Isabelle Proulx. Photos : Site web de l’Association canadienne des parajuristes (CAP
Isabelle Proulx. Photos : Site web de l’Association canadienne des parajuristes (CAP
Isabelle Proulx est la nouvelle présidente et trésorière de l’Association canadienne des parajuristes (CAP).

En poste depuis quelques semaines, Mme Proulx était par le passé coordonnatrice des services juridiques et corporatifs au sein de la société de portefeuilles privée détenue et contrôlée par la famille Saputo. Elle travaille maintenant chez Les Technologies Seedbox depuis quatre mois.

Ses responsabilités incluent notamment la préparation et coordination de dossiers de réorganisations corporatives, de fusions et acquisitions et de financement.

Maintenant en poste, elle espère contribuer à faire du CAP un Ordre professionnel à part entière. Entretien.

Depuis combien de temps œuvrez-vous auprès du CAP ?

En fait, j’ai occupé, il y a quatre ans, le poste de secrétaire du conseil d’administration. Je me suis joint à l’association à ce moment.

Aujourd’hui, nous avons environ 1500 membres actifs, dont près de 1000 étudiants. J’ai commencé à titre de membre du CAP. Ensuite, j’ai soumis ma candidature pour siéger au conseil d’administration. Après le secrétariat, j’ai pris la vice-présidence, il y a trois ans. Depuis le 15 juin dernier, je suis à la présidence.

Après être devenu membre, j’ai rapidement décidé de m’impliquer au CA, car je crois que j’ai une valeur ajoutée à apporter. Je peux notamment prouver que les parcours de parajuriste ne sont pas une ligne droite. Nous pouvons prendre plusieurs chemins pour exercer notre profession de façon diversifiée.

De fil en aiguille, j’ai gravi les échelons. Je suis très fier d’être à la présidence, et de succéder à Marc-André (De Sève), qui a occupé ce poste pendant six ans.

Je connais bien sa vision. Nous avons travaillé main dans la main. Maintenant, je suis prêt à apporter ma couleur.

Comme votre confrère, serez-vous toujours à la présidence dans six ans ?

En fait, nos règlements font en sorte qu’il est impossible de siéger sur le CA pendant plus de six ans. Étant membre depuis quatre ans, mon présent mandat est donc limité à une année et demie.

On veut s’assurer qu’il y ait une certaine rotation dans les idées en plus d’offrir une chance à la relève, comme c’est le cas avec notre nouvelle vice-présidente, Amy (Gingras). J’ai 23 ans d’expérience alors qu’Amy en compte trois ou quatre. Ça nous permet de mélanger « relève » et « expérience » tout en permettant d’offrir à nos membres d’excellents services.

Ça rejoint un peu l’un de mes objectifs à la présidence, c’est-à-dire de montrer qu’il peut y avoir de la diversité dans nos parcours. J’espère, de cette façon, contribuer à la promotion de notre profession.

Vous avez mentionné quelques-unes de vos motivations. Maintenant que vous occupez la présidence, qu’aimeriez-vous accomplir ?

J’aimerais beaucoup, bien que nous allons continuer de promouvoir notre profession et les besoins de nos membres, que notre CA confirme hors de tout doute que le parajurisme a tout intérêt à être impliqué pour favoriser l’accès à la justice.

J’aimerais que nous montrions comment le parajurisme peut contribuer, avec les avocats et autres acteurs du domaine, à faciliter l’accès à la justice, voire même de permettre l’accélération de certains dossiers.

Dans un monde idéal, nous pouvons imaginer que les parajuristes auraient certains pouvoirs qui amélioreraient le système de justice. J’aimerais, sous ma présidence, que nous allions dans ce sens-là… même si je dois reconnaître que ce ne sont pas tous les parajuristes qui veulent emprunter cette direction.

Mon intention est vraiment de déterminer, dans quelle mesure, nous pourrions être des acteurs encore plus présents pour favoriser l’accès à la justice et améliorer le système de justice actuel, par exemple en permettant à certains parajuristes de représenter aux petites créances des gens qui n’ont pas les moyens de recourir au service d’un avocat.

Serait-il possible d’introduire une telle ouverture ? De permettre à un parajuriste d’expérience, avec certaines certifications, de poser certains gestes pour contribuer à résoudre des conflits plus facilement et répondre aux besoins du public ? J’aimerais voir avec notre CA comment nous pouvons en arriver là.

Vous parlez de « professionnels ». Si je comprends bien, vous aimeriez être reconnu comme un ordre professionnel…

Idéalement, oui. À la limite, nous aimerions que des règlements soient adoptés pour permettre à certains parajuristes, comme c’est le cas dans d’autres provinces, d’exercer certaines tâches de façon plus autonome tout en disposant d’un certain encadrement.

Car, ce que l’on observe dans la profession parajuriste, c’est que les choses peuvent passer d’un extrême à l’autre. J’ai des collègues parajuristes qui ont leur propre entreprise et qui travaillent à leur compte avec des avocats, tandis que d’autres sont plus considérés comme des adjointes.

J’aimerais réussir à établir un cadre au travers de tout ça pour que nos membres se sentent soutenus par notre association… quelle que soit la façon dont ils choisissent d’exercer la profession de parajuriste.

Nous avons un beau système de justice, un système où chaque acteur à son rôle… Le parajurisme est un peu comme une nouvelle profession, ceux qui l’exercent occupent un rôle hybride, à mi-chemin entre l’avocat et l’adjoint. Il faut qu’ils puissent trouver leur place eux aussi.

Comment se présentent les choses ? Ça ne doit pas être une mince affaire d’être reconnu comme un ordre professionnel…

Ça se présente bien. Nous devons fournir des données probantes pour démontrer pourquoi nous pouvons être considérés comme des professionnels. Il faut fournir des preuves et des exemples d’actes que les parajuristes peuvent poser en plus de montrer le type de formation que nous suivons.

Disons que nous avons du travail de débroussaillage à faire. Nous devons faire la démonstration, par écrit, de tout ce que nous faisons dans le cadre de notre profession.

C’est quand même gros, et au travers de tout ça, il faut faire du lobbying, ça nous prend des appuis de la part d’acteurs importants du système de justice, comme des avocats, des notaires, le Barreau… il faut aller vers tous ces acteurs et voir comment ils voient les choses.

Notre mandat, comme association, est de représenter nos membres dans cette quête. Nous essayons de respecter leurs opinions tout en tenant compte de celles des autres acteurs juridiques.

Notre but, c’est vraiment de favoriser l’accès à la justice et de contribuer à la mise en œuvre d’un meilleur système de justice. Ce n’est pas de prendre les pouvoirs des uns et des autres, c’est vraiment d’aller combler les besoins pour faciliter la mise en œuvre de la justice.

Quelles sont les réactions des acteurs juridiques à ce sujet, comme le Bâtonnier ?

Je pense qu’il y a une très belle ouverture, car nous avons le même objectif, soit d’améliorer le système de justice. Il y a une belle ouverture, mais nous sommes encore à l’étape de voir comment cela pourrait se concrétiser dans les prochains mois ou les prochaines années.

C’est une longue démarche. Maintenant que je suis en poste, je dois reprendre les discussions où elles sont rendues et regarder vers l’avant.

C’est une « longue démarche ». Croyez-vous qu’elle sera terminée d’ici à la fin de votre mandat ?

Je vous dirais que non, car c’est trop important.

Avec Amy, notre relève, qui est elle aussi impliquée dans ce projet, je vais m’assurer qu’il soit poursuivi. C’est un peu stratégique de lui passer le relais de ma vice-présidence pour qu’elle puisse éventuellement reprendre ce projet, d’autant qu’elle fait partie de la jeune génération. Elle pourra peut-être, de cette façon, rejoindre plus facilement celles et ceux qui ont gradué dernièrement.