Le juge Jacques Delisle s'est présenté au palais de justice de Québec, le 7 septembre 2021. Source : Radio-Canada
Le juge Jacques Delisle s'est présenté au palais de justice de Québec, le 7 septembre 2021. Source : Radio-Canada
Pour la première fois depuis qu'il a été condamné pour le meurtre prémédité de sa femme, l’ex-juge Jacques Delisle s'est présenté mardi matin au palais de justice de Québec afin de réclamer la fin des procédures judiciaires le concernant.

Durant la rare et courte apparition publique de Jacques Delisle, les avocats affectés à son dossier ont accepté de revenir en cour le 6 décembre prochain. Une date pourrait alors être fixée afin que sa requête soit entendue par le juge. Le dépôt des pièces a quant à lui été fixé au 1er octobre.

Jacques Delisle revenait pour la première fois dans la même salle où il a été condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme perpétré dans sa résidence de Sillery le 12 novembre 2009. Il ne s'est pas adressé aux médias.

L'ex-juge s'est toujours dit innocent du meurtre de sa femme Nicole Rainville. Selon sa version, elle s'est suicidée avec une arme à feu lui appartenant. Condamné à la prison à vie en 2012, il n'a pas réussi à porter sa cause en appel, malgré de multiples tentatives.

La requête

Un important revirement de situation est toutefois survenu en avril dernier lorsque le ministre de la Justice, David Lametti, a ordonné la tenue d'un nouveau procès parce qu'il avait des motifs de croire qu'« une erreur judiciaire avait été commise ». L'ex-juge est en liberté provisoire depuis ce temps.

Puis les avocats de Delisle ont déposé une nouvelle requête datée du 6 août dernier en réclamant l'arrêt des procédures judiciaires pour délai déraisonnable et abus.

Dans un document de 25 pages, ils attaquent notamment la crédibilité du témoignage du Dr André Bourgault, pathologiste du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, à propos de la trajectoire de la balle qui a tué Nicole Rainville.

Crédibilité des experts

Selon la défense, la balle qui aurait atteint le cerveau de Mme Rainville n'avait pas une trajectoire rectiligne, ce qui rend possible la thèse du suicide.

Les avocats de Delisle estiment entre autres que le Dr Bourgault, qui conclut au meurtre, n'a pas pratiqué l'autopsie de la victime avec grand soin et a publié un rapport extrêmement fautif dans lequel « ses conclusions sur la trajectoire de la balle sont établies par déduction, et non pas par une observation minutieuse » du cerveau de Mme Rainville.

La crédibilité de Guillaume Arnet, un autre expert balisticien judiciaire, est aussi mise fortement en doute dans des allégations du clan Delisle. M. Arnet aurait entre autres envoyé un courriel « absolument odieux » au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le 7 mai dernier, ce que dénoncent les avocats de Delisle.

Dans ce courriel, M. Arnet prédirait notamment que les experts balistiques européens mandatés dans un nouveau procès arriveraient aux mêmes conclusions que lui au sujet du tir qui a tué Nicole Rainville.

Jacques Delisle est aujourd'hui âgé de 86 ans. Il a passé 9 ans derrière les barreaux.

Il est le seul juge de l'histoire du Canada à avoir été reconnu coupable de meurtre au premier degré.