Me Pierre-Marc Boyer
Me Pierre-Marc Boyer
« On attire les beaux hommes, des "p'tits morceaux" » comme un appelle un chien, « on enlève les couches des hommes à 30 ans » et « les hommes sont utiles pour quelque chose, mais pas nécessairement grand-chose » a récemment déclaré Me Anne-France Goldwater à Tout le monde en parle. Le lendemain, à l'émission Salut bonjour!, elle disait pouvoir se permettre de parler ainsi parce que « les hommes sont des agresseurs ».

Pour Mes Pierre-Marc Boyer et Marc-Antoine Desjardins, c'est la goutte qui fait déborder le vase : ils logent une plainte au bureau du syndic du Barreau relativement aux propos tenus par la controversée avocate. Droit-inc s'est entretenu avec Me Boyer au sujet de cette plainte...

Pourquoi cette décision d'avoir soumis une plainte?

Me Marc-Antoine Desjardins
Me Marc-Antoine Desjardins
Me Desjardins et moi sommes des confrères et des amis proches. Nous avons tous les deux trouvé inacceptables les propos de Me Goldwater. En en discutant ensemble, on s'est dit que si on ne le faisait pas, personne ne le ferait. Nous avons donc soumis notre plainte, comme le ferait tout membre du public qui y est habilité, lorsqu'un avocat tient des propos publics.

Quels sont les motifs au soutien de votre plainte?

De tels propos sont totalement inacceptables et sont ici tolérés uniquement parce que c'est une femme qui les tient. Imaginez si Marcel Aubut était venu à Tout le monde en parle dire exactement la même chose sur les femmes; il serait ressorti avec du goudron et des plumes! Le problème, c'est que si on dénonce - avec raison! - la misogynie, la misandrie est au contraire tolérée et parfois même encouragée. Cette histoire de Me Goldwater n'est donc que la pointe de l'iceberg. Les blagues sur les femmes sont toujours condamnées alors qu'il est devenu normal, dans les entreprises comme dans les 5 à 7, de dire que le cerveau des hommes est en-dessous de la ceinture!

Vous êtes-vous senti personnellement interpellés par ces paroles?

Tout à fait. Si c'est moi qui était invité sur un plateau de télévision et qui avait tenu ces propos, je perdrais mon emploi aussitôt. Je souhaite simplement que la rectitude politique imposée s'applique à tout le monde et qu'on cesse de dresser un sexe contre l'autre.

Quels peuvent être les impacts de ces paroles, selon vous?

Alors qu'on enseigne aux jeunes garçons l'importance de ne pas dénigrer les femmes, on les met ici dans une situation où l'inverse est, au contraire, permis. Contrairement à ce que dit Me Goldwater, les hommes ne sont pas tous des agresseurs en puissance! Imaginez l'impact que peut avoir une telle déclaration sur de jeunes garçons à qui on inculque cela.

Quelle est la base juridique de votre plainte déontologique?

On se base sur le préambule du Code de déontologie qui exige que l'avocat considère le respect de la personne et la protection de ses droits fondamentaux, dont celui de ne pas subir de discrimination ou de harcèlement; l'intégrité de la personne, et le respect de l'honneur et de la dignité de la profession. Par ailleurs, l'article 4 du C.d.a. dit que l'avocat doit agir avec honneur, dignité, respect, modération et courtoisie. Enfin, la Charte québécoise trouve également application avec les articles 4 et 11, qui disent respectivement que toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité et de son honneur et que nul ne peut diffuser, publier ou exposer en public un avis, un symbole ou un signe comportant discrimination.

Que recherchez-vous comme conséquence si la plainte est accueillie?

Nous n'en sommes pas à cette étape du processus...nous ne souhaitons pas des malheurs à Me Goldwater, que nous ne connaissons d'ailleurs pas personnellement. Mais on souhaite qu'au moins, il soit passé un message du Barreau qui dit que ces propos sont inacceptables.


Auparavant avocat chez Municonseil et à la Ville de Longueuil, Me Boyer travaille maintenant au contentieux de l’entreprise Garantie de construction légale.

Me Desjardins est avocat à son compte. Il se spécialise en matière d’accidents de la route : il représente donc les accidentés devant la SAAQ et la CNESST.