Me Amélia Salehabadi-Fouques s'est sentie violée
Me Amélia Salehabadi-Fouques s'est sentie violée
Après que le président du Comité olympique canadien, Marcel Aubut, eut été forcé de se retirer de ses fonctions en raison d’une plainte pour harcèlement sexuel, mercredi, voilà maintenant qu'une avocate affirme avoir été la cible de comportements déplacés de la part de l'homme.

«Il y a eu plusieurs incidents», a affirmé l'avocate spécialisée en droit du sport et membre du comité d'administration de Soccer Canada, Amélia Salehabadi-Fouques, en entrevue à TVA Nouvelles, jeudi matin.

Selon elle, ces incidents auraient commencé dès sa première rencontre avec l'un des hommes les plus influents du monde du sport amateur au pays.

«Je souhaitais pouvoir m'impliquer au Comité olympique parce que je me spécialise en droit du sport. Et il m'a donné rendez-vous au restaurant Queue de cheval. ... Donc je me suis retrouvée dans ce restaurant et j'étais très surprise puisqu'il avait demandé à la personne de nous asseoir au bar de l'établissement. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas mes talents en tant que spécialiste en droit du sport qui étaient en jeu, mais bien, je pense, mon physique», a-t-elle relaté.

«Et là, il m'a embrassée. Et je me suis sentie vraiment comme violée», a-t-elle ajouté.

Mercredi, le Comité olympique canadien a indiqué qu’il avait reçu une plainte officielle au sujet du comportement de Me Aubut. La teneur de la plainte n’a pas été dévoilée, mais des sources ont affirmé au quotidien «The Globe and Mail» qu’il s’agirait de commentaires déplacés de nature sexuelle faits à l’endroit d’une employée du Comité olympique, dont l’identité n’a pas été dévoilée.

Une enquête interne a été déclenchée et Me Aubut s’est retiré de son poste de président, le temps que la lumière soit faite sur la situation.

À une autre reprise

Marcel Aubut
Marcel Aubut
Poursuivant son témoignage à TVA Nouvelles, Mme Salehabadi-Fouques a raconté que, l'an dernier, elle a de nouveau été mise en contact avec Me Aubut à l'occasion d'un événement-bénéfice se déroulant dans un hôtel de Québec. Cette fois, elle était convaincue qu’elle avait été convoquée parce qu’elle siège au comité d'administration de Soccer Canada. Or, il n'en était rien.

«Quand je suis arrivée à l'hôtel, il (Me Aubut) m'a dit qu'il y avait une chambre réservée à mon nom, mais quand je l'ai demandé, il n'y en avait pas. Finalement, je l'ai rejoint sur son portable et il m'a dit : ‘‘Mais non, il ne fallait pas le dire, c'est ton nom et tout. Prends-en une et laisse aussi une clé de côté pour moi’’», se souvient-elle.

C'est avec malaise qu'Amélia Salehabadi-Fouques a écourté sa présence au spectacle-bénéfice pour se réfugier dans la chambre d'hôtel qu'elle ne souhaitait en aucun cas, raconte-t-elle, partager avec Marcel Aubut.

«Je me suis enfermée à double tour, avec la chaîne, dans ma chambre d'hôtel et je suis partie sans lui dire au revoir ou quoi que ce soit», a-t-elle dit.

Son fils choqué

Si ces deux premiers contacts avec le président du Comité olympique canadien l'avaient ébranlée, la troisième fois qu'ils se sont rencontrés, c'est l'aîné de ses trois enfants qui a été choqué par les propos de l'homme.

«C'était pendant un match de la Coupe du monde féminine U-20 l'année dernière. Alors que c'était l'entracte, on marchait dans le tunnel du Stade (olympique) vers la salle VIP. Il marchait à côté et il m'a dit: ‘‘Quand est-ce qu'on couche ensemble ? ’’»
«J'ai fait semblant que je n'avais rien entendu pour ne pas jeter de l'huile sur le feu, évidemment, a-t-elle dit. Et là, mon fils m'a demandé: ‘‘Maman, est-ce que j'ai bien entendu? ’’»

Le jeune homme n'avait rien raté de la demande surprenante de l'homme.

Malgré cela, Mme Alehabadi-Fouques raconte avoir choisi de se taire, car, dit-elle, elle souhaite être prise au sérieux dans son travail.

«Ce n'est pas le premier et ce n'est pas le dernier cas en tant que femme dans ce métier, d'autant plus en sports, a-t-elle précisé. C'est très violent, extrêmement violent. Habituellement, je ne fais rien, j'en parle à des collègues et ils me disent : “Mais non, tu vas foutres ta carrière en l'air, c'est un homme tellement puissant.”»

Or, aujourd'hui, en racontant son histoire, Amélia Salehabadi-Fouques a décidé de suivre l'exemple de cette employée de la Fondation olympique du Canada, dont l'identité n'a pas été dévoilée, qui a choisi de porter plainte contre le président du Comité olympique canadien vendredi dernier. L'avocate n'a toutefois pas encore déposé de plainte.

Aubut se défend

Sitôt la nouvelle publiée, Me Aubut a rapidement réagi en déclarant «qu'il n'a jamais eu l'intention d'offenser ou d'indisposer quiconque par des paroles qu'il aurait prononcées dans le cadre de ses fonctions». Il a offert «son appui inconditionnel» aux personnes chargées de faire la lumière «sur les propos qui lui sont attribués et de rétablir les faits».

M. Aubut a estimé que la procédure devrait être complétée «à la mi-octobre».


Avocat

En plus de présider le Comité olympique canadien, Marcel Aubut est aussi avocat au cabinet BCF, où il est associé et vice-président du conseil d'administration du cabinet.

Il fut le directeur exécutif des Nordiques de Québec jusqu'à leur déménagement au Colorado en 1995. Il a contribué à la défection des joueurs étoiles Anton, Marian et Peter Stastny de l'ex-Tchécoslovaquie en 1980 afin de se joindre aux Nordiques.

En 2000, il est devenu membre du COC et a été élu au sein du Bureau des directeurs et du Comité exécutif en 2005. Aubut a été élu président du COC en mars 2009, occupant officiellement sa nouvelle fonction à compter d'avril 2010.

Il est devenu membre de l'Ordre du Canada en 1986 et fut promu officier en 1993. En 2006, il a été nommé officier de l'Ordre national du Québec.

Aubut a également été intronisé au Temple de la renommée des sports du Canada en 1999.