Un aspirant avocat déclaré quérulent

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Élisabeth Fleury

Élisabeth Fleury

2026-01-07 15:00:49

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Un aspirant avocat a été déclaré quérulent après avoir réclamé 10 millions $ à Dollarama…

Guelor Tshenga Olongo - source : Archives


Le système judiciaire québécois a ses limites, et Guelor Tshenga Olongo vient de les franchir. Celui qui aspirait à porter la robe d’avocat a vu sa réclamation de 10 millions de dollars contre son ex-employeur non seulement rejetée pour abus, mais assortie d’une déclaration de quérulence.

La décision cinglante a été rendue le 23 décembre par le juge de la Cour supérieure Ian Demers.

La position de Dollarama était défendue par Mes Patrick Essiminy et Vincent Lalonde, de Stikeman Elliott, alors que le demandeur se représentait seul.

Le contexte : une enveloppe de 400 $ et une « croisade »


L'affaire remonte au 19 octobre 2023. M. Olongo, alors assistant-gérant de magasin après 14 mois de service, est congédié. Le motif? Il a laissé 400 $ en argent comptant sans surveillance, somme promptement dérobée par un client sous l'œil des caméras de surveillance.

Ian Demers - source : Wolters Kluwer

Bien que Dollarama lui ait versé une indemnité de deux semaines de salaire — alors qu'une faute grave aurait pu justifier un départ sans préavis ni compensation — M. Olongo a entamé ce que le tribunal qualifie de « croisade ».

Les positions des parties : entre démesure et exaspération

M. Olongo soutenait que le manuel de l'employé utilisé pour son congédiement n'était pas la bonne version. Sur cette base, il réclamait :

  • 150 000 $ en dommages compensatoires (représentant près de quatre ans de salaire) pour « perte d'une carrière ».
  • 10 millions $ en dommages punitifs, un montant qu'il justifiait par une règle de trois basée sur le chiffre d'affaires de Dollarama.
  • Il alléguait également que ce congédiement était responsable de l'échec de sa demande de résidence permanente.

La chaîne de magasins a répliqué en demandant le rejet pur et simple de l'instance. Ses procureurs ont plaidé que le recours était manifestement mal fondé, frivole et qu'il s'inscrivait dans un historique de harcèlement judiciaire, M. Olongo ayant l'habitude de poursuivre systématiquement ses anciens employeurs.

La décision de la Cour supérieure : « Un abus caractérisé »

Dans sa décision, le juge Ian Demers ne mâche pas ses mots. Il souligne que M. Olongo « draine les ressources judiciaires et administratives québécoises depuis bientôt six ans alors qu’il n’a aucun droit à revendiquer ».

Le tribunal a plus particulièrement jugé les sommes réclamées totalement dénuées de fondement juridique. Même dans les cas les plus graves au Canada, les dommages punitifs atteignent rarement des sommets comme ceux avancés par le demandeur, surtout pour un emploi de 14 mois, a rappelé le juge Demers.

Patrick Essiminy et Vincent Lalonde - source : Stikeman Elliott

Le comportement de M. Olongo durant l'instance a aussi pesé lourd dans la balance du magistrat :

  • Multiplication d'avis de gestion inutiles.
  • Délais déraisonnables imposés aux avocats (exigeant des réponses sous 72 heures, même le jour de Noël).
  • Refus de collaborer et tentatives de modifier ses actes de procédure de manière illégale.

Le tribunal a conclu que M. Olongo utilise la justice de manière excessive et détournée. Son historique de recours (septième tentative pour obtenir une décision favorable contre divers employeurs) et son acharnement contre les avocats de la partie adverse ont scellé son sort.

« La protection constitutionnelle dont le droit d’ester en justice fait l’objet n’inclut pas les recours abusifs », a rappelé le juge Demers.

Désormais déclaré quérulent, Guelor Tshenga Olongo ne pourra plus intenter de procédures judiciaires au Québec sans obtenir l'autorisation préalable d'un juge. Une fin de non-recevoir brutale pour celui qui aspirait à intégrer les rangs du Barreau…

Débouté devant le Tribunal des professions

Parallèlement à ses déboires civils, M. Olongo menait une bataille contre l’ordre professionnel. En octobre, les juges Jean Asselin, François LeBel et Mélanie Dugré, du Tribunal des professions, ont confirmé le refus de lui donner accès à l’École du Barreau.

La poursuite « aberrante » de 10 millions $ intentée contre Dollarama a été l'un des éléments clés ayant mené le Tribunal des professions à confirmer le refus d'admission de M. Olongo, cette démarche étant perçue comme une preuve flagrante d'un manque de discernement incompatible avec l'exercice du droit.

À ce constat s'ajoutent des manquements graves à l'honnêteté et à la transparence, notamment une affaire de plagiat durant ses études au Québec pour laquelle il a fourni des explications jugées fallacieuses, ainsi qu'un stratagème migratoire consistant à entrer au pays sous un faux prétexte académique pour s'établir au Québec.

Le Tribunal des professions a également retenu contre lui l'omission volontaire de divulguer ses antécédents judiciaires dans son formulaire d'admission, concluant finalement que l'ensemble de sa conduite, marquée par une propension à ne pas respecter les cadres juridiques et éthiques, démontrait qu'il ne possédait pas les mœurs et les qualités requises pour accéder à la profession d'avocat.

Joint par Droit-inc, M. Olongo nous a dit de ne pas pouvoir commenter la décision du juge Demers et ne pas souhaiter que nous en fassions état.

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