« Maxim » et « Émilie », danseuses au Bar Les Amazones à Montréal, ont été renversées d’apprendre que le jugement pouvait avoir une réelle incidence sur leur gagne-pain dans l’avenir.

« Je suis déjà sortie avec 2500 $ en une journée. C’est sûr que c’est payant. Si on n’a plus le droit de faire nos danses, je vais retourner à Ottawa, où il y a des danses à 20 $ », a soutenu Maxim, vêtue d’un soutien-gorge et d’une jarretelle noire.

« J’ai déjà dansé à l’époque où les danses contact étaient interdites, mais maintenant, elles sont légales. Il n’y a pas de raison que ça revienne comme avant. C’était plus difficile quand même », a ajouté Émilie.

L’arrêt Blais Pelletier, accordé par la Cour Suprême en 1999, a confirmé la légalité du toucher des fesses, des cuisses et des seins par un client lors d’une danse contact à 10 $.

« Il y a des règles »

Les deux danseuses, qui se sont dites outrées des conclusions du jugement, assurent qu’elles doivent respecter des règles établies par le bar.

Rencontre avec des danseuses du Bar Amazone à Montréal à la suite du jugement de la Cour suprême qui a renforcé l'idée que les danses contact soient une forme de prostitution.
Rencontre avec des danseuses du Bar Amazone à Montréal à la suite du jugement de la Cour suprême qui a renforcé l'idée que les danses contact soient une forme de prostitution.
Maxim s’est d’ailleurs portée volontaire pour faire visiter les installations plus « intimes » du bar, deux locaux remplis de cabines ouvertes enlignées et une salle avec un lit surélevé.
Cette dernière précise que « les portiers passent régulièrement devant pour vérifier que tout soit respecté, autant par les danseuses que les clients ».

En guise de démonstration, Maxim a exécuté une danse en expliquant qu’elle ne pouvait pas s’asseoir directement sur son client. Elle peut toutefois se placer entre les jambes écartées de l’individu, le frôler, se pencher et exécuter les mouvements de son choix.

Cependant, il lui arrive fréquemment de se faire demander si elle peut faire des « extras ». « Je prends toujours le temps d’expliquer au client que je ne suis pas une prostituée et que mon travail s’arrête là », a-t-elle assuré.

Émilie croit d’ailleurs qu’on « pourrait parler de prostitution s’il y avait des relations complètes dans les cabines, ce qui n’est pas le cas ».

Selon elle, il faut faire la différence entre ce qui se passe dans chaque bar, admettant que « cela peut arriver que des filles dépassent les limites permises ».

Proxénétisme

Pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), il est évident que les danses contact à 10 $, « échangées contre des actes sexuels », relèvent du proxénétisme, étant donné que « l’argent ne reste pas toujours entre les mains des danseuses ».

« Il serait temps d’arrêter d’appeler ça de la danse. Il y a beaucoup de débordement, des situations dans les isoloirs qu’on peut qualifier de prostitution », a estimé Axelle Deniey, responsable des communications de la CLES.

Selon elle, il serait temps de « pénaliser les personnes qui en profitent ».

La CLES tiendra d’ailleurs un « Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale » du 18 au 20 mars, visant à mettre l’industrie du sexe « sur le banc des accusés ».