Sarah-Julie Chicoine, procureure de la Couronne
Sarah-Julie Chicoine, procureure de la Couronne
L’homme dans la soixantaine, qu’on ne peut identifier pour protéger l’identité de la victime, a plaidé coupable jeudi matin à quatre chefs d’attouchements et d’incitation à des contacts sexuels alors que son procès devait se tenir.

La procureure de la Couronne, Me Sarah-Julie Chicoine, a relaté en cour que les abus ont débuté alors que la jeune fille avait 12 ans et ils ont pris fin trois ans plus tard.

Elle habitait en garde partagée et l’agresseur était, et est toujours, le conjoint de sa mère.

L’avocat, qui œuvre en droit civil, a relaté vouloir faire l’éducation sexuelle de la jeune fille afin qu’elle puisse satisfaire son éventuel copain.

Pendant ces années, il l’a forcée à lui faire des fellations, à prendre des bains avec lui, à se déshabiller devant lui et à le toucher. L’homme a aussi touché la jeune fille un peu partout sur le corps et lui a fait des pénétrations digitales.

Me Chicoine a souligné que la jeune fille s’est sentie comme une prostituée, car son beau-père lui donnait de l’argent et des cadeaux sans raison.

Abandonnée par sa mère

Les abus ont cessé en 2008 quand, après avoir suivi un cours d’autodéfense, la victime a décidé de mettre fin aux abus.

«La mère s’est arrangée pour organiser ça au sein de la famille pour que les gens se pardonnent entre eux et que ces choses-là n’arrivent plus», a dit Me Chicoine.

Ce n’est qu’en 2011, n’en pouvant plus, que l’adolescente s’est finalement tournée vers son père pour dénoncer les agressions qu’elle avait subies.
Le père a porté plainte auprès de la police et a confronté l’agresseur de sa fille à l’aide d’une caméra cachée. L’avocat est alors passé aux aveux et a tenté de le convaincre de ne pas ébruiter l’affaire.

«Comme officier de justice, on doit être au-dessus de tout soupçon», a dit Me Chicoine.

La victime, qui était présente jeudi matin, a écouté le récit des événements en pleurant.

La procureure de la Couronne a noté que cette dernière, en plus d’être aux prises avec les séquelles des agressions, doit vivre avec le fait que sa mère l’a abandonnée pour rester auprès de son conjoint.

De concert avec l’avocat de la défense, Conrad Légaré, elle a suggéré à la juge une peine de trois ans de pénitencier qui tient compte des facteurs aggravants, comme le lien de confiance et la manipulation.

«Nid favorable»

La juge Marie-Claude Gilbert a déploré que ce genre d’histoire est beaucoup trop fréquente au palais de justice.

Elle a affirmé que les familles reconstituées semblaient être un «nid favorable» pour favoriser le passage à l’acte des agresseurs qui n’ont pas de lien de sang avec les victimes.

«Il n’était pas ici question d’éducation sexuelle, mais bien d’assouvir vos besoins sexuels», a dit la juge.