Me Michel Bergeron, associé chez McCarthy Tétrault.
Me Michel Bergeron, associé chez McCarthy Tétrault.
« On ne peut pas battre la machine. Le changement est inéluctable, on ne peut rien y faire. »

Ces mots sont de Me Michel Bergeron, associé chez McCarthy Tétrault. Il explique comment, en deux ans environ, le cabinet a réussi à rendre très performante une intelligence artificielle pour les traductions des documents juridiques.

« Il y a deux phases, la première est la traduction en elle-même, puis il y a la révision. Celle-ci est exécutée par un réviseur qui doit donner une opinion sur la traduction et vérifier que les deux documents, dans les deux langues, veulent exactement dire la même chose », explique t-il.

Aujourd’hui, les employés de McCarthy Tétrault ne sont plus sollicités pour faire l’étape de la traduction brute.

Mais il a fallu du temps pour que la machine soit performante. « Le résultat n’était pas très bon au début car la traduction variait trop d’un domaine à l’autre. Aujourd’hui, on a des traductions qui prennent en compte le contexte, car le mot est traduit en fonction des autres mots dans le document », ajoute Me Bergeron.

Si aujourd’hui la machine est plus efficace, c’est parce qu’elle a été entraînée. On lui a donné des milliers et des milliers de mots à intégrer. C’est un fait : plus elle a une base de données fournies, plus elle sera entraînée pour bien accomplir sa tâche.

Plus facile du français vers l’anglais

Me Bergeron concède que la traduction reste plus efficace du français vers l’anglais, mais c’est plus une question de langue. « Il y a plus de mots dans la langue française pour décrire la même chose. L’inverse, donc traduire un document de l’anglais au français, c’est plus compliqué. La machine peut déraper », dit-il.

Mais à son meilleur niveau, la machine traduit un texte presque en temps réel. Me Bergeron avance qu’elle va prendre une quinzaine de minutes seulement pour traduire un document de 500 pages.

Autre exemple, un projet portant sur une opération de fusion et d'acquisition a nécessité la traduction de 475 documents - totalisant 2,8 millions de mots - de l'allemand, du portugais et de l'espagnol vers l'anglais en 10 jours. Le résultat a été que l’IA du cabinet a réduit le délai d'exécution et ramené les coûts à 45 % de ce qu'ils auraient pu coûter par le passé.

« Le meilleur traducteur arrivera peut-être à un meilleur résultat, mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours un réviseur qui passe après la machine », ajoute l’associé.

Dans un cours qu’il a dernièrement donné aux étudiants en droit de McGill, Me Bergeron a plaidé pour un changement des enseignements. Il faut désormais apprendre aux étudiants à déceler les erreurs que pourrait faire l’IA selon lui.

L’avocat souligne également un autre avantage qui n’est pas négligeable : la confidentialité des données.

« On ne peut pas se permettre de faire traduire des documents confidentiels dans Google translate par exemple. Ça part dans des serveurs implantés dans d’autres pays, des hackers peuvent mettre la main dessus, même si Google dit que ça reste dans l’infonuagique, ce n’est pas autant sécuritaire », détaille Me Bergeron.

Tandis qu’avec cette IA, les données du cabinet sont stockées dans un serveur sécurisé, à Montréal.