Nicholas Tsouflidis a raconté la nuit de son enlèvement à la cour. Sources: Site web de Cora et Radio-Canada
Nicholas Tsouflidis a raconté la nuit de son enlèvement à la cour. Sources: Site web de Cora et Radio-Canada
L’ouverture du procès d’un ancien franchisé de Cora, Paul Zaidan, lève le voile sur l’enlèvement mystérieux dont a été victime le fils de la fondatrice de la chaîne de restaurants de déjeuner, à Mirabel, en 2017.

Premier témoin appelé à la barre à l’ouverture du procès, mardi, le président de Cora, Nicholas Tsouflidis, 49 ans, a fait un récit digne d’un roman policier des événements du 8 mars 2017.

Alors qu’il passait une soirée tranquille, seul, dans sa maison ancestrale de Mirabel, un inconnu aurait cogné à sa porte pour lui demander de l’aide.

En sortant de chez lui, l’individu aurait braqué une arme à feu en lui intimant de se coucher au sol. « J’ai hésité, dans ma tête, ça ne se peut pas que ça arrive, c’est quoi ça? », se remémore le fils de Cora Tsouflidou.

Deux autres assaillants auraient surgi d’un véhicule pour entrer chez lui et en ressortir avec un coffre-fort qui contenait « 3000 $ en change (liquide) ».

« C’est toi qu’on veut », lui auraient dit les ravisseurs, faisant « freaker » l’homme d’affaires.

Après lui avoir attaché les mains dans le dos, « ils m’ont ramassé comme un morceau de bois et ils m’ont mis la tête la première dans la valise », a raconté M. Tsouflidis.

Appel au 911

Même s’il avait été fouillé, Nicholas Tsouflidis aurait réussi à conserver son cellulaire. Après s’être détaché, il a été capable de l’utiliser pour communiquer avec le 911 alors qu’il était dans le coffre de la voiture en déplacement.

« Je suis dans une valise de voiture, je suis en train de me faire kidnapper. Mon nom est Nicholas Tsouflidis », explique-t-il à un répartiteur, comme cela a pu être entendu dans l’enregistrement de l’appel au 911 présenté devant le tribunal. Il souligne être le président de Cora déjeuners et demande aux secours de suivre son « signal de cellulaire ».

Ses ravisseurs l’auraient emmené dans une résidence dont le plancher du sous-sol était en béton. Couché par terre, il aurait été enchaîné, menotté et ses mouvements auraient été filmés par une caméra de surveillance installée au mur.

Une rançon de 11 millions de dollars

Ses ravisseurs lui auraient demandé le numéro de téléphone de sa mère, Cora Tsouflidou. « J’ai compris qu’ils savaient j’étais qui, » affirme le témoin.

Selon la poursuite, une rançon de 11 millions de dollars a été demandée à la fondatrice de Cora cette nuit-là.

« Je criais après eux autres : "Vous êtes mieux de me libérer, ça ne marchera jamais" », a dit Nicholas Tsouflidis.

Lorsque ses assaillants ont compris qu’il avait alerté le 911, « ils étaient moins agressifs », soutient Nicholas Tsouflidis, qui explique être devenu très bavard et insistant.

« Je tentais d’être désagréable pour qu’ils se disent : "Bon, on va s’en débarrasser, il est fatigant" ».

Il dit avoir vu cinq ravisseurs, mais n’a aperçu le visage que d’un seul d’entre eux. Les assaillants auraient affirmé avoir été payés pour l’enlever.

Tôt le matin, après plus de huit heures de captivité, ses ravisseurs l’auraient remis dans le coffre d’un véhicule pour aller le déposer dans un fossé en bordure du chemin Champagne, à Laval, où il a été secouru par des passants.

Nicholas Tsouflidis ne semble pas avoir été blessé par ses ravisseurs. Des photos prises dans les heures suivantes montrent quelques égratignures aux mains infligées par les menottes.

Une preuve circonstancielle

Nicholas Tsouflidis connaissait l’accusé Paul Zaidan, qui avait perdu sa franchise Cora quelques années auparavant à L’Île-des-Soeurs. « Malheureusement, le restaurant était en défaut de respecter les normes de la bannière Cora », a expliqué M. Tsouflidis.

Paul Zaidan, 52 ans, fait face à des accusations d’enlèvement, de séquestration et d’extorsion. Sa participation exacte dans le crime demeure floue pour l’instant.

Le ministère public a l’intention de faire entendre une quarantaine de témoins, dont d’ex-employés de l’accusé.

La preuve contre lui est exclusivement circonstancielle, a précisé la procureure Sarah Beaudry Leclerc dans sa déclaration d’ouverture, et aucune preuve directe ne sera présentée.

Selon la Couronne, une adresse courriel contenue dans la lettre de rançon retrouvée chez la victime permettrait de remonter à une tablette Samsung achetée avec la carte de crédit de Paul Zaidan, qu’il aurait lui-même retournée au magasin le lendemain de l’enlèvement.

La même carte aurait aussi été utilisée pour acheter des articles ayant servi au crime, comme la quincaillerie pour attacher la victime.

« Cela vous en dira long sur le rôle qu’a joué Paul Zaidan dans cet enlèvement, cette séquestration et cette extorsion », a indiqué Me Beaudry Leclerc qui fait équipe avec la procureure Karine Dalphond.

L’accusé est représenté par Hovsep Dadaghalian et Christopher Lerhe Mediati.

Le procès est présidé par le juge de la Cour supérieure François Dadour.