Course aux stages : ce que recherchent vraiment les cabinets

La Course aux stages est officiellement lancée. Pour des centaines d’étudiants en droit, ces quelques semaines riment avec entrevues, comparaisons constantes… et beaucoup de pression.
Comment naviguer avec assurance durant cette période exigeante? Et surtout, que recherchent réellement les cabinets au-delà des CV impeccables?
Pour y voir plus clair, on s’est entretenu avec Chrystelle Chevalier-Gagnon et Mathieu LeBlanc, tous deux associés chez McCarthy et co-présidents du comité étudiant du cabinet.
Avec le recul de leur propre parcours et plusieurs années d’expérience en recrutement, ils partagent leur regard sur la course aux stages, démystifient le processus et livrent des conseils concrets aux futurs stagiaires.
Avec le recul, comment percevez-vous aujourd’hui la Course au stage que vous avez vécue lorsque vous étiez étudiants ?
Chrystelle Chevalier-Gagnon : Je suis beaucoup moins naïve que je ne l’étais en 2006, quand j’ai fait la course au stage sans vraiment savoir dans quoi je m’embarquais. J’ai l’impression que les étudiants d’aujourd’hui sont beaucoup plus informés et mieux préparés que je ne l’étais à l’époque. Cela dit, le processus, lui, reste essentiellement le même.
C’est un exercice sérieux, autant pour les étudiants que pour les cabinets. De part et d’autre, tout le monde souhaite que ça fonctionne. L’objectif, au fond, c’est de créer un bon « match », quelque chose de gagnant-gagnant. Mais je dirais aussi que la course au stage n’est pas une fin en soi. C’est une étape, un parcours, et non une destination finale.
Mathieu LeBlanc : Pour moi, ce qui est particulièrement stimulant dans la course au stage, c’est que, pour la majorité des étudiants, il s’agit d’un premier contact réel avec de potentiels employeurs dans leur domaine d’études.
C’est souvent la première occasion concrète de découvrir ce qu’est la pratique en cabinet privé, de rencontrer des avocats, de comprendre différents environnements de travail. À ce titre-là, c’est une expérience très formatrice et, je pense, excitante pour les étudiants, parce qu’elle touche directement à leurs choix de carrière.
Quand vous rencontrez un candidat, dans quelle mesure arrivez-vous à vous projeter à moyen ou à long terme? Comment évaluez-vous le potentiel d’un futur stagiaire, voire d’un futur avocat ou associé?
Matthieu LeBlanc : Le recrutement n’est pas une science exacte, loin de là. On essaie de déceler chez les étudiants certaines qualités ou aptitudes qui, selon notre expérience, sont généralement des indicateurs de succès. Mais il n’y a jamais de garantie. Chaque cabinet a ses propres méthodes d’évaluation, et on espère toujours que les nôtres nous permettent de poser le bon jugement.
L’expérience joue aussi un rôle important : après plusieurs années à chapeauter le recrutement, on développe sans doute un meilleur instinct. Cela dit, même avec l’expérience, on peut se tromper. Heureusement, la plupart du temps, ça fonctionne bien et on arrive à trouver des personnes avec qui il y a une réelle compatibilité, dans les deux sens.
Christelle Chevalier-Gagnon : J’aimerais surtout dire aux étudiants de ne pas se mettre trop de pression pour tenter de nous impressionner à tout prix avec leurs connaissances juridiques ou leur compréhension du monde des affaires.
On remarque parfois que certains vont trop loin dans leur volonté de démontrer une expertise qu’ils n’ont pas encore, et c’est normal, ils sont aux études.
Ce qui est beaucoup plus intéressant pour nous, c’est l’authenticité. Par exemple, qu’un étudiant nous dise qu’il a adoré un cours précis, un concours de plaidoirie, un séminaire de négociation, et qu’il explique pourquoi, ce que ça lui a appris, ce qui l’a stimulé ou challengé.
Cette curiosité et cet intérêt sincère nous en disent beaucoup plus sur la personne que des discours trop théoriques ou performatifs.
Avez-vous des souvenirs marquants de candidats au profil plus atypique ou différent?
Matthieu LeBlanc : Chaque profil est différent, et c’est justement une force de notre processus de recrutement. On essaie vraiment d’aller au-delà de la première impression pour comprendre qui est la personne devant nous.
On me demande souvent quel « type » d’étudiant on recherche, mais la vérité, c’est qu’il n’y a pas de modèle unique. On peut nommer certaines qualités ou attitudes, mais elles s’expriment de façons très différentes selon les individus.
Il faut aussi faire attention à ne pas projeter des traits de personnalité sur un candidat parce qu’il nous rappelle quelqu’un qu’on connaît déjà. L’important, c’est de prendre le temps d’apprendre à connaître chaque personne. L’équilibre entre différents profils, introvertis, extravertis, est essentiel.
Christelle Chevalier-Gagnon : Je me souviens d’une entrevue où, vers la fin, on discutait de façon plus informelle. On a demandé à une candidate ce qu’elle aimait faire le week-end, en dehors des études et de ses engagements. Elle a répondu très spontanément : « Ce que je préfère au monde, c’est aller me faire faire une manucure. »
Elle était authentique, assumée, fidèle à elle-même tout au long de l’entrevue. Elle a reçu une offre, et elle travaille encore aujourd’hui dans un grand cabinet. Comme quoi, l’authenticité, ça fonctionne.
La course au stage reste une période très stressante pour les étudiants. Quels conseils aimeriez-vous leur donner?
Christelle Chevalier-Gagnon : Je l’ai dit plus tôt, mais c’est important de le répéter : la course au stage n’est pas une fin en soi. Remettre les choses en perspective peut réellement aider à diminuer le stress.
Il ne faut pas mettre sa vie sur pause pendant ces deux semaines, même si elles sont intenses, excitantes et remplies d’événements. Chaque personne vit sa propre course au stage. Se comparer constamment aux autres peut être contre-productif. Si possible, il faut essayer d’en profiter et de voir cette période comme une expérience unique.
Matthieu LeBlanc : Comme pour beaucoup de choses dans la vie, la clé, c’est la préparation. Une bonne préparation enlève énormément de stress. La course au stage demande beaucoup d’introspection : réfléchir à qui on est, à ce qu’on veut faire, à ses objectifs professionnels.
Il faut aussi s’intéresser sincèrement aux employeurs qu’on rencontre, apprendre à les connaître, se renseigner à l’avance. Être préparé, curieux et authentique, c’est ce qui permet d’aborder le processus avec plus de confiance.
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