La réalisatrice Lyne Charlebois intente une poursuite contre Gilbert Rozon. Photo : Radio-Canada
La réalisatrice Lyne Charlebois intente une poursuite contre Gilbert Rozon. Photo : Radio-Canada
La réalisatrice Lyne Charlebois intente une poursuite de 1,7 million de dollars contre Gilbert Rozon, qu’elle accuse de l’avoir agressée sexuellement il y a près de 40 ans. Elle est la deuxième victime alléguée à poursuivre le fondateur de Juste pour rire en trois semaines.

Gilbert Rozon « l’a trompée, leurrée, piégée et violée », peut-on lire dans la demande introductive d’instance obtenue par Radio-Canada. Lyne Charlebois « se souvient d’avoir eu peur, la plus grande peur de toute sa vie. Elle pensait que Rozon allait la tuer », au printemps 1982 à Montréal.

À l’époque, la femme de 24 ans commençait sa carrière de photographe et avait rendez-vous avec Gilbert Rozon « pour discuter d’un potentiel contrat de photographie pour le festival La Grande Virée ».

M. Rozon, « qui n’était pas connu à l’époque », aurait soupé chez elle, avec son conjoint. Par la suite, ils seraient sortis « comme convenu pour prendre un verre et discuter d’affaires ».

Gilbert Rozon aurait demandé à passer à son domicile pour changer de chemise. Une fois dans l’appartement, il se serait assis à côté d’elle sur le divan et se serait mis à parler « de ses bas de soie ».

« Elle se souvient ensuite que Rozon, soudainement et avec un regard de fou, la tire par la main vers la chambre à coucher et qu’elle ne comprend pas ce qui se passe ».

Il l’aurait violée. « Pétrifiée par la peur », Lyne Charlebois aurait figé, « avant de sortir en courant, sans dire un mot ».

Environ une semaine plus tard, la femme aurait croisé Gilbert Rozon dans la rue. « Elle l’engueule, tentant de lui exprimer qu’elle ne lui pardonnerait jamais ce qu’il lui avait fait », peut-on lire dans le document judiciaire. L’homme d’affaires n’aurait rien répondu.

Contrats refusés et dépression

« Depuis le viol, la demanderesse refuse tout emploi ou contrat relié à l’humour », soutient la poursuite, ce qui lui aurait fait perdre des projets lucratifs.

Lyne Charlebois a fait une dépression, connu des problèmes de consommation et a développé une « grande colère » qui aurait détruit ses relations.

L’agression sexuelle « a empoisonné sa vie » et elle réclame 700 000 dollars en dommages-intérêts et 1 million de dollars en dommages punitifs à l’homme d’affaires de 66 ans.

Lyne Charlebois est la réalisatrice du film Borderline et des téléséries Toute la vérité, Tabou et Nos étés, entre autres.

Plainte rejetée

Lyne Charlebois aurait parlé ouvertement de son agression à des proches, dont son conjoint de l’époque. « Elle hésitait à porter plainte, car elle se blâmait pour son insouciance », écrivent ses avocats dans la poursuite.

En 1998, les policiers lui auraient fait comprendre « que son cas est trop vieux et qu’elle se ferait rouler dans la boue » si elle dénonçait l’agression.

En 2017, dans la foulée du mouvement de dénonciations #MoiAussi, Lyne Charlebois a dénoncé publiquement Gilbert Rozon et a porté plainte au Service de police de la ville de Montréal (SPVM), tout comme 13 autres femmes.

Seule la plainte d'Annick Charette a mené à des accusations criminelles de viol et d'attentat à la pudeur pour des événements qui seraient survenus en 1980.

En décembre 2020, au terme d'un procès devant la Cour du Québec pendant lequel il a nié les crimes allégués, Gilbert Rozon a été acquitté.

La décision ne signifie pas que les incidents reprochés ne se sont pas produits, a nuancé la juge Mélanie Hébert, en expliquant que le magnat bénéficie du doute raisonnable.

Patricia Tulasne poursuit aussi Gilbert Rozon

Il y a exactement trois semaines, la comédienne Patricia Tulasne intentait une poursuite de 1,6 million de dollars contre Gilbert Rozon pour une agression sexuelle qu’il aurait commise en 1994. Les deux femmes sont représentées par le cabinet d’avocats Trudel, Johnston & Lespérance. Leurs poursuites contiennent plusieurs allégations similaires.

Lyne Charlebois et Patricia Tulasne font toutes deux partie du groupe Les Courageuses, un collectif d'une vingtaine de femmes qui affirment avoir été agressées sexuellement par Gilbert Rozon entre 1982 et 2016. Elles ont voulu intenter un recours collectif contre celui qu'elles qualifient de prédateur.

L'an dernier, la Cour d'appel du Québec a bloqué leur recours, car elle estimait qu'il n'était pas le véhicule procédural approprié. La Cour suprême a ensuite refusé d'entendre l'appel des Courageuses. Celles-ci reprochaient à Gilbert Rozon d'avoir utilisé sa position de pouvoir et d'influence pour piéger plusieurs victimes.

Au cours des dernières années, Gilbert Rozon a fait des déclarations dans lesquelles il niait catégoriquement toutes les allégations d'inconduite sexuelle qui le visaient. En réponse à la poursuite de Patricia Tulasne, son avocat, Raymond Doray, a affirmé que « Monsieur Rozon a l’intention de se défendre, il n’y a aucun doute là-dessus ».

En 1998, il avait obtenu une absolution inconditionnelle après avoir plaidé coupable à une accusation d'agression sexuelle lors d'une réception au Manoir Rouville-Campbell, à Mont-Saint-Hilaire.