École du Barreau : des notes « fantômes » et un malaise étudiant
Un incident informatique a permis à des étudiants de consulter leurs résultats d’examen 48 heures avant la date officielle. Plusieurs crient à l’injustice!
Un incident technique survenu à la suite de l’examen de Droit appliqué de novembre a ravivé des tensions entre l’institution et ses futurs membres. Au cœur du litige : la fuite de résultats d’examen. Derrière ce « bogue », une étudiante dénonce un manque d’équité procédurale et une gestion « axée sur le profit ».
Le 19 novembre, un groupe Messenger d’étudiants de l’École s’enflamme. Une étudiante vient de découvrir sa note pour l’examen de Droit appliqué (passé le 30 octobre) sur son portail, alors que la diffusion officielle n’était prévue que pour le 21 novembre.
Rapidement, d’autres candidats confirment avoir accès à leurs résultats. Panique dans les centres de formation : à Gatineau et Montréal, les réponses du personnel sont évasives. « Ils sont en réunion d'urgence, ils n'ont aucune idée d'où viennent les notes », aurait rapporté une employée à une étudiante.
Un courriel est alors envoyé par l’École pour nier la validité de ces résultats préliminaires.
Pourtant, le 21 novembre, lors de la sortie officielle, les notes sont identiques à celles apparues par « erreur » deux jours plus tôt.
Un « préjudice financier » dénoncé
Pour une source étudiante qui a contacté Droit-inc sous le couvert de l’anonymat, ce délai de 48 heures n'est pas anodin. Le 20 novembre, soit le lendemain de la fuite mais la veille de la sortie officielle, les étudiants devaient passer un autre examen, soit celui de Théorie d’une cause.
Notre source se demande si ce délai ne serait pas artificiellement maintenu pour s'assurer que les étudiants en situation d'échec s'inscrivent et paient les frais de 400 $ pour l'examen du 20 novembre, faute de connaître leur sort à temps.
« Ceux et celles qui en étaient à leur dernière tentative de l'examen de droit appliqué qui ont pu avoir accès à leur note le 19 novembre et éviter de repayer les frais de 400$ de leur examen de Théorie de la cause ont été grandement avantagés (tant mieux pour eux d'ailleurs) », observe l'étudiante.
Selon elle, « prétendre que les notes sont fausses pour les confirmer 48h plus tard, après avoir encaissé les frais, est la définition même de la mauvaise foi ou de la faute lourde ».
Le délai de correction : une efficacité remise en question
Un point majeur de la dénonciation de l’étudiante concerne la nature même de l'examen de Droit appliqué. Comme il s’agit d’un questionnaire à choix multiples « corrigé par machine », l'étudiante ne s'explique pas pourquoi un délai de près de 20 jours est nécessaire.
Pour elle, la faille informatique prouve que l'École détenait les résultats bien avant la tenue de l'examen suivant.
Cette « rétention d'information » apparaît aux yeux de l’étudiante comme « le fruit d'un motif purement financier» qui lui rappelle les critiques formulées par une ex-étudiante, Meena Khan, dans sa bataille contre le Barreau il y a quelques années.
La réponse du Barreau
Sollicité par Droit-inc, le Barreau du Québec confirme qu’un « problème informatique » a effectivement permis à « un nombre limité » de candidats d’accéder à des résultats durant « une période de temps limitée ».
« Les personnes touchées étaient celles qui étaient déjà inscrites à l’École depuis une année précédente. Il s’agissait de 245 personnes sur les 1256 qui ont écrit l’examen de Droit appliqué du 30 octobre 2025 », indique l’organisation, précisant que la faille a duré environ deux heures.
« De ces 245 personnes, 89 rédigeaient l’examen pour la troisième fois. De ces 89 personnes, 38 étaient en situation d’échec à la sortie des résultats. De ces 38 personnes, 8 devaient écrire l’examen de Théorie de la cause du 20 novembre », détaille le Barreau.
Au moment de l’événement, précise l’ordre professionnel, l’École n’était pas en mesure de confirmer si les résultats affichés étaient les bons résultats.
« Le problème est survenu durant la période de tests préalables à la communication des résultats », explique encore le Barreau, confirmant que l’École a « rapidement communiqué avec l’ensemble des candidats devant obtenir leur résultat le 21 novembre pour les informer de la situation ».
En ce qui concerne les candidats en situation de troisième échec à l’examen, « l’École ne peut pas les considérer en situation d’échec définitif à la sortie des résultats, puisqu’ils disposent toujours d’un recours en révision », fait valoir le Barreau.
« L’École a comme pratique de ne pas communiquer les résultats d’examen peu de temps avant une autre séance d’examen et ce, afin d’éviter d’affecter la préparation des candidats à cet examen », justifie également l’organisation.
Le Barreau souligne du reste que le processus de correction des examens de l’École comprend plusieurs étapes de validation.
« Il ne s’agit pas seulement de passer les feuillets de réponse dans une machine. Une expertise est effectuée et des ajustements peuvent être apportés suivant cette vérification. C’est ce qui explique le délai entre la date de l’examen et la communication des résultats », indique l’ordre, ajoutant que ce processus est expliqué dans les courriels annonçant la disponibilité des résultats aux étudiants.

Des griefs qui s'accumulent
Au-delà de cet incident, notre source dresse un portrait sombre de la vie à l'École. Elle dénonce des méthodes de correction « opaques » et un sentiment de détresse généralisé au sein de la communauté.
« On nous traite comme une source de revenus », fustige-t-elle.
Ce nouveau remous survient alors que la profession s'inquiète déjà de la santé mentale des jeunes avocats et de la difficulté croissante d'accès à la justice, un problème auquel l'École du Barreau contribuerait, selon cette étudiante, par son « manque de transparence ».
Ces critiques trouvent un écho dans un rapport d’examen de plainte publié par le Commissaire à l’admission aux professions en octobre 2025. Saisi d’une plainte collective, le Commissaire André Gariépy conclut officiellement à une « insatisfaction généralisée » concernant le parcours de formation, particulièrement le volet du droit appliqué.
Le rapport conclut que le processus de consultation et de révision de l'École est « inutilement strict » et manque aux obligations de transparence et d’équité prévues au Code des professions. Il souligne que les explications fournies aux étudiants en échec sont trop générales, validant ainsi les griefs de ceux qui perçoivent le fonctionnement de l'institution comme un obstacle disproportionné, tant sur le plan psychologique que financier, plutôt que comme un véritable outil de formation.
Interrogé sur les suites données à ce rapport d’examen, le Barreau nous a fait parvenir ce tableau.
Le Barreau défend l’efficacité de sa réforme
Concernant le processus d’admission de façon plus générale, le Barreau souligne que les taux de réussite aux examens se maintiennent dans la marge statistique historique et que la réforme du programme a eu pour effet de faire en sorte que moins de candidats se retrouvent en situation d’échec définitif après une année.
« Notons qu’une étude portant sur l’incidence de la préparation sur le taux de réussite à l’examen de droit appliqué a permis de conclure à une corrélation directe entre le niveau de complétion du module de préparation à l’examen et la réussite à l’examen », mentionne par ailleurs le Barreau.
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Anonyme
il y a une heurePauvres enfants...