Me Katherine Ammerlaan, fondait en mars dernier son cabinet : AgriLégal. Source : LinkedIn
Me Katherine Ammerlaan, fondait en mars dernier son cabinet : AgriLégal. Source : LinkedIn
Une avocate, Me Katherine Ammerlaan, fondait en mars dernier son cabinet : AgriLégal, un cabinet qui se spécialise en droit de l’agriculture.

Diplômé de l’Université de Montréal, la Barreau 2019 a fait le choix de retourner dans sa région natale après un intermède d’environ cinq ans à Montréal.

Elle a donc quitté Lavery en 2019, où elle faisait principalement du droit de la famille, pour s’installer près du village de Saint-Valentin, dans Saint-Jean-sur-Richelieu.

Aujourd’hui, elle s'entretient avec Droit-inc au sujet de sa carrière et de son cabinet.

Vous avez fondé AgriLégal en mars dernier. Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer à votre compte ?

C’est difficile de nommer une seule raison. Même si chacune des étapes de mon cheminement professionnel m’a mené là, je crois que la pandémie a été l’élément catalyseur.

L’année dernière, j’ai été mise en arrêt de travail temporairement, pendant un mois environ. À l’époque, nous travaillions déjà depuis la maison en raison de la COVID, et j’ai vraiment aimé ça.

Mes parents ont une ferme. Avec l’arrêt de travail temporaire, j’en ai profité pour renouer avec la ferme familiale. Je suis allé y travailler, et j’ai beaucoup aimé ça. C’est à ce moment que j’ai réalisé que c’est le mode de vie qui me convient. L’autonomie, la liberté... c’est moi qui décide quand je fais du droit ou d’autres choses qui m'intéressent, dont la ferme.

La pandémie m’a permis de réaliser que c’est une possibilité, c’est-à-dire de travailler pour soi-même.

J’ai aussi eu la chance d’avoir des mentors extraordinaires en la présence de Mes Madeleine Lemieux et de Guy Paradis. Sans eux, je ne sais pas si j’aurais osé faire le saut…

À vous entendre, on semble constater que cette ferme familiale vous manquait beaucoup…

Je pense que oui, mais comme je l’ai dit, AgriLégal m'apparaît comme une étape logique de mon parcours professionnel.

À mes débuts, je travaillais à Montréal dans un gros cabinet (NDLR : Lavery), puis j’ai réalisé, au bout de quelque temps, que la ville ne me correspondait pas.

J’ai effectué un premier retour en région pour me rapprocher de mes parents et de la ferme. J’ai travaillé avec Me Paradis et Me Lemieux en droit agricole, un domaine du droit dont j’ignorais l’existence !

Ce sont deux personnes tellement authentiques et généreuses – même chose pour leur clientèle respective – que j’ai réalisé que je me retrouvais beaucoup dans ce milieu-là. C’est un milieu qui m’offre un équilibre de vie, précisément ce dont j’avais besoin !

Vous mentionnez avoir découvert le droit agricole alors que vous en ignoriez l’existence. Qu’est-ce qui vous a charmé avec ce domaine du droit ?

J’ai d’abord senti que ce secteur du droit apportait une plus grande cohérence à ma vie. J’ai d’abord commencé en droit de la famille. Même si c’était intéressant et même si mes collègues à Montréal étaient vraiment l’fun, j’ai trouvé que les valeurs me rejoignaient moins. De rejoindre la réalité agricole, dans le cadre de mon travail, fait beaucoup plus de sens pour moi, ça m’apporte de la cohérence.

Est-ce que ce fut difficile de quitter la ville pour retourner en région ?

Non, vraiment pas. J’ai eu beaucoup de peur avant de le faire, car j’avais une position enviable à Montréal : j’ai fait mon stage en grand cabinet, j’ai été réembauchée là… je me posais beaucoup de questions à savoir si j’étais ingrate de songer à quitter ce que j’avais.

J’avais donc des réticences à quitter ma sécurité en ville pour de l’inconnue, comme un salaire, qui, disons-le, n’est pas la même chose en région, ou encore de perdre mon cercle social, etc.

J’ai eu beaucoup de soutien, dont mon mari qui était motivé à s’installer en campagne, et ma famille qui était heureuse de mon retour. Au final, ce fut l’une des meilleures décisions de ma vie, même si j’avais, sur le moment, un petit trac avant de me lancer.

Avez-vous ressenti ce « petit trac » avant de vous lancer à votre compte ?

Oui, absolument. C’était la même chose. Mais, quelque part, j’aime ça Je pense que de tels moments - ceux où nous ressentons que la décision que nous nous apprêtons à prendre est importante - offrent des sensations intéressantes !

Comment est-ce que ça s’organise concrètement dans le quotidien, quand on sert des clients de différentes villes?

C’est l’une des choses qui me plaît le plus d’être à mon compte. Chaque jour est une aventure. C’est difficile de planifier son horaire à l’avance, car il y a des semaines plus tranquilles et d’autres, comme la semaine dernière, où tous me tombent dessus.

Au quotidien, je travaille principalement depuis la maison. À Bedford, je partage un bureau avec Me Lemieux est une notaire. J’y vais une fois par semaine, et j’ai une relation professionnelle très proche avec Me Lemieux. Nous nous parlons tous les jours.

Est-ce que vous voyez des avantages et inconvénients maintenant que vous exercez en région par rapport à la ville ?

Je pense que j’ai choisi un domaine du droit qui se marie très bien avec la vie en campagne. Quelque part, je pense que cela m’offre une crédibilité supplémentaire, c’est-à-dire que je viens d’un milieu agricole en plus d’habiter dans un milieu agricole.

À cet égard, je ne vois aucun inconvénient. Le fait de vivre dans un village aussi paisible, où il n’y a pas de bruit, pas de pollution audio-visuelle, pas de surpopulation... je trouve que ça m’amène un repos mental, qui me permet d’en faire plus.

C’est une drôle de corrélation, mais vu que ma vie est plus paisible, mon quotidien me semble moins stressant… alors que ça devrait être le contraire, car j’ai plus de responsabilités à mon compte qu’en cabinet.

Comment se déroulent les premiers mois d’activités d’AgriLégal ?

C’est bien, je n’avais pas beaucoup d’attente et je ne m’en mettais pas tant que ça non plus, car c’est le début de l’été. Je me suis dit que j’irai travailler à la ferme si je n’ai pas tant d’ouvrage que ça. Je n’ai pas non plus un loyer super élevé avec d’énormes contraintes financières… je pouvais donc me permettre de voir comment vont les choses.

C’est un domaine où les références et la publicité se font beaucoup de bouche à oreille. Je n’ai fait aucune publicité, et je n’en ai pas besoin pour le moment. Je travaille avec Me Lemieux, et des avocats en droit agricole… disons qu’il n’y en a pas à la tonne.

Pour le moment, ça va bien et je constate un effet boule de neige. Après un départ tranquille, ça roule de plus en plus.

Quelle relation entretenez-vous avec vos mentors, dont Me Lemieux ? D’après vos réponses, vous semblez collaborer avec eux ?

Me Paradis a pris sa retraite, c’est donc fini pour lui. Il faisait du zonage agricole, et on s’appelle des fois, mais pour parler d’autres choses. Il est à la retraite et je respecte ça.

J’ai repris cette pratique-là, c’est-à-dire le zonage agricole. C’est l’un des aspects de ma pratique où je suis complètement « indépendante ».

Le second volet de ma pratique est la mise en marché de produits agricoles. À cet égard, je ne suis pas encore entièrement autonome… j’assiste donc Me Lemieux, je vais avec elle devant la régie, je l’aide à préparer les dossiers, je fais de la recherche pour elle… Sur ce point de ma pratique, c’est vraiment une collaboration. On pourrait dire que je suis en apprentissage auprès d’elle pour le volet mise en marché.

Avez-vous des objectifs pour les années à venir ? Quelles seront les grandes étapes dans le développement de votre cabinet ?

Ahhh, pas vraiment. Pour la première année, je vais juste voir comment ça se passe, et m'enligner.

J’espère vraiment, sinon, pouvoir continuer d’exercer dans les deux volets agricoles que je mentionnais plus tôt, car ils sont vraiment intéressants. L’un concerne davantage le territoire agricole, dont les enjeux liés au développement urbain, tandis que l’autre touche à ma pratique avec Me Lemieux (politique agroalimentaire, convention de mise en marché, etc.).

Les deux sont super intéressants, mais je ne sais pas s’il est réaliste de les continuer de façon simultanée. Je verrai en fonction de ma première année de pratique. Je dresserai un bilan en fonction de celle-ci pour déterminer comment je désire m’enligner pour la suite des choses.

Un souhait pour les cinq prochaines années ?

Dans cinq ans, j’aurais… quelques associés. J’aimerais retrouver des collègues de travail. J’aimerais aussi pouvoir avoir une « relève »… pas que je désire prendre ma retraite, mais j’ai longtemps recherché, dans le cadre de ma carrière, un ou une mentor, quelqu’un ayant à cœur de soutenir la relève juridique.

J’ai eu la chance de trouver cette personne, alors j’aimerais beaucoup passer le bâton, contribuer à former quelqu’un. L’image que je me fais de mon cabinet, ce sont vraiment des partenariats horizontaux, et non pas de la hiérarchie verticale.