Limitation d’exercice pour un avocat coupable d’agression sexuelle
Reconnu coupable d’agression sexuelle, de voies de fait et de harcèlement criminel, un avocat de Montréal voit son droit d’exercer restreint par le Barreau.

Le Conseil d’administration du Barreau du Québec a tranché : Me Philippe Lord fait l’objet d’une limitation provisoire de son droit d’exercer ses activités professionnelles.
Cette décision administrative, rendue le 8 janvier 2026, fait suite à la condamnation criminelle de l’avocat l’automne dernier.
Dans un avis publié le 12 janvier, le Barreau souligne qu’il existe un lien direct entre les infractions criminelles dont Me Lord a été reconnu coupable, les circonstances entourant celles-ci et l’exercice de la profession d’avocat.
Pour assurer la protection du public, l’ordre professionnel impose des conditions strictes à Me Lord, qui exerce principalement en droit civil à Montréal :
- Restriction de champs de pratique : il lui est désormais interdit d’exercer en droit criminel et pénal, en droit familial, en droit de la jeunesse ainsi qu’en droit disciplinaire.
- Obligation de transparence : il doit informer l'ensemble de ses clients, actuels et futurs, des conclusions de cette décision ainsi que de l’existence de toute plainte pendante devant le Conseil de discipline.
Cette mesure est entrée en vigueur le 9 janvier 2026 pour une période indéterminée, soit jusqu'à l'issue des procédures disciplinaires ou d'une décision d'un syndic.
Un témoignage « non crédible » en cour
Cette sanction administrative découle d'un dossier criminel lourd. Le 10 octobre 2024, le juge Hubert Couture a déclaré Me Philippe Lord coupable d’agression sexuelle, de voies de fait et de harcèlement criminel à l'endroit d'une jeune femme.
Le jugement de 40 pages était, selon Radio Canada, particulièrement sévère à l'endroit de l'avocat, qui s'était présenté à la barre en se posant en victime. Le magistrat a balayé ses explications, qualifiant son témoignage d'inconsistant et d'improbable. À l’opposé, le juge a souligné la sincérité et la transparence de la victime.
La preuve a notamment révélé un comportement harcelant caractérisé par l'envoi de près de 1 000 messages en un mois. L’un de ces textes faisait froidement référence à un féminicide, un élément qui avait grandement inquiété la plaignante. L’avocat avait également causé des ecchymoses à la victime en lui serrant les avant-bras.
Inscrit au Tableau de l’Ordre depuis 2019, Me Philippe Lord avait fondé son propre cabinet à Montréal au printemps 2024. La décision du Barreau vient aujourd'hui restreindre considérablement ses activités professionnelles en attendant les prochaines étapes juridiques et disciplinaires.
Droit-inc a tenté d’obtenir les commentaires de Me Lord, mais n’avait pas eu de retour au moment d’écrire ces lignes.
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Me Lord
il y a une heureRéplique de Phil Lord
Bonjour madame Fleury,Je constate que vous m’écrivez avec une adresse Gmail.
Je doute que vous ayez pris connaissance de la décision du Barreau ordonnant une limitation provisoire, comme elle n’est ni publique ni publiée. Je suppose que vous voulez plutôt dire que vous avez pris connaissance de l’avis de limitation. Celui-ci ne dit rien et n’est pas d’intérêt. Vous avez déjà couvert ma condamnation (voir https://www.droit-inc.com/conseils-carriere/nouvelles/un-avocat-coupable-dagression-sexuelle-de-harcelement-et-de-voies-de-fait), tout en refusant de mentionner qu’elle est portée en appel. Je vous soumets respectueusement que le fait de publier un article sur cet avis constituerait un acharnement par votre média, qui s’attarde indûment à mon dossier depuis des années. Cela se constate particulièrement dans la mesure où vous n’avez jamais couvert des avis de limitation du Conseil d’administration du Barreau — par opposition à des limitations ou radiations provisoires ordonnées par des conseils de discipline — alors qu’il en existe plusieurs chaque année. Vous devez également comprendre que le mécanisme de radiation ou limitation provisoire devant le Conseil d’administration est complètement différent de celui devant un Conseil de discipline et ne comporte notamment pas les mêmes garanties procédurales.
La limitation ordonnée est substantiellement conforme à celle que j’avais proposée, soit de me limiter en droit criminel et familial. Celle-ci avait été proposée de bonne foi, même si je croyais que les critères ne sont pas rencontrés. Le ‘’lien avec l’exercice de la profession’’ est un critère que le Barreau interprète de façon très large en vertu d’un arrêt de la Cour d’appel, malgré le fait que plusieurs limitations émises par le Barreau ont été suspendues par le Tribunal des professions dans les dernières années. Tout cela découle d'allégations qui ont été formulées par mon ex-conjointe dans le cadre d’un processus de séparation acrimonieux. Le juge retient que la personne a exprimé son consentement verbalement et qu’elle a formulé ces allégations ‘'se rendant compte que Monsieur Lord ne voudrait pas s'entendre à l'amiable pour régler l'ensemble des aspects visés par cette procédure’’. Ces allégations remontent à plusieurs années, concernent des actes que je n’ai pas commis et n’ont pas de lien avec ma pratique. Les taux de déclarations de culpabilité en matière sexuelle sont extrêmement élevés dans les dernières années et la Cour d’appel infirme près du tiers de celles sur lesquelles elle se prononce. Je conteste ma culpabilité devant la Cour d’appel (voir documents ci-joints) et j’ai entière confiance en la décision qui sera rendue par la Cour d’appel.
J’ai ouvert un cabinet en septembre 2024, qui a connu une croissance importante. Suite au jugement de la Cour du Québec, j’ai été surpris et touché de ne perdre aucun client. Nous ouvrons de nouveaux dossiers et continuons déployer tous nos efforts à rendre des services juridiques de la plus haute qualité.
Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.
Maitre Untel
il y a 48 minutesBelle réplique Me Lord