Le nombre d’emplois dans les services juridiques au Québec est en hausse, mais l’argent généré est en baisse. Photos : istockphoto et cours-de-droit.net.
Le nombre d’emplois dans les services juridiques au Québec est en hausse, mais l’argent généré est en baisse. Photos : istockphoto et cours-de-droit.net.
Le nombre d’emplois dans les services juridiques au Québec est en hausse de 22 %, mais la productivité, elle—et donc l’argent généré—, est en baisse de 17 %...

Des données compilées pour le compte de Droit-inc révèlent ainsi que, malgré une hausse du nombre d’emplois dans l’industrie québécoise des services juridiques, le secteur crée moins de richesse.

Et affiche ainsi une perte de productivité.

C’est ce qu’illustrent des données obtenues auprès de l’Institut de la statistique du Québec par votre média d’information préféré.

Ces données couvrent l’ensemble des juristes et les employés de soutien de l’industrie, des notaires aux avocats en passant par les adjoints juridiques et les parajuristes. On exclut cependant les juristes de l’État et les services pro bono.

Pour les 5 années de 2014 à 2018, le nombre total d’emplois dans l’industrie des services juridiques a augmenté de 22 %. L’industrie totale, excluant l’aide juridique et les juristes de l’État, a donc ajouté 4 080 emplois pendant cette période, pour atteindre 22 540 à la fin de 2018.

Ces emplois incluent tant les cabinets privés que les entreprises.

Productivité en baisse

Par ailleurs, pour la même période, la productivité du travail de l’industrie a quant à elle chuté de 17,2 %, avec une baisse annuelle moyenne de 3,4 %.

La productivité du travail étant calculée à partir de la valeur créée par chaque heure travaillée, plusieurs variables peuvent expliquer cette chute importante.



D’abord, l’augmentation du nombre d’emplois dans l’industrie juridique, conjuguée à une réduction du nombre moyen d’heures travaillées chaque année, signale que chaque heure travaillée coûte plus cher. De 2014 à 2018, le nombre moyen d’heures par emploi a fléchi de 1,7 %, pour s’établir à 1 770 heures en 2018. Parallèlement, la rémunération totale de tous ces emplois a bondi de 17,6 %.

Il nous est cependant impossible de conclure, sans analyse plus poussée, si cela signifie qu’il en coûte désormais plus cher de générer un dollar de revenu.

Il est également possible que les données illustrent la transition dans les modèles d’affaires des services juridiques : face à la pression des clients, les heures facturables sont de plus en plus délaissées au profit de méthodes alternatives de facturation. L’augmentation de la facturation à forfait ou des mandats à portée limitée pourrait ainsi expliquer le phénomène selon lequel plus d’emplois génèrent moins d’activité économique.

Enfin, il est tout aussi possible que le marché du travail, dans l’industrie des services juridiques, fasse les frais des changements démographiques : davantage de jeunes juristes sont en emploi, commandant de plus faibles tarifs ou exigeant un peu plus de temps pour accomplir une tâche.



Chose certaine, la valeur ajoutée réelle générée par l’industrie des services juridiques semble être en pleine stagnation. En effet, de 2014 à 2018, elle a baissé de 0,59 %, soit une perte de valeur ajoutée totale de 12 millions de dollars, ou 2,4 millions par année.

Cela signale qu’alors que l’économie québécoise affiche une croissance d’au moins 1,5 % par an depuis 2014, les services juridiques subissent une perte de vitesse notoire.

En fait, comme l’illustre notre graphique sur le PIB de la dernière décennie, l’industrie des services juridiques québécoise n’a jamais vraiment réussi à récupérer le terrain perdu depuis la crise financière des années 2008-2009.

Après une laborieuse reprise au début de la présente décennie, elle peine à faire des gains au chapitre de la performance économique…