Elon Musk a fait une offre agressive pour acheter Twitter… Source: Shutterstock
Elon Musk a fait une offre agressive pour acheter Twitter… Source: Shutterstock
Dans le coin gauche, une compagnie qui n’était pas à vendre. Dans le coin droit, un personnage qui ne veut plus l’acheter.

Ce n’est quand même pas banal: en l’espace de quelques mois, Elon Musk a fait une offre agressive pour acheter Twitter, ce que la compagnie ne voulait pas. Puis, la vente est annoncée, juste avant qu’Elon Musk ne se ravise, utilisant la plateforme pour ridiculiser l'entreprise.

Et voilà le scénario saugrenu qui se présente: une cible éconduite qui n'a jamais cherché à être achetée, qui veut maintenant tenter de forcer l'acheteur qui ne veut plus l’être de finaliser la transaction.

Et c’est ainsi que Twitter poursuit Elon Musk pour rupture de promesse d’achat, et tente ainsi de le forcer à honorer son offre de rachat totalisant 44 milliards $ US, soit quelque 57 milliards $ CA.

La Cour s’en mêle

En saisissant les tribunaux de l’affaire, Twitter met la table pour ce qui pourrait être l'une des batailles judiciaires les plus bizarres de l'histoire des rachats d'entreprises, estimait récemment le Wall Street Journal.

Début juillet, Twitter déposait ainsi une plainte au Delaware, à la Cour des comptes, dans l’espoir de forcer Elon Musk à conclure.

Pour ce dernier, la situation est simple, selon le WSJ: Twitter n’a pas rempli les conditions de l’accord en ne donnant pas les détails nécessaires à une vérification diligente, en plus de prendre des décisions sans son accord.

C’est pourquoi il revient sur son offre, envoyant paître Twitter au passage. Sur la plateforme.

Les experts en droit des sociétés interviewés par le WSJ sont pourtant d’avis que Twitter est dans son droit. Notamment en licenciant du personnel, ce que fait d’ailleurs Tesla, propriété du milliardaire.

Victoire à la Pyrrhus

Mais la question demeure: est-il vraiment possible de forcer le milliardaire excentrique à acheter une entreprise qu'il ne veut pas posséder? Advenant un jugement favorable à Twitter, comment forcer la main d’Elon Musk? « On ne met pas les gens en prison parce qu’ils ne veulent pas acheter quelque chose », rappelle le WSJ.

La chose s’est déjà produite dans des transactions plus petites, mais jamais dans un cas de cette ampleur.

Il y a bien une clause prévoyant le versement d’une pénalité de 1 milliard $ si la transaction avorte, mais seulement si les régulateurs bloquent le rachat, ou que le financement n’aboutit pas.

Ce qui n’est pas le cas.

De grosses légumes du droit

Pour démêler tout ça, plusieurs grands cabinets d'avocats spécialisés en droit des affaires devront s’affronter: Twitter a récemment retenu le cabinet Wachtell, Lipton, Rosen & Katz, tandis que M. Musk fait appel à Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP.

Twitter a déjà travaillé avec Simpson Thacher & Bartlett LLP et Wilson Sonsini, tandis que l'équipe de M. Musk comprend également des avocats de Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan.

L’enjeu est de taille: Twitter est en train de couler en bourse, et ses perspectives d’avenir sont précaires.

Lorsqu’il achète sur un coup de tête des actions de Twitter qui le font devenir l'un des plus importants investisseurs dans la compagnie, l’hiver dernier, Elon Musk conduit des négociations avec Twitter pour racheter la plateforme.

Puis, tout le foin autour de la proportion réelle de faux comptes actifs sur Twitter a pris feu. Pourtant, Elon Musk savait ce qu’il en était, ayant commenté ce dossier de nombreuses fois au fil des ans.

En toile de fond, on retrouve les propres difficultés de Tesla–qui a dû fermer une usine en Chine–et ses propres déboires boursiers: le titre de Tesla aussi, coule, lentement mais sûrement.

Bref, rien n’est joué, mais une certitude demeure: Elon Musk fait ce qu’il veut, au mépris des conséquences.