Quatre cabinets d'avocats ont tenu tête à Trump. Neuf ont capitulé…
Thomas Vernier
2026-03-03 14:15:26
Face à une campagne d'intimidation présidentielle sans précédent, treize des plus prestigieux cabinets américains ont dû choisir leur camp…
Les quatre cabinets d'avocats qui ont choisi l'an dernier de combattre la campagne d'intimidation illégale du président Trump ont obtenu au moins une victoire temporaire cette semaine. Des juges fédéraux avaient déjà invalidé les décrets présidentiels visant à punir ces firmes pour avoir représenté ou employé des personnes considérées comme ses ennemis politiques. Lundi, l'administration Trump a abandonné ses appels de ces décisions, acceptant la défaite, rapporte le New York Times dans un éditorial cinglant.
Mardi matin, dans un signe du désarroi de l'administration, le Département de la Justice a envoyé un courriel aux quatre cabinets s'excusant du court préavis et annonçant qu'il renversait à nouveau sa position. Ses appels se poursuivraient finalement. Ce retrait du retrait de l'administration est qualifié d'« amateur » par le journal, qui estime que cela ne change pas l'issue probable du combat.
Quatre cabinets résistants, neuf capitulards
Les victoires des quatre cabinets — Jenner & Block, Susman Godfrey, Perkins Coie et WilmerHale — représentent « un triomphe pour la justice et la démocratie », selon l'éditorial. Les décrets que Trump a signés au début de son second mandat reposaient sur le mensonge que ces firmes avaient commis une faute. « En fait, leurs avocats ne faisaient que leur travail. Il se trouve qu'ils représentaient des démocrates et des groupes progressistes ou avaient participé à des enquêtes antérieures sur M. Trump. »
Les punitions envisagées auraient pu gravement endommager les cabinets. Les décrets interdisaient aux avocats de ces firmes d'entrer dans les bâtiments fédéraux et de rencontrer des responsables fédéraux — des activités nécessaires à de nombreux dossiers juridiques.
« L'objectif plus large des décrets était glaçant », dénonce le Times. « Le président a attaqué un principe fondamental du droit, à savoir que tout le monde mérite une représentation juridique. Il a cherché à effrayer les avocats de représenter des personnes qui avaient l'audace de le critiquer. Par extension, il a cherché à intimider tous les Américains qui pourraient le critiquer. »
Combattre ces décrets a exigé du courage. Les quatre cabinets risquaient de perdre des clients et même de voir leurs firmes s'effondrer. Neuf autres cabinets ont cédé et conclu des ententes visant à apaiser le président, incluant des promesses d'effectuer des millions de dollars de travail pro bono pour des clients favorables à Trump.
Le test de caractère raté
« Ces neuf cabinets ont tous échoué à un test de caractère à enjeux élevés », tranche l'éditorial. « Leurs dirigeants ont dû choisir entre se soumettre à un intimidateur et faire ce qui est juste. »
Le Times publie la liste complète de ces neuf cabinets : Paul Weiss, dont le président Brad Karp aurait mené une campagne « désespérée » pour conclure un accord avec Trump ; A&O Shearman ; Cadwalader, Wickersham & Taft ; Kirkland & Ellis ; Latham & Watkins ; Milbank ; Simpson Thacher & Bartlett ; Skadden Arps ; et Willkie Farr & Gallagher.
« Nous espérons que les clients à la recherche d'avocats intrépides et les étudiants en droit décidant où travailler se souviendront quels cabinets d'élite n'étaient pas prêts à riposter », écrit le journal. « La docilité n'est pas une qualité que la plupart des gens recherchent chez un avocat. »
Une stratégie vouée à l'échec
Au cœur de leur erreur se trouvait « la croyance erronée que la capitulation pourrait être déplaisante mais qu'elle constituait la stratégie la plus prometteuse. Au contraire, elle était condamnée dès le départ. »
Leurs ententes avec Trump ne comprenaient aucune promesse contraignante de sa part ou de son administration. « À tout moment, il pourrait menacer les cabinets à nouveau et exiger plus de concessions », souligne le Times, établissant un parallèle avec les médias comme ABC News qui ont accepté des règlements « de facto des pots-de-vin » en réponse à ses poursuites.
Les quatre cabinets qui ont combattu la Maison-Blanche ont « lu correctement la situation ». « Ils ont insisté sur le respect de la procédure régulière et se sont fiés aux juges pour protéger leurs droits en vertu de la Constitution. »
La solidarité fait la différence
Le Times salue également les cabinets qui sont venus à la défense des quatre résistants, incluant Clement & Murphy, Cooley, Munger Tolles & Olson et Williams & Connolly. Des clients corporatifs comme Microsoft, qui a déplacé certains mandats de Simpson Thacher (un des capitulards) vers Jenner & Block (un des résistants), méritent aussi reconnaissance.
« Ces gestes soulignent l'importance de la solidarité lorsqu'une démocratie est menacée », conclut l'éditorial. « Chaque fois que quelqu'un défend ses principes, il devient plus facile pour les autres de faire de même. »
Le message du Times est sans équivoque : Trump peut sembler omnipotent, mais « il peut être contenu ». La démocratie américaine « a plus qu'une chance de s'en sortir tant que les Américains sont prêts à se battre ».
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