Stéphanie Valois et Aviva Basman, les auteures de cet article. Sources: Archives et LinkedIn
Stéphanie Valois et Aviva Basman, les auteures de cet article. Sources: Archives et LinkedIn
Depuis toujours des gens tous azimuts fuient la persécution et cherchent un endroit où se réfugier. François Legault affirme que les demandeurs d’asile n’ont pas de motifs pour venir demander la protection du Canada et qu’ils viendraient pour y bénéficier de nos services.

Nous sommes profondément choquées par ces commentaires. Premièrement, la majorité des demandeurs d’asile se voient reconnaître le statut de réfugié ou de personne à protéger par le tribunal indépendant (la Section de la protection des réfugiés). Les critères de reconnaissance sont limités et difficiles à rencontrer.

Monsieur Legault, nous vous invitons, vous, vos collègues et votre personnel, à venir passer du temps dans nos bureaux pour rencontrer nos clients. Vous pourrez ainsi discuter avec Marie, une jeune Haïtienne victime de violence sexuelle ; Joseph, un médecin chrétien pratiquant en Syrie ; Waleed, blogueur saoudien détenu et fouetté pour quelques paroles prônant la liberté non tolérée dans son pays ; Aleksander, un Russe, journaliste et critique du gouvernement ; Fatima, une Afghane âgée de 12 ans sur le point d’être mariée de force à un homme de trois fois son âge, et Mohamed, homosexuel mauritanien qui risque la peine de mort par lapidation.

Ils auraient tous préféré demeurer dans leurs pays respectifs, avec des circonstances personnelles différentes, en compagnie de leurs amis et familles, à occuper un emploi qu’ils aimaient, si ces pays ne les avaient pas contraints à fuir. Les demandeurs d’asile quittent leur pays parce qu’ils n’ont pas le choix. Ils méritent notre solidarité et surtout d’être traités avec dignité, respect et compassion.

Le chemin Roxham est emprunté simplement pour des raisons géographiques et il est le résultat d’un système qui interdit aux demandeurs d’asile de faire leur demande à un point d’entrée officiel entre le Canada et les États-Unis. Or, une entrée concentrée à un endroit permet de préserver la sécurité des gens qui l’empruntent tout en permettant aux autorités canadiennes d’identifier immédiatement les individus et traiter leur dossier.

Depuis l’implantation des procédures de demandes d’asile, plusieurs demandeurs d’asile ont pu trouver leur chemin vers le Canada. Ces demandeurs d’asile ont quitté leur pays d’origine dans des embarcations de fortune, en voiture, à pied ou en avion sur un segment de leur voyage. Ils ont traversé des déserts d’une chaleur étouffante, emprunté des routes traversant des jungles impitoyables ou des campagnes, traversé des situations mettant leur sécurité et celle de leur famille en péril. Une fois au Canada, ils ne veulent que se rapporter aux autorités de l’immigration pour demander la protection du Canada de manière formelle.

Il convient de rappeler que le chemin Roxham n’est que la conséquence de l’Entente des tiers pays sûrs signée par le Canada et les États-Unis en 2004. Depuis ce temps, sauf exception, les demandeurs d’asile ne peuvent se présenter à un poste frontalier pour demander la protection du Canada. S’ils le font, ils seront refoulés aux États-Unis et ne pourront plus jamais déposer de demande d’asile au Canada.

La seule possibilité de demander l’asile au Canada en provenance des États-Unis est de faire une demande de l’intérieur du Canada, d’où la nécessité de traverser la frontière de façon irrégulière pour y déposer la demande d’asile.

Si le premier ministre souhaite que l’entrée des demandeurs d’asile soit partagée de façon plus équitable entre les provinces, il doit demander la suspension de l’Entente qui permettrait à un demandeur d’asile de déposer une demande de protection dans n’importe quel poste frontalier de n’importe quelle province. Roxham n’aurait alors plus sa raison d’être. A contrario, fermer le chemin Roxham en maintenant l’Entente nous ramènerait à la situation précédente où les demandeurs devaient entrer par les bois ou les champs de manière désorganisée et à l’insu des autorités canadiennes.

L’abolition de cette Entente est réclamée depuis sa signature par tous les intervenants qui connaissent bien la réalité des demandeurs d’asile et l’éventail des enjeux du dossier. La Cour suprême devra entendre cette affaire dans les prochains mois.

En terminant, il faut souligner le fait que les demandeurs d’asile peuvent recevoir un permis de travail et ainsi contribuer à notre société. Avons-nous déjà oublié que, pendant la pandémie, nous les avons appelés nos « anges gardiens » ? Ils sont prêts à vouloir redonner aux Canadiens pour les remercier de la sécurité qui leur a été accordée.

À propos des auteures

Stéphanie Valois et Aviva Basman sont respectivement présidente de l’Association des avocats et avocates en droit de l’immigration et présidente de l’Association canadienne des avocats et avocates en droit du refuge. Ce texte est d’abord paru à La Presse.

Cosignataires : Chantal Ianniciello, vice-présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI) et Suzanne Taffot, administratrice de l’Association canadienne des avocats et avocates en droit du refuge (ACAADR).