À quoi ressemble le quotidien d’une huissière de justice?
Comment les jugements prennent-ils vie sur le terrain? Immersion dans le quotidien d’une huissière de justice récemment assermentée…

Souvent méconnu, le métier d’huissier de justice occupe pourtant une place essentielle au sein du système judiciaire. Entre l’exécution des jugements, la rédaction de constats et le contact direct avec les citoyens, cette profession exige une grande rigueur juridique.
On est allé à la rencontre de Daniella Alessi, devenue officiellement huissière de justice il y a quelques semaines. Elle a choisi de faire ses premiers pas dans la profession chez Valade & Associés.
Quelles sont ses principales responsabilités? Comment composer avec des situations parfois tendues sur le terrain? Elle nous ouvre les portes de son quotidien…
Pouvez-vous nous expliquer concrètement le rôle d’une huissière de justice?
On est vraiment là pour assurer l’exécution des jugements. Concrètement, nous travaillons en collaboration avec des avocats, des municipalités et d’autres clients afin de faire appliquer les décisions rendues par les tribunaux.
Nos missions sont très variées. Elles comprennent notamment la signification de documents judiciaires, l’exécution de jugements ainsi que la réalisation de constats d’huissier.
Ces constats consistent à rapporter objectivement des faits observés, qui peuvent ensuite être utilisés en cour comme preuve, un peu à la manière d’un témoignage officiel fait par un officier de justice. L'huissier de justice est le lien concret entre la décision judiciaire et son application sur le terrain.
À quoi ressemble une journée type pour vous? Êtes-vous plutôt sur le terrain ou au bureau?
De mon côté, je travaille principalement à l’interne, au bureau. Je suis actuellement cheffe d’équipe pour l’exécution pénale. Mon travail consiste surtout à gérer des dossiers liés à l’exécution de jugements, notamment en matière de saisies de biens.
Nous collaborons étroitement avec nos clients et analysons les jugements afin de déterminer les meilleures méthodes d’exécution. Une partie importante de mon quotidien concerne aussi l’utilisation du sabot de Denver, un outil encore peu connu du grand public…
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cet outil?
Le sabot de Denver est un dispositif d’immobilisation : il s’agit d’un gros cadenas jaune fixé sur la roue d’un véhicule. En immobilisant le véhicule, on procède en réalité à une forme de saisie.
Lorsqu’un jugement est rendu contre un débiteur et que nous recevons un mandat de notre client, le sabot de Denver permet de forcer le débiteur à régler une dette impayée depuis longtemps. C’est une mesure efficace, mais qui doit toujours être appliquée dans le respect strict du cadre légal.
Ce genre de situation peut susciter de la colère ou de l’incompréhension… Comment trouvez-vous l’équilibre entre l’application de la loi et l’aspect humain?
Il y a toujours une dualité entre le rôle professionnel et le côté humain. D’un côté, appliquer la loi fait partie de notre travail : nous devons faire respecter les jugements et informer les gens de leurs droits et obligations. De l’autre côté, on se retrouve souvent face à des personnes en difficulté, qui ne sont pas toujours en mesure de payer immédiatement leurs dettes.
Dans ces cas-là, on essaie d’offrir le plus de solutions possibles, comme des ententes de paiement ou des délais raisonnables. Notre mission la plus importante, selon moi, est d’informer. Lorsqu’on prend le temps d’expliquer la situation, la dette et les options disponibles pour éviter des conséquences plus lourdes, les gens deviennent généralement plus compréhensifs.
Qu’est-ce qui vous a le plus surprise en débutant dans le métier?
À l’école, on nous prépare beaucoup à l’aspect théorique du travail. Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est le moment où l’on se retrouve réellement devant une porte. La première fois, c’est très intimidant. On ne sait jamais qui se trouve de l’autre côté : une personne compréhensive et calme, ou quelqu’un de très agressif, verbalement ou même physiquement.
Cette première expérience m’a appris qu’il faut avoir confiance en soi. Avoir peur peut parfois être pire que d’agir avec assurance. À la fin de la journée, on est là pour faire notre travail et servir nos clients.
Selon vous, quelles qualités sont indispensables pour exercer le métier d’huissier ou d’huissière de justice?
D’abord, il faut avoir une grande force mentale et une certaine carapace. Certaines situations, comme les évictions, sont humainement très difficiles à gérer.
Il faut aussi être capable de garder en tête que, même si les gestes posés sont durs, ils servent parfois à aider les personnes à régler une situation qui s’envenime.
Enfin, la débrouillardise est primordiale. Sur le terrain, des imprévus surviennent souvent à la dernière minute. Il faut être capable de trouver rapidement des solutions, par exemple lorsqu’un débiteur n’est vraiment pas en mesure de payer après la pose d’un sabot de Denver. On cherche alors des alternatives pour éviter des conséquences plus graves, comme une vente sous contrôle de justice.
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