DS Avocats en liquidation judiciaire
Thomas Vernier
2026-01-14 11:15:07
Moins d'un mois après son placement en redressement judiciaire, DS Avocats vient de sombrer définitivement…
C'est la fin brutale d'une histoire vieille de plus d'un demi-siècle. Le cabinet d'affaires français DS Avocats a été placé en liquidation judiciaire ce lundi 12 janvier, à peine un mois après avoir été mis sous redressement judiciaire, rapporte le média français Décideurs juridiques, citant L'Informé.
Avec 2,5 millions d'euros de dettes et une trésorerie à sec, la firme présente en Europe, en Afrique, en Amérique et en Asie n'aura pas eu le temps de redresser la barre. Le tribunal judiciaire de Paris, qui avait pourtant estimé les chances de survie « possibles » lors du placement en redressement le 10 décembre dernier, a dû se rendre à l'évidence : aucun plan de continuation n'était envisageable.
Deux mois pour rien
Selon l'administrateur judiciaire Thibaut Martinat de la société AJRS, le cabinet ne pourra pas remonter la pente ni proposer un redressement pendant les deux mois qui lui avaient été accordés. Le mandataire judiciaire et le cabinet lui-même se sont ralliés à cet avis, suivi par le tribunal parisien.
La situation financière du cabinet s'avère désastreuse. Le tribunal relève un résultat net prévisionnel au 31 décembre 2025 déficitaire à hauteur de 1,43 million d'euros. Pire encore, les projections pour mai 2026 tablaient sur un déficit vertigineux de 5,47 millions d'euros, rendant toute tentative de sauvetage illusoire.
Aucun repreneur à l'horizon
Toujours selon L'Informé, personne n'aurait manifesté le moindre intérêt pour la reprise du cabinet, anéantissant tout espoir de plan de cession ou de continuation. Un constat brutal pour une firme qui comptait plus de 400 salariés à travers le globe et plusieurs antennes internationales.
Face à cette débâcle, certains salariés ne seraient pas restés les bras croisés. Le bruit court que plusieurs d'entre eux seraient d'ores et déjà en train de créer leurs propres boutiques, cherchant à sauver ce qui peut l'être de leur pratique professionnelle.
Une gestion pointée du doigt
Sur LinkedIn, Valentin Tonti Bernard, fondateur de Liberall Conseil, un cabinet spécialisé dans le développement des professions libérales, n'y est pas allé avec le dos de la cuillère concernant la gestion financière de DS Avocats. Il pointe notamment un loyer démesuré de 5 millions d'euros comparé au chiffre d'affaires du cabinet de 32 millions d'euros.
« Cela représente près de 15,6 % du CA consacré au loyer alors que le ratio cible devrait se situer autour de 7 % », avance-t-il sur le réseau social professionnel. Une critique qui met en lumière des choix de gestion potentiellement suicidaires pour la structure.
L'expert soulève également une préoccupation majeure pour les collaborateurs : « À ce stade, personne ne sait si les rétrocessions des collaborateurs seront payées », indique-t-il tout en apportant son soutien aux avocats du cabinet.
L'antenne canadienne prend ses distances
Certaines antennes internationales avaient vu venir le coup. Prudente, la filiale canadienne de DS Avocats a opté pour une refonte identitaire complète et s'appelle désormais Prelia, se dissociant ainsi du navire en perdition.
Richard Laramée, patron de cette firme, avait affirmé à Droit-Inc qu'« il s'agit d'une opportunité saisie pour renforcer sa position auprès des moyennes et grandes entreprises ». Un repositionnement stratégique qui témoigne de l'anticipation de la débâcle française.
Une disparition qui émeut le milieu
Sur les réseaux sociaux professionnels, nombreux sont ceux qui regrettent la triste disparition de ce cabinet français emblématique, présent dans le paysage juridique hexagonal depuis plus d'un demi-siècle. Les commentaires témoignent de l'attachement du milieu à cette institution qui aura marqué plusieurs générations d'avocats.
La liquidation de DS Avocats marque non seulement la fin d'une aventure entrepreneuriale de 54 ans, mais soulève également des questions sur la viabilité économique de certaines structures juridiques de grande envergure face aux défis financiers contemporains. Pour les 400 salariés concernés à travers le monde, l'heure est désormais à la recherche de solutions pour la suite de leur carrière, dans un contexte d'incertitude quant au paiement de leurs rétrocessions et autres créances.
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