« Pour moi, le fond du problème, c'est la juge de Carufel », affirme M. Lagacé, qui n'hésite pas à parler d'un « scandale ».

Ce qui me scandalise, c'est qu'une juge ait jugé ceci parfaitement normal dans une démocratie. Il y a des questions à se poser sur les remparts que sont les juges qui autorisent ces mandats de perquisition.

Rappelons-le, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a placé sous surveillance le iPhone du chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé afin de connaître l'identité de ses interlocuteurs pendant plusieurs mois et de pouvoir le localiser avec le GPS intégré. Or, c'est la juge de paix Josée de Carufel, de Montréal, qui a autorisé la majorité des mandats de surveillance.

« Les journalistes ne sont généralement pas (espionnés) pour des raisons évidentes, qui sont reconnues d'abord dans nos lois, dans la Constitution, sur une presse libre, et qui ont été balisées par les tribunaux, normalement la Cour suprême », rappelle M. Lagacé.

« L'idée n'est pas de mettre un journaliste au-dessus des lois. L'idée est de reconnaître que l'activité journalistique est importante pour la société », poursuit-il. « Donc la police ne peut pas (...) sur un simple soupçon se mettre à espionner des journalistes, et c'est exactement ce qu'ils ont fait. »

M. Lagacé rappelle que la Cour suprême du Canada a établi un test en neuf points destiné à servir de guide aux juges qui se font demander des mandats de perquisition visant des journalistes ou des médias.

Dans ce cas-là, notre interrogation, c'est : combien de points a-t-elle appliqués à la demande des policiers? Et notre prétention, c'est : probablement zéro.

M. Lagacé dit être d'autant plus inquiet qu'il n'est pas journaliste d'enquête à proprement dit, bien qu'il fasse « de petites enquêtes » à l'occasion. « Mais s'ils ont fait ça à moi, qu'est-ce qu'ils peuvent faire à Marie-Maude Denis de l'émission Enquête? À Félix Séguin, de TVA et du Journal de Montréal? À Daniel Renaud et à Vincent Larouche, de La Presse? », se demande-t-il.

« C'est ça qui est inquiétant, c'est cette première. La police va prendre goût à ce genre de truc là. »