Devant un tableau préparé par la commission Charbonneau, il a confirmé que 44 des 65 contrats, surtout dans le domaine de l'aménagement urbain, avaient fait l'objet de collusion, permettant aux entrepreneurs de s'en mettre plein les poches avec l’argent des contribuables.

Parce qu'elles s'étaient entendues entre eux, les sept ou huit firmes membres des cartels des parcs et des trottoirs réussissaient à décrocher des contrats publics pour 30 % de plus que leur valeur réelle, a raconté M. Leclerc.

En retour, les entrepreneurs devaient remettre des commissions de 1,5 % ou 3% à leurs pairs chargés d'entretenir le système.

Parfois, les propriétaires d'entreprises faisaient d’énormes profits uniquement en sous-traitant à un autre membre du cartel l'entièreté du contrat qu'ils venaient de décrocher.

Ainsi, en 2008, Mivela Construction a décroché le contrat de réaménagement de la place Normand-Béthume, au Centre-Ville de Montréal, pour 3,3 millions $. La firme avait averti les autres de ne pas soumettre de prix plus bas.

Son propriétaire, Nicola Milioto, a ensuite sous-traité le contrat pour 2,6 millions $ à Terramex, un chiffre beaucoup plus près de la valeur réelle des travaux.

Il a ainsi mis 700 000 $ dans ses poches «pour brasser des papiers», selon l'expression employée par la procureure Sonia Lebel.

«700 000 $, c'est une belle marge de profit, ça», a-t-elle remarqué.
«Oui, mais il y a la politique à payer», a répondu Michel Leclerc, en référence à la commission de 3 % qui aurait été versée au parti Union Montréal de Gérald Tremblay.

Michel Leclerc a également raconté, mardi, que son associé Luc Bédard s'était plaint au vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, en 2008 et 2009.

Terramex voulait sonner l'alarme quant aux écarts importants entre le prix des contrats octroyés par la Ville et leur valeur réelle.
«Le but de dénoncer était d'arrêter le système. On pensait que ça allait donner quelque chose», a-t-il raconté.

Or, selon M. Leclerc, le vérificateur n'a jamais donné suite aux deux plaintes formulées par son entreprise.

Pourtant, le stratagème de collusion était largement connu, a raconté le témoin, à tel point que la firme Be-Con, de Québec, l'a déjà approché pour participer au cartel des trottoirs.

Le propriétaire de l'entreprise lui avait alors demandé 25 000 $ pour «se tasser», ce que Leclerc a refusé.