Il faut d’abord chercher à savoir quel est le prix des produits comparables. Pour ce faire, on peut utiliser différents outils. Il existe des enquêtes salariales réalisées, par exemple, par les différents barreaux, des firmes de rémunération ou des boîtes de chasseurs de tête.

Il faut toutefois prendre ces résultats avec des pincettes.

Les chiffres avancés vous envoient souvent sur une fausse piste puisqu’ils ne distinguent pas nécessairement entre petits et grands bureaux, entreprises locales ou internationales, salaire en métropole ou en région, type de droit en demande ou non, année de barreau etc.

Certaines enquêtes uniformisent les résultats et arrivent à des moyennes pancanadiennes mettant ainsi sur un pied d’égalité Montréal, Toronto, Ottawa et Halifax!

La meilleure enquête qui existe est celle que vous faites vous-même. Évaluer votre valeur, c’est du « sur mesure ». Il n’existe pas deux candidats pareils ou deux situations identiques.

Il est vrai qu’on peut, dans les premières années de sa pratique, se retrouver dans une situation de lockstep. Mais vous serez en mode « méritocracie » pour le reste de vos jours, que vous soyez en cabinet ou en entreprise. Vous devez donc justifier la différence, c’est-à-dire la déviation par rapport à vos pairs.

Activez votre réseau
Vous devrez tentez de savoir auprès de vos amis et collègues, qui évoluent dans un contexte similaire, quel est leur niveau de rémunération. Chose impossible? Non, seulement difficile.

Vous enquêterez auprès des gens de votre réseau qui possèdent le même niveau d’expérience, type d’expertise et profil, et œuvrant chez un employeur similaire. Bref, vous devez identifier les vrais comparables sur le marché, l’enquête salariale sur mesure!

Pour évaluer votre contribution, vous devez préparer un bilan qui fait la démonstration du déséquilibre entre votre rémunération et votre contribution, justifiant ainsi une augmentation.

Cet exercice vous fera prendre conscience de votre valeur : la plus-value pour l’entreprise. Attention de ne pas vous sous-estimer ou surestimer!

Le bilan devrait se préparer sous forme de « one-pager » qui liste l’ensemble de vos réalisations. On devrait tout indiquer et ne pas prendre pour acquis que son patron est au courant de tous ses bons coups. On combat l’ignorance!

Il faut considérer l’étape du bilan plus comme un inventaire qu’une opération de vantardise. On ne réalise pas tout ce qu’on fait tant qu’on ne l’a pas mis par écrit.

Mais attention, le diable se cache dans les détails. Il ne faut pas s’attarder aux réalisations futiles et sans intérêt.

Mettez vous en valeur
Concentrez-vous plutôt sur celles qui comptent le plus pour votre employeur. Ne mettez pas sur un pied d’égalité une réalisation dont vous êtes fier, comme l’achat des imprimantes au meilleur prix sur le marché, avec le recours collectif majeur que vous avez réussi à régler hors cour.

Commencez d’abord par les objectifs fixés par le supérieur responsable de vos évaluations. Faites la démonstration, chiffres et exemples à l’appui, qu’ils ont été atteints et même dépassés. Vous avez facturé plus d’heures? Géré plus de dossiers? Attiré plus de clients que prévus? Réglé plus de dossiers? Sauvé des coûts à l’externe? Faites la liste des réalisations et résultats atteints, chiffres et exemples à l’appui.

Vous n’avez pas d’objectifs fixés annuellement? Soyez pionnier et proactif. Fixez-les vous-même pour l’année à venir et obtenez l’approbation de votre patron. L’exercice d’évaluation de performance est beaucoup plus facile avec un point de référence et vous aurez ainsi un bon point de départ pour les années à venir. Sinon, c’est trop facile de dire que vous ne méritez pas d’augmentation…..

Outre les objectifs atteints et dépassés, faites état de vos autres réalisations particulières. Vos responsabilités sont accrues? Vous avez pris en charge pendant plusieurs mois les dossiers d’un collègue absent? Vous avez assumé la direction du département par intérim? Votre charge de travail a augmenté considérablement? On vous a porté volontaire pour piloter un projet spécial en plus de votre charge habituelle?

Ces quelques exemples illustrent bien une contribution accrue qui justifie une augmentation. Vous voyez un changement poindre à l’horizon, négociez d’avance pour l’année à venir….

Vous possédez des compétences particulières qui devraient être reconnues? Si ces compétences qui vous distinguent sont particulièrement d’intérêt pour votre employeur, mettez-les de l’avant. Par exemple, vous possédez une autre langue comme l’espagnol ou le mandarin, faites la démonstration qu’elle peut s’avérer utile dans le cadre de votre travail. Le swahili, un peu moins….Le bac en génie mécanique, le MBA ou la maîtrise en finance, par exemple, représentent un intérêt variable en fonction de la nature des activités de votre employeur, il faut prouver en quoi cela représente une plus-value dans votre cas spécifique.

Vous avez fait votre bilan et êtes confiant de mériter plus? Il ne faut pas seulement s’arrêter au signe de $$$. Faites maintenant la liste des avantages dont votre employeur vous fait bénéficier. « L’autre salaire » doit aussi être pris en considération et entrer dans le calcul de ce que vous méritez.

Qualité de vie. Télé-travail. Support familial sur les lieux de travail. Flex-time. Si on vous autorise une journée de travail à la maison à chaque semaine, vous permettant ainsi de sauver 3 heures de voyagement, de vous acquitter en parallèle de tâches domestique et que vous pouvez aller chercher vos enfants à l’école, combien cela vaut-il en $$$?

Et l’étape finale de toute l’opération : déterminez le salaire que vous pensez mériter et celui que vous êtes prêts à accepter. Il faut nécessairement déterminer ce point avant d’entrer dans une ronde de négociation, sujet de la prochaine chronique…..La négociation salariale, c’est l’étape ultime qui consacre ou bousille tous les efforts mis de l’avant jusqu’alors.

Après tout, la façon de livrer le message est tout aussi importante que le message lui-même!

Caroline Haney est présidente de Recrutement juridique Haney