placement du Québec, Vincent Lacroix espérait pouvoir travailler en finances dès qu’il a obtenu une libération conditionnelle.
La Commission le lui a cependant interdit. La Commission l’a plutôt obligé à faire du bénévolat auprès de personnes défavorisées, afin qu’il développe sa conscience sociale ainsi que de l’empathie. Pendant des années, il a été astreint à des conditions qui se sont lentement assouplies. Au point où il a pu entreprendre des études, avec l’accord de la Commission.
Dans un jugement de la Cour supérieure en 2012, le juge qui entendait les arguments de Vincent Lacroix souhaitant être libéré de sa faillite avait souligné que l'homme, qui était toujours sous la coupe des Services correctionnels du Canada, entendait poursuivre des études de doctorat dans le domaine des communications.
Aucune autre mention n'a été faite de cette intention, de sorte qu'on ne peut confirmer qu'il a mené à bien ce projet. Par ailleurs, le juge n'avait pas permis à Lacroix d'être libéré de sa faillite et avait accueilli l'opposition de l'Agence du revenu du Québec et celle du syndic de faillite et avait reporté de dix ans la demande de libération de faillite.
Réhabilitation et conformisme
Dans une décision du 6 décembre 2016, la Commission des libérations conditionnelles reconnaît que Vincent Lacroix respecte les règles qu’on lui impose et remet son budget chaque mois à l’équipe qui l’accompagne dans son parcours.
Vous semblez vivre du salaire que vous gagnez, avec l’aide de votre conjointe qui contribue aussi au budget et aux obligations financières, écrit le commissaire Michel Pallascio, avant de constater que M. Lacroix est conformiste et qu’il collabore avec tous les intervenants qui gèrent son dossier.
Est-ce à dire qu’il pourrait désormais travailler en finances et manipuler l’argent des investisseurs? Interrogée à ce sujet, Céline Bilodeau, une ex-procureure de la Couronne spécialisée dans les crimes économiques, a répondu : Oui, il pourrait… mais il est connu! Les organismes de surveillance ne manqueraient pas de le surveiller.
Sa peine est bel et bien finie et il n’existe aucune loi qui permette de l’encadrer au-delà des 18 ans qu'elle aura duré.
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