Comment une criminaliste démystifie le droit criminel sur les réseaux sociaux

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Sonia Semere

Sonia Semere

2026-02-13 14:15:27

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Depuis quelques années, une avocate utilise TikTok et Instagram pour rendre le droit criminel accessible au grand public. On a jasé avec elle.


Vicky Powell - source : LinkedIn

Bientôt dix ans de carrière en droit criminel pour Me Vicky Powell. Une pratique bien remplie qui s’accompagne désormais d’une deuxième casquette, celle de vulgarisatrice juridique sur les réseaux sociaux.

Déjà familiarisée avec la caméra depuis sa participation à la téléréalité Les Traîtres, la jeune avocate s’est découvert une nouvelle passion : démystifier le droit criminel auprès du grand public.

Ses vidéos de vulgarisation juridique, publiées sur TikTok et Instagram, cumulent chaque mois des milliers de vues.

Mais comment cette idée a-t-elle émergé? Quels sujets aborde-t-elle avec sa communauté? Et en quoi cette présence en ligne influence-t-elle sa pratique? Rencontre.

Comment vous est venue l’idée de faire de la vulgarisation juridique?

Je dirais que ça relève un peu d’un concours de circonstances. À une certaine période, j’avais l’impression d’être en pilote automatique. Je me sentais vide, alors j’ai commencé à consulter. On m’a suggéré de me trouver une passion, un hobby, quelque chose en dehors du travail, parce que toute ma vie tournait uniquement autour de ma pratique et de mes besoins essentiels. Il me manquait de la couleur.

J’ai commencé à faire de petits montages vidéo sur mon téléphone, simplement pour le plaisir. Au même moment, l’émission Les Traîtres était diffusée sur Noovo. Je me suis dit : tant qu’à être exposée à la télévision, pourquoi ne pas en profiter pour développer quelque chose en parallèle? Tout s’est emboîté naturellement.

Étiez-vous déjà à l’aise devant la caméra?

Pas du tout. Nous avons tourné Les Traîtres à l’été 2023, et avant ça, je n’avais aucune expérience avec les caméras. C’était extrêmement stressant. Même les photos me rendaient mal à l’aise. L’aisance est venue avec le temps et la pratique.

Pourquoi la vulgarisation juridique vous semble-t-elle indispensable aujourd’hui?

Sans parler nécessairement d’une perte de confiance envers les institutions, je pense surtout que l’incompréhension peut provoquer des réactions très vives. Lorsqu’on ne comprend pas un mécanisme juridique, on peut facilement sauter aux conclusions. Prenons l’exemple de la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux : les réactions sont souvent émotives.

Ce n’est pas parce que les gens jugent mal intentionnellement, mais parce que le mécanisme juridique est complexe et rarement expliqué en profondeur. Les médias présentent les faits, mais il manque parfois de nuances ou d’explications. Mon rôle consiste à décortiquer les principes, à ramener les discussions vers des bases rationnelles. Même pour un avocat, certains concepts prennent du temps à maîtriser. Alors il est normal que le public ait besoin d’éclairage.


Comment choisissez-vous les sujets de vos vidéos?

Au départ, je m’inspirais des questions récurrentes de mes clients. Lorsque plusieurs personnes me posaient la même question, j’y voyais un sujet pertinent. Ensuite, j’ai commencé à analyser les commentaires sous mes vidéos. Les questions qui reviennent, les incompréhensions fréquentes, les réactions vives : tout cela m’inspire.

S’il y a une personne qui ose poser la question, il y en a probablement plusieurs autres qui se la posent en silence. Je m’inspire aussi de l’actualité. Chaque matin, je consulte les nouvelles. Lorsqu’un sujet juridique suscite beaucoup de réactions, j’essaie d’intervenir rapidement pour expliquer le cadre légal avant que les interprétations erronées ne prennent trop d’ampleur.

Y a-t-il une idée reçue que vous vous efforcez particulièrement de déconstruire?

Oui : le rôle de l’avocat de la défense. Nous sommes souvent perçus comme « l’ennemi public numéro un ». Pas parce que nous faisons quelque chose de mal, mais parce que notre rôle est mal compris. Je rappelle constamment que nous ne défendons pas un crime, nous défendons des droits fondamentaux.

Certaines personnes ne seront jamais d’accord avec ce rôle, et c’est correct. Mais si je peux contribuer à le démystifier un peu, à le rendre plus humain, c’est déjà important. Le simple fait de partager une partie de ma réalité permet parfois aux gens de mieux comprendre notre travail.

Vous parlez publiquement du fait d’avoir été victime de violences conjugales tout en étant avocate de la défense. Comment expliquez-vous à votre communauté que ces deux réalités ne sont pas incompatibles?

Je reviens toujours aux principes de base : la distinction entre le moral et le légal, entre le personnel et le professionnel. Défendre les droits d’une personne accusée ne signifie pas cautionner ses gestes. Je réponds souvent directement aux commentaires, même négatifs.

J’ai d’ailleurs publié plusieurs vidéos sur la différence entre ce qui est moralement répréhensible et ce qui doit être juridiquement analysé selon des règles précises. Certaines personnes ne comprendront jamais cette nuance, mais si je peux aider ne serait-ce qu’une personne à mieux saisir cette distinction, j’estime que le travail est utile.

Avec le recul, comment la vulgarisation a-t-elle influencé votre pratique d’avocate?

C’est évidemment un outil de visibilité important, et oui, cela m’a amenée de la clientèle. Mais au-delà de ça, la vulgarisation m’a redonné une passion pour le droit. Après dix ans de pratique, la routine peut s’installer. Expliquer les principes, revenir aux fondements, ravive l’intérêt. Ça a aussi éveillé en moi un désir d’enseigner.

Des institutions m’ont approchée pour donner des cours. Je n’y avais jamais pensé auparavant, mais je réalise que ma façon d’expliquer rejoint les gens. Enseigner en technique policière, par exemple, pourrait offrir une perspective différente aux futurs policiers. Ce ne serait pas incompatible, au contraire, ce serait complémentaire.

@vp.law1 Mythe ou réalité : on ne va pas en prison pour une première infraction 🤯⚖️ #lawyer #law #police #justice #droit ♬ original sound - vp.law1
@vp.law1 Vous vouliez de anecdotes de cour, en voici une autre 😇⚖️ #justice #law #criminallaw #droit ♬ original sound - vp.law1
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