Sexe, poker et millions : la double vie d’un avocat star
Thomas Vernier
2026-01-06 14:15:26
Il était l'un des avocats les plus brillants, celui qui a sauvé Google face à Oracle. En parallèle, il jouait des millions au poker et entretenait une dizaine de jeunes femmes…

C'était l'un des avocats les plus brillants de sa génération.
Thomas Goldstein, 54 ans, a défendu Google dans une cause historique de droits d'auteur, cofondé le site de référence SCOTUSblog et bâti une réputation d'excellence devant la Cour suprême des États-Unis.
Mais pendant plus d'une décennie, il menait une vie parallèle que personne ne soupçonnait : joueur compulsif de poker à très hauts enjeux et adepte des sites de « sugar dating », rapporte le New York Times dans une longue enquête publiée samedi.
Aujourd'hui, ses deux Bentley ont été remplacées par une Honda. Sa maison de trois millions de dollars à Washington pourrait être saisie. Son mariage de 30 ans s'effondre. Et surtout, il fait face à 22 chefs d'accusation pour fraude fiscale devant un tribunal fédéral. Son procès doit s'ouvrir en janvier.
Une ascension fulgurante
Rien ne prédestinait Goldstein à devenir une star du barreau américain. Étudiant médiocre à l'Université de Caroline du Nord, il n'a été admis en droit qu'à l'American University grâce à l'intervention d'un parent éloigné. Mais quelque chose a basculé durant ses études : il s'est passionné pour la Cour suprême des États-Unis.
Contrairement à la quasi-totalité de ses pairs au sommet de la profession — diplômés des universités de l'Ivy League, anciens clercs de juges, passés par le bureau du solliciteur général —, Goldstein n'avait aucun de ces pedigrees. Il a compensé par l'audace. Il a développé une méthode alors jugée vulgaire : utiliser des outils informatiques pour repérer des divergences entre tribunaux d'appel, puis démarcher directement les avocats perdants pour leur offrir ses services.
« J'ai trouvé cinq de ces dossiers, et les quatre premiers ont été acceptés par la Cour : bang, bang, bang, bang », raconte-t-il au Times.
Son coup d'éclat est survenu en octobre 2020, lors d'un procès opposant Google à Oracle sur une question de droits d'auteur. En pleine audience, Goldstein a abandonné l'argument principal de son mémoire pour improviser une stratégie de défense fondée sur le « fair use ». Un pari risqué qui lui a valu une victoire écrasante : Google a été exonéré de neuf milliards de dollars en dommages.
La descente aux enfers
Dès le début des années 2000, Goldstein s'est mis à regarder des tournois de poker à la télévision. « Je considère ça comme quelque chose d'assez intellectuel, explique-t-il. C'est fondamentalement une gestion de la chance et du risque. »
Il est rapidement passé des parties entre amis aux tables de millionnaires, puis aux jets privés et aux suites d'hôtel à Hong Kong, Manille et Las Vegas. Pour financer ses ambitions, il a obtenu une ligne de crédit de dix millions de dollars d'un milliardaire californien. Il l'a presque entièrement perdue en quelques mois.
Son style de jeu reflétait son approche du droit : « une agressivité débridée », selon un adversaire. Il a gagné 26 millions de dollars en une seule nuit contre un homme d'affaires californien. Il en a perdu 14 millions contre un autre, sans filet de sécurité cette fois.
Parallèlement, l'acte d'accusation révèle que Goldstein « entretenait des relations intimes avec au moins une douzaine de femmes » rencontrées sur le site Seeking Arrangement, leur transférant des centaines de milliers de dollars. Sa femme Amy Howe, elle-même avocate et cofondatrice de leur cabinet, ignorait tout.
« Amy n'avait aucune idée de quoi que ce soit — le poker, les femmes, rien, admet Goldstein. J'avais simplement cette vie entièrement séparée. »
Un procès à haut risque
Les accusations portent principalement sur l'utilisation de fonds de son cabinet pour payer des dépenses personnelles, notamment des dettes de poker, réduisant ainsi son revenu imposable. La poursuite allègue également que quatre femmes embauchées par son cabinet n'y ont jamais vraiment travaillé.
Le gouvernement lui aurait proposé une entente impliquant environ cinq ans de prison. Goldstein refuse catégoriquement. « Je n'ai jamais, jamais cru que j'avais fait quoi que ce soit de mal », martèle-t-il.
Assigné à résidence avec surveillance électronique, interdit de jouer au poker, il prépare sa défense comme il préparait ses plaidoiries : en misant tout sur une seule stratégie. Son avocat devra convaincre le jury qu'un acte d'accusation de 22 chefs signifie soit qu'on a affaire à « une personne horrible qui mérite de passer le reste de sa vie en prison », soit que « quelque chose a très mal tourné et que quelqu'un cherche à détruire quelqu'un ».
En attendant le verdict, Goldstein s'est découvert une nouvelle passion : le shibari, l'art japonais du bondage par cordes. « J'ai passé la dernière année à devenir, bizarrement, très bon dans ce domaine », confie-t-il avec la même fierté qu'il évoque ses victoires devant la Cour suprême.
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