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Quinze ans de bénévolat juridique et encore des défis

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Camille Dufétel

2023-03-07 10:15:00

Il a été créé à l’initiative du Barreau du Québec et souligne ses quinze ans. Fort de plusieurs projets phares qu’il souhaite encore faire croître, quel est cet organisme ?

Me Chloé Beaudet-Centomo. Source: LinkedIn
Me Chloé Beaudet-Centomo. Source: LinkedIn
Justice Pro Bono a quinze ans dans le corps, puisque que le Barreau du Québec l’a initié en 2008 pour améliorer l’accès à la justice au Québec, en encadrant le bénévolat des juristes.

Durant ces quinze années, l’organisme, qui a souligné son anniversaire le 15 février à l’occasion de son événement bénéfice-annuel, a mis sur pied plusieurs projets à travers la province afin de répondre aux besoins juridiques de la population.

Son équipe de permanence compte cinq personnes dont quatre avocates, et Justice Pro Bono mobilise plus de 5700 juristes bénévoles. Parmi ses projets phares, des cliniques juridiques bénévoles au Nunavik et son programme d’aide aux déplacés ukrainiens.

Quelle est sa vision pour la suite ? Droit-Inc a questionné Me Chloé Beaudet-Centomo, sa directrice générale adjointe.

Bénévoles de Justice Pro Bono lors d’une clinique juridique dans le quartier Saint-Michel. Crédit photo : Portraits de Montréal
Bénévoles de Justice Pro Bono lors d’une clinique juridique dans le quartier Saint-Michel. Crédit photo : Portraits de Montréal
Pouvez-vous tout d’abord rappeler les principales missions de Justice Pro Bono ?

La première est de mobiliser la communauté juridique à donner de son temps et de son expertise. La deuxième est de développer des projets pertinents et englobants, pour répondre à des besoins spécifiques de la population. Ces deux missions vont de pair.

Vos services s’adressent aux personnes vulnérables. Qu’entendez-vous par cela ?

La vulnérabilité est un concept fluctuant, il y en a plusieurs types. Il y a une vulnérabilité financière. On travaille beaucoup avec cette population.

Il s’agit de personnes qui n’ont pas les moyens de s’offrir les services d’un professionnel du droit mais qui ne sont pas éligibles à l’aide gouvernementale pour de multiples raisons, soit parce qu’ils gagnent un peu trop, soit parce que les services juridiques dont ils ont besoin ne sont pas couverts par l’aide juridique...

Mais nous avons aussi développé des projets pour d’autres types de vulnérabilité. Le meilleur exemple de cela, ce sont nos cliniques mobiles au Nunavik.

Lorsque l’on va au Nunavik, on a déterminé que la vulnérabilité géographique et culturelle était une source de vulnérabilité extrême, suffisante pour justifier le développement d’un projet.

On n’a plus besoin de faire la preuve de ça, les rapports l’ont très bien démontré. On ne fait pas dans ce cas de vérification individuelle des revenus de chacun.

Il y a aussi le partenariat médico-juridique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Une vérification financière est faite, mais la vulnérabilité de ces parents-là est d’abord et avant tout d’avoir un enfant qui est malade et dont ils doivent s’occuper.

La vulnérabilité est certes circonstancielle, mais avérée.

L’équipe de bénévoles accompagnée du maire du village et son fils, lors d’une clinique juridique bénévole à Kangiqsualujjuaq en juillet 2022.
L’équipe de bénévoles accompagnée du maire du village et son fils, lors d’une clinique juridique bénévole à Kangiqsualujjuaq en juillet 2022.
Comment fait-on, en tant que personne vulnérable, pour avoir accès à vos services ?

Notre canal le plus général, qui remonte à la création de Justice Pro Bono, est notre programme des causes d’intérêt public.

Cela concerne n’importe quel citoyen qui souhaite obtenir l’aide d’un professionnel du droit, qui n’est pas admissible à l’aide juridique et n’a pas les capacités financières pour se payer les services d’un avocat.

On valide bien sûr la vraisemblance de cela avant de faire appel à un professionnel du droit.

Mais depuis ce programme, on a créé d’autres projets, dont ceux que j’ai cités, avec des portes d’entrée spécifiques.

Par exemple, quand on va dans le Nord, la porte d’entrée est très simple, on s’installe dans une communauté le temps d’une semaine avec des avocates et des notaires bénévoles, et c’est littéralement « ''open door'' ».

Qu’est-ce qui a en particulier marqué votre organisme au fil de ses projets ?

Je dirais qu’un de nos apprentissages marquants des cinq dernières années est l’importance de la multidisciplinarité.

Dans le cadre du programme Porte 33, on offre par exemple des consultations gratuites avec des avocats en droit de la famille, toujours en présence de travailleuses sociales.

Pour les citoyens, c’est d’une grande aide d’avoir les réponses à toutes leurs questions au même endroit.

Les professionnels du droit n’ont plus eu à s’improviser travailleurs sociaux pour répondre aux besoins psychosociaux de leurs clients, et les travailleuses sociales n’ont plus eu besoin de s’improviser juristes.

Une partie des employées ayant œuvré à la permanence de Justice Pro Bono. Crédit photo : Portraits de Montréal
Une partie des employées ayant œuvré à la permanence de Justice Pro Bono. Crédit photo : Portraits de Montréal
Avez-vous de nouveaux défis à venir ?

Notre objectif est la croissance raisonnée. On a de beaux projets et on ne souhaite pas en ajouter mais on souhaite les faire fleurir parce qu’on a déjà beaucoup de demandes.

Il y a beaucoup de place à la croissance au sein des créneaux que l’on occupe déjà, comme en immigration.

On avance sur la mise en place d’un projet pour les travailleurs étrangers temporaires et on travaille aussi avec l’ONU sur un autre projet, visant à aider les demandeurs d’asile à remplir leur demande.

C’est un créneau qu’on occupe de plus en plus par la force des choses. On souhaite être un organisme agile qui répond à l’actualité, et l’actualité en ce moment, ce sont beaucoup les migrants en statut précaire.

Personnellement, qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de travailler pour Justice Pro Bono, plutôt que dans un cabinet par exemple ?

C’est d’abord et avant tout le fait de travailler pour une mission, celle de l’amélioration de l’accès à la justice.

Beaucoup de confrères, de consœurs, prennent des décisions similaires quand ils ou elles décident de travailler dans un centre de justice de proximité, chez Juripop, ou à la Clinique juridique du Mile End, par exemple.

C’est une façon de redonner aux communautés vulnérables pour lesquelles on entre en droit, sans être en première ligne pour ma part.
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