Un avocat du Barreau du Québec « …doit suivre des activités de formation, liées à l’exercice de la profession, d’une durée d’au moins 30 heures par période de référence de deux ans ».

Voilà la nouvelle règle posée depuis le mois d’avril 2009. Elle semble claire. Pourtant l’interprétation, faite par les bureaux d’avocats, de la notion « d’activités de formation » est vraiment diversifiée. En particulier par les plus gros. Trois de ces cabinets montréalais passent aux aveux et expliquent à Droit-Inc. leur façon d’appliquer le règlement.

Formation continue et développement d'affaires

Chez Fasken Martineau, on a essayé d’aller au-delà de la vision traditionnelle de la formation continue. Les avocats du bureau sont transformés de temps en temps en conférenciers. Pourquoi? En raison de l’article 4 du règlement, qui permet de considérer comme une activité de formation accréditée le fait d’être soi même le formateur. Alors Fasken en profite pour organiser, sous le nom de Symposium, des conférences ouvertes aussi bien à ses avocats qu’aux avocats des autres bureaux.

Il s’agit en fait de dispenser une formation continue obligatoire, accréditée par le Barreau du Québec. Les conférenciers, aussi bien que les participants repartent avec des crédits.

Mais jouons cartes sur table : ces conférences sont aussi un outil de développement d'affaires. Le symposium, ouvert au public des avocats, contribue à la réputation du bureau.

Pour attirer les candidats lors du prochain symposium, début mai, Fasken a mis le paquet, ouvrant les festivités sur un dîner-conférence sur l’actualité internationale, animé par la journaliste de Radio-Canada Céline Galipeau. Pas crédité celui là. Avec comme invité l’ancien ambassadeur Raymond Chrétien, chez Fasken depuis quelques années.

En tous cas, il y a plus de formation continue des avocats

Chez Ogilvy Renault, la formation continue reste traditionnellement une affaire interne, organisée et dispensée par les avocats du cabinet. Depuis le nouveau règlement, la seule chose qui ait changé est le nombre d’heures de formation.

« Nous avons augmenté l’offre de formations en interne de 20%, soit à 200 environ, mais surtout le taux de participation des avocats a augmenté de près de moitié », dit Brigitte Gagnon, directrice nationale du développement professionnel.

Chez Blakes, la conception de la formation continue se situe en position intermédiaire. D’un côté, comme chez Ogilvy, Blakes a augmenté le nombre de sessions de formation. En se fondant d’abord sur les ressources internes du cabinet.

« En augmentant l’interaction entre les différentes spécialités du cabinet, dit Angelo Noce, avocat responsable des formations. Pour que les avocats de spécialités différentes échangent leurs expériences de pratiques, comme par exemple les praticiens en droit du travail gagnent à mieux connaître la pratique des litiges. »

Mais Blakes essaye aussi, comme chez Fasken, mais dans une moindre mesure, d’innover en appliquant le nouveau texte. Deux autres initiatives, accréditées, y sont fortement encouragées: la rédaction de fiches techniques sur l’actualité juridique (une activité d’écriture qui peut être créditée), ou encore l’ouverture de ses formations aux avocats externes d’autres bureaux, même plus petits.

Qu’ils viennent se former ou qu’ils soient conférenciers. Angelo Noce a ainsi lancé une nouvelle formule de dîners-débats, consacrés à la formation continue, selon la formule : « Lunch and Learn ». Lors du repas, la formation n’est pas toujours apportée par les avocats de Blakes. Ainsi un consultant célèbre est prochainement invité : Maître Paul Martel, le spécialiste des sociétés par actions.

Les grands bureaux ont manifestement pris cette nouvelle obligation de formation continue comme une opportunité. Pour mieux former leurs équipes et mieux se faire connaître. Il n’est pas certain que le cas soit absolument identique pour les bureaux plus petits. Droit-inc.com ira vérifier…