Domenico Cavaliere n’avait jamais pensé devenir avocat avant que ce saut dans une piscine le laisse invalide. C’est alors qu’il a rencontré celui qui allait devenir son mentor, Me Gordon Kugler.

Ce dernier lui a fait gagner sa poursuite contre la Ville de Montréal et l’a aidé dans cette période difficile. Mais surtout, le plaideur a donné à Me Cavalière l’envie de devenir à son tour un homme de loi.

Mais son rêve a vite fait face à la dure réalité...

Les débuts ont été difficiles pour Domenico Cavaliere lorsqu'il a réalisé qu'il lui serait quasiment impossible d'intégrer le milieu du travail en raison de son handicap
Les débuts ont été difficiles pour Domenico Cavaliere lorsqu'il a réalisé qu'il lui serait quasiment impossible d'intégrer le milieu du travail en raison de son handicap
Alors finissant en droit, Domenico Cavaliere a vécu un véritable choc lorsqu’il a réalisé qu’il était presque impossible d’entrer sur le milieu du travail avec son handicap. Même s’il a réussi, l’avocat pigiste est bien conscient que sa condition médicale le limite sur de nombreux points.

Selon l’avocat de 39 ans, il sera toujours plus difficile pour les personnes à mobilité réduite de percer dans le monde juridique. Avec une pointe d’émotion dans la voix, Me Cavaliere raconte son éprouvante recherche de stage en 2004, durant laquelle il a multiplié les défaites.

Le « mur de la honte »

Après quatre mois, trois entrevues et 18 demandes de stage refusées, il a dû concéder qu’un « traitement de faveur » pourrait l’aider. Difficile de blesser l’orgueil de cet homme qui avait étudié en science politique et travaillé comme analyste commercial quelques années plus tôt.

« J’ai décidé de forcer mon destin en regardant la dixième lettre de refus que je venais d’accrocher sur ma porte de bureau, rebaptisée le "wall of shame" ! », dit-il en évoquant ce souvenir qui aujourd’hui le fait sourire.

Il a suffit qu’il appelle une fois Me Kugler pour que les choses déboulent.

Stagiaire au cabinet Kugler Kandestin, il a suivi de près quatre avocats spécialisés en droit de l’assurance, en responsabilité médicale et en recours collectif. Il se rappelle avoir touché à tout ; la recherche, la rédaction de procédure et même la représentation… mais encore une fois, les complications de son handicap se sont fait sentir.



La galère du déplacement

« J’ai dû abandonner les transports en commun spécialisés si je voulais pouvoir travailler comme les autres avocats et me déplacer rapidement à la Cour ou au Palais de justice », raconte-t-il.

Il y a encore beaucoup à faire en matière d'accessibilité pour les gens à mobilité réduite, estime Me Cavaliere
Il y a encore beaucoup à faire en matière d'accessibilité pour les gens à mobilité réduite, estime Me Cavaliere
À l’aide de sa femme surtout, et des services de taxi adaptés à sa situation, il n’a plus senti la marginalité de son fauteuil… jusqu’à qu’il soit impossible de suivre son maître de stage vers le banc des plaideurs à la Cour d’appel de Montréal.

C’était en 2005, explique-t-il. Cet incident a toutefois eu le mérite de faire réagir le personnel de la cour et depuis 2008, toutes les salles d’audience sont adaptées aux personnes à mobilité réduite.

Que ce soit les rampes d’accès trop apiques, les lourdes portes d’audiences qu’il faut pousser à deux mains ou les lavabos difficiles d’accès… il y a encore beaucoup à faire selon Me Cavalière, tant dans le monde juridique que dans l’ensemble des lieux publics.

Faire cavalier seul

Ironiquement, Me Cavaliere, après avoir fait ses preuves dans un cabinet reconnu, a décidé de faire cavalier seul. Pourquoi ? C’est simple, répond-il, je voulais éviter de revivre une période aussi démoralisante que ma recherche de stage.

En se spécialisant dans le recours collectif, Me Cavalière n’a jamais manqué de travail comme pigiste. Et, il l’avoue, il aime être proche de ses deux jeunes jumeaux qui le tiennent bien occupé.

Il a tout de même trouvé le temps de se présenter comme candidat pour la Coalition Avenir Québec, la CAQ, lors des élections partielles dans la circonscription de LaFontaine (région de rivière des Prairies) en mai dernier.

Son prochain défi ? Affiner son expertise en recours collectif afin de pouvoir intégrer dans quelques années un cabinet d’avocats. C’est qu’il adore le travail d’équipe, et ça lui manque parfois. Mais il est déterminé à prendre son temps.

« Il est important pour moi de pouvoir offrir une plus-value exceptionnelle qui va compenser mon handicap, et prouver ainsi à tous que rien n’est impossible. »