Si la concurrence est rude entre les cabinets d’avocats, elle touche aussi les aspirants juristes dès le début de leur parcours universitaire. Pour mettre toutes les chances de leur côté et rendre leur profil le plus attrayant possible aux yeux des futurs employeurs, de nombreux étudiants cherchent à se démarquer en intégrant un programme de formation différent.

L’Université de Sherbrooke a compris l’importance de bien préparer les futurs bacheliers au marché du travail, de plus en plus compétitif. Elle a créé en 2005 le programme baccalauréat en droit - régime coopératif (baccalauréat coopératif), unique au Québec.

Divisé en neuf sessions d’études sur trois ans, le programme comporte trois stages à temps complet d’une durée approximative de 15 semaines, en alternance avec les cours théoriques. Deux autres programmes sont aussi proposés : baccalauréat en droit avec MBA et du bac-maîtrise en droit et sciences de la vie.

Kelly Plamondon, avocate chez BCF en litige à Québec
Kelly Plamondon, avocate chez BCF en litige à Québec
La formule est très prisée par les étudiants: chaque année, sur les 2500 demandes d’admissions reçues à la faculté de droit, tous programmes confondus, 500 sont présentées pour le baccalauréat coopératif. Seuls 35 étudiants, venant du Québec et de partout dans le monde, sont sélectionnés en fonction de leurs résultats académiques : la côte minimale est de 33 cette année.

Une expérience de terrain

Le choix des stages est libre. Les étudiants peuvent les effectuer au sein de cabinets d’avocats, dans la fonction publique ou en entreprise comme Via rail, Rio Tinto, ArcelorMittal.

Ils bénéficient d'un accompagnement de la faculté tout au long du processus. Certains postes sont affichés mais les étudiants peuvent aussi faire leurs propres démarches. « Le service est très facile, on a juste à appliquer, monter un cv et se présenter à l'entrevue », lance Kelly Plamondon, Droit-MBA qui a fait son stage du Barreau chez BCF et y travaille actuellement comme avocate en litige.

Caroline Boutin, coordonnatrice au service stage et placement
Caroline Boutin, coordonnatrice au service stage et placement
Le travail confié par l’employeur doit être relié au domaine d'études du stagiaire. « Les stages sont rémunérés car on va leur confier du “vrai travail” », souligne Caroline Boutin, coordonnatrice au service stage et placement.

Les étudiants ont le choix d’effectuer leurs trois stages au sein de la même entreprise ou de changer d’employeur et doivent rédiger un rapport à la fin de leur expérience professionnelle.

Depuis 2010, le département des ressources humaines de la compagnie GardaWorld a accueilli une dizaine d’étudiants. « Le stagiaire apporte un support juridique, effectue des recherches; il assiste à des audiences et donnent des conférences sur la jurisprudence récente : c’est une belle expérience pour apprendre à vulgariser des termes juridiques et à parler en public », explique Me Mathieu Duceppe, avocat au département en santé et sécurité au travail à Montréal.

La pratique au service de la théorie

Me Éliane-Marie Gaulin, directrice des affaires étudiantes de la faculté.
Me Éliane-Marie Gaulin, directrice des affaires étudiantes de la faculté.
À l’issue de leur premier stage, les étudiants ont une meilleure compréhension des notions théoriques étudiées en classe. « Ils ont une perspective différente et une motivation décuplée car ils savent à quoi sert ce qu’ils apprennent. Ils réussissent alors mieux aux examens », précise Me Éliane-Marie Gaulin, directrice des affaires étudiantes de la faculté.

Ces expériences pratiques les aident aussi à déterminer leurs intérêts pour un domaine de pratique. C’est le cas de Charles-Étienne Bélanger, étudiant en troisième année au baccalauréat-coopératif, qui a effectué son premier stage dans un contentieux municipal et le deuxième au ministère de la Justice du Québec. « J’ai confirmé mon intérêt pour l'appareil public et j'ai pu identifier des domaines plus précis comme le droit pénal et criminel ».

Bien que ses stages variés lui ont permis de déterminer son souhait de travailler en pratique privée, tout comme sa collègue Kelly Plamondon, Mikael Lamontagne, avocat chez BCF en litige à Québec, est content d'être aller explorer d'autres organisations. Au programme Droit-coopératif, il a effectué son premier stage dans un grand cabinet de Québec où il a découvert le litige civil et commercial, le deuxième chez Enerkem à Montréal et le troisième à La Financière Agricole.

Mikael Lamontagne, avocat chez BCF en litige à Québec
Mikael Lamontagne, avocat chez BCF en litige à Québec
Et la formule semble faire ses preuves: les étudiants de la faculté de droit de Sherbrooke, tous programmes confondus, ont le taux de taux de réussite le plus élevé à l’examen du Barreau (sans cours préparatoire) entre 2009 et 2013, oscillant entre 88,73% et 96,20%.

Mieux se préparer au monde du travail

Le programme nécessite et développe une bonne capacité d’adaptation: les étudiants doivent jongler entre les cours, les séances de préparation de cv et les entrevues pendant les examens. Ils peuvent être amenés à déménager jusqu'à six fois pendant leur parcours pour effectuer des stages en dehors de Sherbrooke.

Charles-Étienne Bélanger, étudiant en troisième année au baccalauréat-coopératif
Charles-Étienne Bélanger, étudiant en troisième année au baccalauréat-coopératif
Outre la création d’un réseau de contacts qui facilitent leur recherche d’emploi, les diplômés acquièrent aussi une connaissance des réalités du marché du travail. Son cv en main, Charles-Étienne Bélanger se sent désormais plus outillé pour affronter l'avenir : « J'ai une plus grande facilité à me présenter et davantage confiance ».

Pour Mikael Lamontagne et Kelly Plamondon, les multiples entrevues professionnelles qu’ils ont passées les ont aidées à décrocher leur stage chez BCF. « Je savais comment me comporter et me vendre et dire pourquoi j’étais intéressé par le litige car j’en avais fait. J’étais finalement plus crédible », explique l’étudiant.

L’apprentissage du « savoir-être en milieu de travail » et la compréhension des relations de travail et de la hiérarchie est précieux, souligne l'étudiante.