Me Pierre-Denis Leroux. Photo : Site web de Blakes
Me Pierre-Denis Leroux. Photo : Site web de Blakes
Après 40 ans de pratique, Me Pierre-Denis Leroux, tire sa révérence, en ce début de 2021. Il quitte Blakes, où il était associé depuis 2011.

Spécialisé en droit immobilier, l’avocat admis au Barreau en 1980 est très reconnu dans ce milieu. Il a été nommé dans de nombreux répertoires, dont le Who’s Who of Real Estate Lawyers.

Droit-inc a profité de son départ à la retraite pour revenir avec lui sur sa carrière impressionnante.

Droit-inc : Vous avez annoncé que vous preniez votre retraite après 40 ans de pratique... Ç'a été une décision longuement réfléchie?

Tout à fait. Pendant longtemps, j'envisageais de prendre ma retraite autour de l'âge de 60 ans... Et ça faisait déjà à peu près trois ans que c'était planifié. Les clients avec lesquels je travaillais le plus souvent étaient bien au courant.

Est-ce qu'il y a un âge plafond chez Blakes, pour les associés?

En fait, les associés prennent habituellement leur retraite entre 60 et 65 ans... Je tombe dans cette catégorie-là (rires)!

Et pourquoi avez-vous pris cette décision?

C'est exigeant, la pratique du droit dans un grand cabinet. J'ai eu une carrière passionnante, qui m'a amené à traiter de toutes sortes de questions dans toutes sortes de domaines – évidemment, toujours autour des mêmes thèmes... On peut dire que j'ai pas mal fait le tour du jardin.

J'ai encore beaucoup de passion pour la pratique du droit, j'en ai toujours eu... Mais je suis rendu là dans mon évolution personnelle.

Quels sont vos projets?

J'ai toutes sortes de projets. Évidemment, j'ai plein de projets personnels – je vais avoir 65 ans dans quelques mois... Quoique actuellement, avec la pandémie et le confinement, les projets personnels sont un peu suspendus (rires)!

J'ai plein de choses qui m'occupent, et plein d'autres qui sont en suspens, en attendant que ces restrictions soient levées.

Au point de vue professionnel, j'ai toutes sortes de projets d'affaires dans lesquels je suis impliqué, qui vont continuer de m'occuper.

Je n'aurai plus à travailler de façon intense... Bien souvent, ç'a été sept jours par semaine... Je dis tout le temps que j'ai fait, à chaque année depuis le début de ma carrière, plusieurs nuits blanches – moins ces dernières années, mais quand même –, à travailler jusqu'aux petites heures du matin...

Je n'ai plus besoin de faire cela, maintenant. Donc je peux choisir ce que je fais, et faire des choses qui m'intéressent davantage.

Je prends ma retraite, mais je ne suis pas mort non plus (rires)! En fait, je prends ma retraite de Blakes... c'est plus ça.

Pouvez-vous nous donner plus de détails, sur ces projets?

Ce sont des projets immobiliers, notamment, qui me sont personnels, sur lesquels j'ai commencé à travailler de façon un peu plus intense. Des projets avec des gens avec qui j'ai collaboré au fil de ces 40 ans là, avec qui j'ai gardé un contact plus solide…

Pensez-vous que la pratique va vous manquer?

C'est certain qu'on ne peut pas couper les liens de façon abrupte avec une pratique aussi active... C'est sûr que ça va me manquer, par moments, mais je vais quand même être actif dans ces autres projets-là.

Il faut passer à autre chose, à un moment donné. J'ai eu des collègues, au fil des ans, qui ont travaillé jusqu'à plus de 80 ans... Ça n'a jamais été mon intention (rires)!

Quand on a une pratique très intense, qu'on est très occupé, ce que j'ai été pendant ces 40 ans, on n'a pas beaucoup de temps à soi... Il y a des choses que j’ai toujours voulu faire et que je n'ai jamais eu le temps de faire... Là, je suis rendu là.

Avez-vous toujours été dans le domaine de l'immobilier?

Ce sont toutes des choses qui sont connexes, d'une certaine façon... Au tout début de ma pratique, j'ai fait beaucoup d'assurance-vie, du côté litige. À l'époque, il y avait beaucoup plus de compagnies d'assurance-vie, de sociétés... ce qui m'a amené à transitionner vers le droit immobilier, d'abord au niveau faillite et insolvabilité. J’ai pratiqué pendant plusieurs années dans ce domaine.

Par la suite, ça m'a amené à restructurer des propriétés, des projets, à les re-développer, à les vendre, à les financer ou à assister des clients qui faisaient ça... Et donc, depuis 1995, je ne fais plus du tout de litige. Je me concentre sur des transactions immobilières, du financement, des acquisitions-dispositions, j'ai fait aussi beaucoup de titrisation, au fil des années – la plupart du temps, relié à l'immobilier.

Où avez-vous commencé votre carrière?

J'ai commencé à pratiquer chez Lafleur Brown, qui, au tout début, s'appelait Lafleur Brown De Grandpré, un cabinet de Montréal qui a eu un bureau plus modeste à Toronto, à l'époque... J'ai été là pendant à peu près 20 ans. J'ai beaucoup aimé cette époque (rires)!

J'ai connu des gens très intéressants, de qui j'ai beaucoup appris, incluant la seule personne que je considère vraiment comme ayant été mon mentor dans la pratique du droit, Louis-Philippe De Grandpré, duquel je garde un excellent souvenir, et qui est aujourd'hui décédé. Il était juge à la Cour suprême du Canada, et il est connu comme ayant été un très grand avocat.

À peu près un an avant que je quitte pour me joindre à Blakes, le bureau a fusionné avec Gowling.

Ensuite, je me suis joint à Blakes… J'y suis resté trois ans. Ensuite, j'ai quitté pour aller chez McCarthy Tétrault, où je suis resté huit ans. Puis, je suis revenu chez Blakes à la fin 2011.

Qu'est-ce qui vous a fait revenir chez Blakes?

C'est tout un concours de circonstances. Je ne cherchais pas à changer de cabinet comme tel, mais au fil des discussions avec des collègues, – qui sont maintenant à la retraite, d'ailleurs! – j'ai accepté de me joindre à Blakes.

Vous avez développé une spécialisation assez précise, en ce qui concerne les créances hypothécaires commerciales... Comment en êtes-vous arrivé là?

J'ai toujours beaucoup aimé faire des choses qui n'étaient pas courantes, voir un peu ce qui se faisait ailleurs, beaucoup aux États-Unis, dans le domaine financier, et appliquer cela ici. C'est un peu ce qui est arrivé…

J'ai un client, une banque internationale, qui avait un immense projet en France, dont le financement était assuré par le biais d'une titrisation. Ce client m'a impliqué dans ce projet, et par la suite, la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui investissait directement dans le financement immobilier commercial à l'époque (aujourd'hui, c'est devenu Otéra), a voulu se lancer dans ce domaine, qui n'existait pas au Canada. Il n'y avait pas de marché, il n'y avait jamais eu de transaction, avant celle qu'on a entreprise.

Ils ont retenu mes services, on a monté toute la structure et on a développé le marché, ici au Canada. On a adapté ça aux lois du Québec, et on a été les pionniers, ensemble. C'est une aventure qui a duré plusieurs années!

C'étaient des transactions publiques, des appels publics à l'épargne pancanadiens, que, du point de vue juridique, je dirigeais depuis Montréal, et je travaillais avec les gens de la CDPQ, qui étaient basés à Montréal, aussi. Ç'a été une très belle expérience!

Est-ce que ça vous fait un petit pincement au coeur de ne pas pouvoir voir tous vos collègues, pour leur dire au revoir... dans le contexte de la pandémie?

Évidemment, c'est un contexte assez particulier, mais c'était planifié depuis longtemps avant la pandémie...

Aussi, j'ai beaucoup apprécié les relations personnelles avec les clients. J'ai toujours eu plus de travail qui m'a été confié que ce que j'étais capable de faire tout seul... Ma pratique n'était pas une pratique essentiellement de référence d'autres avocats du même cabinet, dans d'autres villes... J'ai toujours eu mes dossiers directement des clients, et je voyais beaucoup les clients. Je faisais beaucoup de suivi sur ces relations. Et ça, ça me manque beaucoup. Il y a des gens que je ne reverrai probablement pas.

Quand j'ai annoncé ma retraite sur Linkedin, la semaine dernière, j'ai eu beaucoup de messages et de commentaires... très positifs, très élogieux.



Je n'ai pas eu la chance de voir tout le monde, et il y en a plusieurs que j'aurais aimé voir, à qui j'aurais aimé parler avant de tirer ma révérence, mais… c'est comme ça pour pas mal tout le monde!