Carrière et Formation

Un avocat qui fait une vraie transition!

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Camille Dufétel

2023-12-04 15:00:00

Effectuer une transition professionnelle au nom de la transition écologique… C’est en somme ce que vient de faire un associé de 30 ans d’expérience. Comment ça?

Antoine Tremblay. Source: LinkedIn
Antoine Tremblay. Source: LinkedIn
Vous souvenez-vous de Me Antoine Tremblay, l’avocat à vélo auquel Droit-inc a consacré un article en début d’année? L’ancien associé de Morency partait en effet régulièrement travailler à vélo de La Prairie à Montréal et s’engageait à sensibiliser la communauté juridique aux enjeux climatiques.

Cet engagement ne l’a pas quitté! Et voilà qu’aujourd’hui, Me Tremblay, qui a quitté Morency fin avril dernier en tant qu’associé, lance un cabinet conseil baptisé « Vironsogo », et réoriente ainsi sa carrière dans les services-conseils ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) aux entreprises, après plus de trente ans dédiés à la pratique du droit des affaires.

S’il a démissionné de Morency comme associé, il y garde un chapeau d’avocat-conseil. Il a suivi dans les derniers mois des formations en développement durable et investissement ESG auprès de la Harvard Business School On Line et du CFA Institute, en plus d'œuvrer au développement de l’offre de services de son cabinet conseil.

« Ce changement de carrière est le fruit d’une longue réflexion et du désir profond de donner plus de sens et d’impact au fruit de mon travail, écrit-il sur LinkedIn. Il découle bien évidemment de mon vif intérêt pour les nombreux enjeux socio-économiques qui entourent les changements climatiques, le développement durable et les inégalités sociales. »

Droit-inc a souhaité en savoir plus auprès du principal intéressé!

Comment est venue cette volonté de lancer Virosongo?

J’ai monté avec un collègue une présentation sur le « Cadre juridique international et canadien de lutte aux changements climatiques » dont on avait jasé (note: voir l’article à ce sujet), et ça a beaucoup nourri mon intérêt sur le sujet.

J’ai développé un grand intérêt pour la cause environnementale et sociale dans une perspective de gestion de risques pour les entreprises. Je suis un avocat d’affaires qui a pratiqué là-dedans durant 30 ans. J’ai conseillé mes clients sur toutes sortes de risques juridiques.

Et en m’intéressant aux causes sociales et environnementales, je perçois quand même un grand risque pour toutes les entreprises. Il faut qu’elles adressent ces questions, qu’elles gèrent ce risque adéquatement. À mes yeux, en ce moment, ce risque n’est pas géré adéquatement par un grand nombre d’entreprises au Québec.

J’arrive à un point de ma carrière où je me dis que j’ai un certain réseau de contacts, un intérêt pour ce domaine, je veux donner plus de sens et d’impact à mon travail…

Les années passent, et je me suis dit: « pourquoi ne pas essayer de monter une boîte de services-conseils là-dedans? » Je pense qu’il y a un marché pour ça. Je me suis dit que c’était peut-être le temps de faire le saut.

Pouvez-vous nous rappeler quelles entreprises doivent respecter quoi, en matière de critères ESG?

Pour les sociétés, il faut faire une distinction. Concernant celles cotées à la bourse, ça fait quand même plusieurs années qu’elles sont soumises à des obligations d’information continue ou de divulgation du risque climatique notamment, et des mesures qu’elles prennent pour gérer ce risque. Là, je simplifie vraiment.

Les entreprises privées qui ne sont pas cotées à la bourse ne sont pas assujetties à cela encore, mais ça s’en vient. Elles le sont indirectement par le biais d’ententes de financement qu’elles peuvent avoir avec leur prêteur.

Si je donne un exemple, Fondaction a eu une grande influence aussi dans ma pensée parce que c’est le leader du développement durable au Québec en matière financière et c’est venu teinter cela. Fondaction finance des entreprises qui essaient d’être des acteurs de changement. Ces entreprises sont amenées à avoir ce qu’on appelle un « reporting » et des obligations de divulgation un peu plus ESG que d’autres.

Donc les divulgations peuvent venir du domaine de la finance, c’est en évolution. C’est en développement chez les sociétés privées. Et les développements, ce ne sera pas dans cinq ans. On voit bien les conséquences qui découlent des changements climatiques et des inégalités sociales. L’humain ne se laissera pas abattre, il va réagir.

Pourquoi les entreprises privées ont-elles besoin de conseils?

Elles ne savent pas trop par où commencer. Elles sont un peu dépassées par le sujet jusqu’à un certain point. Elles n’ont pas non plus les ressources internes que les grandes entreprises ont pour accorder du temps à cela.

Aussi, il y a beaucoup d’enjeux en ce moment sur la table comme les hausses de taux d’intérêt, les difficultés de rétention et de recrutement, et là, on amène un enjeu additionnel.

Vous souhaitez accompagner les entreprises cotées à la bourse ou plutôt les entreprises privées qui ne le sont pas?

Plutôt les entreprises privées. Mais j’ai quand même des idées qui peuvent s’appliquer aux entreprises cotées à la bourse dans leurs politiques ESG, pour les bonifier.

Je vais donner un exemple: l’auto-solo, c’est un problème qui cause en partie le réchauffement climatique et il faut s’attaquer à trouver des solutions à cela. Ça fait longtemps qu’on en parle et que ce problème est sur la table, mais on n’accouche pas de solutions concrètes pour l’enrayer. Je ne dis pas que j’ai la solution miracle pour tout régler, mais ça va m’intéresser d’adresser cette thématique parmi d’autres.

Concrètement, à quoi vont devoir se préparer les entreprises privées?

Elles vont devoir se préparer à divulguer leur risque climatique, dont leur niveau d’émission de gaz à effet de serre sous différents aspects, et quel est leur plan de match pour ramener ça à zéro! Parce qu’il faut, en 2050, atteindre la carboneutralité. Il faut les sensibiliser à cela. Ça, c’est un des éléments sur l’aspect gaz à effet de serre.

Après cela, il y a la gestion des déchets, l’économie circulaire… Il y a beaucoup de concepts quand même là-dedans, pour amener les entreprises à réfléchir et à avoir des pratiques qui soient le plus possible zéro déchet, et le moins possible émettrices de gaz à effet.

Sur l’aspect social, c’est de s’impliquer davantage au niveau des communautés… Il faut en faire plus et ça prend beaucoup de leadership. Dans une perspective de gestion de risques, c’est dans leur intérêt d’en faire plus. Il faut les aider à développer cette mentalité, pour mettre sur le début de la pile quelque chose qui paraît moins prioritaire.

Pourquoi ce nom, « Vironsogo »?

J’aurais pu appeler ça « Antoine Tremblay services-conseils ESG »! Mais j’ai fait une recherche sur l’étymologie du mot « environnement », j’ai vu qu’il y avait « viron », ce qui est un concept circulaire, si on veut. Il y a une idée de virage, on a besoin de prendre un virage ESG. Ce mot m'interpelait, j’ai ajouté le « so » pour l’aspect socio/société, et le « go » pour l’aspect gouvernance. Ça exprime aussi pour moi un passage à l’action.

Quand on met ça d’un bout à l’autre, c’est « ESG », dit différemment. En plus, c’était disponible auprès du Registraire des entreprises, ce qui n’est quand même pas rien!

La dernière petite touche que j’aime de ce nom, c’est que le « so » évoque aussi la solidarité. Il faut développer l’esprit de solidarité qu’on a eu pendant la pandémie pour effectuer ce virage.

Comptez-vous travailler seul?

Oui, pour l’instant. C’est en démarrage. Mais je vais faire appel à un réseau de sous-traitants aussi, car certains services doivent être faits par des sous-traitants spécialisés, qu’il s’agisse de bilans carbone ou d’implantation de mesures d’efficacité énergétique, par exemple.

Après cela, pour des mandats spécifiques, je verrai si j’ai besoin d’aide. J’ai déjà une personne en tête, un jeune étudiant en développement durable rencontré dans le train entre Montréal et New York, très intéressé à s’impliquer dans ce type de projet.

Donc en résumé, une entreprise qui fait appel à vos services doit s’attendre à être conseillée sur des mesures qu’elle pourrait prendre sur le plan environnemental, social et de gouvernance?

Dans un premier temps, c’est de voir dans une rencontre initiale quel est le niveau de connaissances et d’intégration de l’ESG dans l’entreprise. Puis, de voir ce que l’entreprise a le goût de faire. Et après ça, c’est de développer un plan de match d’implantation de mesures. Ça peut prendre différentes formes. Il faut s’adapter aux besoins et aux priorités de l’entreprise.
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1 commentaire

  1. Anonyme
    Anonyme
    il y a 4 mois
    Suggestion de nom alternatif
    Vironswoke!

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