Jules Arsenault. Source: Site web de Fasken
Jules Arsenault. Source: Site web de Fasken
Nous avons contourné des cônes oranges, salué quelques cols bleus, emprunté une rue cahoteuse. Mais les travaux sur la rue Notre-Dame, à Montréal, s'oublient vite… une fois le seuil de la porte franchi.

Jules Arsenault, bien campé derrière son comptoir, nous reçoit dans une atmosphère digne de tous bons commerces de proximité. La table est mise. Et elle met bien en valeur sa sélection de bières de microbrasseries.

Jules Arsenault et Lorianne Delorme
Jules Arsenault et Lorianne Delorme
« Nous avons un projet rassembleur, explique Jules Arsenault, dont le commerce est ouvert depuis le 8 avril. Plusieurs collègues étaient présents à notre ouverture pour nous encourager. J’ai même vu des visages de McCarthy Tétrault, mon ancien cabinet. »

Car le stagiaire chez Fasken, recruté lors de la Course aux stages de 2020, n’est pas seul dans ce projet. Il s’est lancé avec Lorianne Delorme, sa conjointe des dix dernières années. Il faut bien le dire, à 27 ans, ce n’est pas rien.

Les deux amateurs de bières québécoises espèrent profiter de l’engouement pour les microbrasseries. Pour Jules Arsenault, il s’agit aussi d’assouvir sa curiosité et sa soif de connaissances… même s’il délaissera bientôt la boutique pour se concentrer exclusivement sur sa carrière en droit.

Choisir Fasken

Jules Arsenault a choisi Fasken, mais il a aussi été choisi par eux. Il est l’un des gagnants – attention, il n’aime pas l’expression – de la première course aux stages à s’être déroulée en ligne, au début de la pandémie.

Mais le candidat à la maîtrise en droit évite de trop s’étendre sur le sujet. Il préfère mettre l’accent sur la « vocation entrepreneuriale » du cabinet, une vocation qu’incarnent selon lui ses nouveaux collègues, comme Me Jean-Nicolas Delage, qui dirige un département dédié aux start-up.

Outre l’associée Me Laurianne Dusablon-Rajotte, sa mentore, il retient le nom d’un autre avocat, qu’il n’a toutefois jamais rencontré : Benjamin Somers, ex-Fasken et cofondateur de la microbrasserie 4 Origines, située près du canal Lachine.

« Je suis un peu, comme jeune professionnel, une mini-entreprise. Je dois obtenir des mandats et développer ma clientèle, mais, chez Fasken, c’est aussi vrai à l’externe. Il y a beaucoup d’avocats qui ont des projets d’entreprise on the side. C’est le genre d’initiatives que le bureau soutient et encourage. »

Jules Arsenault aime les gens de Fasken, mais pas seulement : il est surtout attiré par le « défi intellectuel » que représente le droit – en particulier, fiscal, où les lois « évoluent » constamment.

C’est pourquoi il a choisi de s’éloigner de la jeune boutique et de prioriser le droit. Cette décision, Lorianne et lui l’ont prise bien avant le début de son stage, qui a commencé le 20 juin dernier.

« Mon rôle sera assez minime. Je vais venir pour le plaisir, mais je ne veux pas m’occuper des opérations. Mon stage en droit se suffit à lui-même : je ne peux pas conjuguer ces deux engagements », dit-il.

Reste à voir si le commerce se conjuguera à sa carrière, ou s’il érigera bel et bien une frontière entre les deux. « J’ai approché le cabinet pour devenir le fournisseur du bureau. Nous sommes toujours en discussion, mais je crois qu’il y a de l’intérêt. »

Être entrepreneur

L’attrait de Jules Arsenault pour l’entrepreneuriat s’est matérialisé lors de ses études en droit, lorsqu’il a découvert le milieu des affaires. Il admet toutefois s’être lancé en partie sous l’impulsion de sa partenaire, qui a abandonné son emploi pour se consacrer à l’aventure Tite Frette à temps plein.

Jules Arsenault a réalisé, depuis l’ouverture de leur commerce, que l’entrepreneuriat peut s’apparenter à un véritable chemin de croix.

C’est après avoir restauré leur local de fond en comble – il était abandonné depuis deux ans – qu’ils ont appris la fermeture de la rue Notre-Dame pour trois mois. À peine quelques jours après leur ouverture officielle...

Cela porte de durs coups aux commerçants. « La première fin de semaine d’opération était incroyable. Nous avons ensuite été démolis en apprenant pour les travaux. Heureusement, ils avancent plus vite que prévu. Ils seront terminés d’ici à deux semaines. »

Et ce n’est rien à comparer de leur « pire journée » : ils ont été tenus à l'écart de leur propre boutique, un matin de mai où il faisait 30 °C. La raison ? Une importante fuite de gaz causée par les travaux. Le hic ? Le couple recevait le matin même une livraison de 30 caisses de bières smoothies. « Il fallait absolument les entreposer. Ces bières peuvent exploser si elles cuisent au soleil. »

Les deux copropriétaires ont finalement trouvé refuge chez un commerçant du quartier, après avoir frappé à quelques portes. « Ce commerçant, on ne le connaissait pas. Il a pris de son temps et partagé ses ressources pour aider des collègues dans une situation précaire. »

Merci, Poissonnerie du Marché Atwater !

Jules Arsenault et Lorianne Delorme
Jules Arsenault et Lorianne Delorme
Rigueur, rigueur, rigueur

Jules Arsenault insiste. Ses études en droit lui permettent de développer sa rigueur et des méthodes de travail tout à propos pour surmonter le chaos quotidien d’un entrepreneur. Il croit que de telles compétences techniques l’aident à ne rien laisser au hasard dans les premiers pas de sa franchise.

Les exemples sont bien sûr nombreux, de la négociation du bail commercial et du contrat de franchise, en passant par le capital-actions et l’obtention de permis. Sauf que le plus éloquent est peut-être celui de l’étude de marché.

« Nous avons fait une très, très grosse étude de marché, car nous hésitions entre Atwater et Verdun. Nous avons choisi Atwater qui ne compte aucun commerce de bières dans un rayon d’un peu moins de deux kilomètres. » Dans d’autres secteurs, ils pullulaient, sans compter la concurrence des épiceries et dépanneurs.

Jules Arsenault décrit sa rigueur comme la pierre angulaire de son éthique de travail. « Il faut travailler de manière rigoureuse et structurée, car tout se passe en même temps. Sans structure, Lorianne et moi aurions rapidement été ensevelies sous les papiers, les permis, les factures, les bons de commande et une panoplie d’autres tâches », complète-t-il.

Expérience client

Vous remarquerez deux choses chez Tite Frette Atwater : l'accueil de Lorianne Delorme et la musique québécoise, à l'image des produits offerts. Je lève mon verre, de William Deslauriers, ou encore Welcome to my life, de Simple Plan… autant de morceaux qui ont tapissé l'ambiance tout au long de notre visite.

La jeune femme, debout en plein cœur de la boutique, à mi-chemin entre les frigos à vin et ceux à bières IPA, essaie d’offrir aux clients une expérience personnalisée. C’est ce qu’elle appelle leur « sauce » – ou trait distinctif.

« C’est un devoir de goûter à un maximum de produits pour bien conseiller nos clients. Nous voulons leur faire découvrir ce qu’ils recherchent », dit-elle. Elle relate l’anecdote d’un client qui lui a rendu visite à trois ou quatre reprises depuis l’ouverture, et qui se dit « très satisfait » des recommandations de la maison. « C’est de la musique à mes oreilles », révèle Lorianne Delorme.

Son objectif pour la prochaine année ? Recruter deux employés à temps partiel et commencer à distribuer les produits de microbrasseurs du coin. « Ce sont des artisans ! Ce n’est pas parce que tu veux vendre leurs produits qu’ils vont accepter. Je vais commencer par établir un dialogue avec eux. »

Jules Arsenault aime apprendre. Tout le temps. Et à peu près sur n’importe quoi. C’est son fil conducteur entre le droit et l'entrepreneuriat.

Avant de partir, alors que Lorianne est rejointe par son Jules, le couple s'aperçoit que leur accès Internet fonctionne au ralenti. Parions que la résolution de ce problème leur permettra d’apprendre… et d’avoir beaucoup de plaisir.

« Boire de la bière ou lire la loi fiscale, le but c’est d’avoir du fun », conclut Jules Arsenault.


Tite Frette, en bref

Tite Frette n’est pas né à Dans l'œil du dragon, mais c’est à l’émission que l'épicerie fine spécialisée en bières de microbrasserie a pris son envol. Deux ans plus tard, la franchise compte 35 boutiques à l’échelle de la province ainsi qu’une dizaine d’autres à venir.

Lorianne Delorme et Jules Arsenault ont découvert Tite Frette pendant leurs vacances à Farnham l’été dernier. Le futur avocat parle ni plus ni moins d'une révélation. « Le concept est malade. Nous voulions nous lancer en affaires depuis longtemps, mais nous n’avions pas d’idée. Le déclic s'est fait rapidement. »