Pour l'avocat Rob Talach, ce système de signalements manque de substance. Photo : Radio-Canada
Pour l'avocat Rob Talach, ce système de signalements manque de substance. Photo : Radio-Canada
Des victimes d'abus sexuels commis par des prêtres et leurs avocats jugent insuffisant le nouveau système de signalement mis en place par l'Église catholique.

La Conférence des évêques catholiques du Canada a lancé un service national et bilingue permettant de signaler les situations d'abus sexuels commis ou dissimulés par un évêque.

« Ce service renforce leur engagement à l’égard de la responsabilité, de la reddition de comptes et de la transparence en matière d’abus sexuels commis par le clergé, et celui de faciliter davantage la guérison et la justice pour les victimes et survivants » , indique la conférence dans un communiqué.

Le Système canadien de signalement des abus sexuels ou dissimulés par un évêque catholique répond directement à une lettre du pape qui appelait à la mise en place de dispositifs facilement accessibles au public pour faire des signalements contre un évêque.

Avec ce système, un évêque soupçonné fera l'objet d'une enquête par un diocèse extérieur, et non plus le sien. Si le rapport est jugé crédible, il sera porté jusqu'au Vatican.

Des victimes critiquent

Enfant, Patrick McMahon a été abusé sexuellement par un prêtre catholique. Pour lui, cette démarche va dans la bonne direction, puisqu'elle cela signifie plus de responsabilités et une meilleure documentation sur ces types de crimes, même si sa portée devrait dépasser les seuls évêques.

« Les évêques doivent aussi rendre des comptes. Mais il y a beaucoup plus de prêtres et de laïcs impliqués dans l'église que d'évêques ».

Le résident de Windsor s'inquiète également du fait que les abus puissent être signalés à la mauvaise autorité.

« L'abus d'enfant est un crime. Appelez la police. C'est la première chose à faire, n'appelez pas l'église », dit-il.

Rob Talach, avocat basé à Londres, abonde dans le même sens. Pour lui, ce système de signalements manque de substance.

« C'est une institution qui prospère grâce au contrôle et à la dissimulation - et le fait qu'ils veulent toujours que vous vous adressiez à eux plutôt qu'aux autorités laïques me démontre qu'ils n'ont toujours pas compris », souligne-t-il.

« D'autres organisations se contentent de vous orienter vers la police, comme il se doit. Il s'agit de crimes, de crimes contre des enfants dans la plupart des cas... alors pourquoi cliquer sur un lien ou appeler notre ligne d'assistance téléphonique vers l'Église elle-même alors que, souvent, elle est aussi impliquée dans le problème que l'auteur de l'infraction ? », poursuit l'avocat.

La réponse de l'Église

Interrogé sur le sujet, un porte-parole du diocèse de London indique que toutes les allégations d'abus sont prises très au sérieux par l'organisation.

Mike Clarke, directeur des communications du diocèse, explique par ailleurs que si la police est impliquée au cas par cas, elle l'est toujours quand il s'agit de mineur.

« La promesse est que ce système est transparent et responsable », a-t-il déclaré.

Loin d'être convaincu, Rob Talach rappelle qu'il n'y a pas de prescription pour signaler un crime sexuel. Les victimes peuvent donc le signaler à la police à n'importe quel moment de leur vie, même si les événements se sont déroulés dans leur enfance.