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Une future avocate comme modèle de résilience ?

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Gabriel Poirier

2021-11-04 15:00:00

Une étudiante en droit qui a fréquenté des familles d’accueil espère devenir avocate pour servir les plus vulnérables de la société…

Jacynthe Maurice. Source: LinkedIn
Jacynthe Maurice. Source: LinkedIn
Jacynthe Maurice n’est pas une étudiante en droit comme les autres. À 34 ans, cette finissante en droit à l’Université Laval - elle complète présentement sa dernière session au baccalauréat - a un parcours de vie extraordinaire.

Mère d’un garçon de 5 ans, elle a été en famille d’accueil avec sa sœur entre l’âge de 4 et 11 ans. Comme avocate, elle a pour ambition d'œuvrer en droit criminel pour protéger les plus vulnérables de la société.

Assistante juridique à la Ville de Rimouski entre mai et septembre 2021, elle est maintenant à l’emploi du cabinet Dubé Dion avocats comme adjointe juridique.

Voici ce qu’elle avait à nous dire lorsque nous l’avons rencontrée.


Source : Jacinthe Maurice / LinkedIn.

Parlez-nous de votre parcours. Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprendre un baccalauréat en droit ?

En fait, c'est une longue histoire. J'ai été en famille d'accueil à partir de 4 ans, jusqu'à environ l’âge de 11 ans, avec ma sœur. Nous avons vécu quand même des années difficiles durant notre enfance.

Ensuite, à l'adolescence, nous sommes retournées chez notre mère. Là, j'ai entrepris une année en sciences humaines au Cégep et j'ai commencé à réfléchir un peu plus à des questions existentielles, en philosophie, par exemple. Je n'ai pas terminé mon Cégep, je suis partie en France pour étudier la philosophie. Je suis restée là-bas plusieurs années, environ sept ans, jusqu'à 26 ou 27 ans.

En 2014, je suis revenue au Québec et comme mes études en France n'étaient pas reconnues au Québec, j'ai décidé de faire mon Université au Québec. J'ai fait une année de sciences humaines à l'Université de Montréal pour un peu reprendre mes cours de Cégep que je n'avais pas terminés.

J'ai fait un certificat en droit. Là, j'ai un peu eu la piqûre du droit. Je me questionnais pour trouver une formation à l'Université qui ne serait pas directement de la philosophie, mais qui pourrait utiliser un peu l'argumentation que j'avais apprise en France. À partir de là, j'ai fait ma demande à l'Université de Laval en droit, et c'est là que j'ai été acceptée. J'ai commencé mon bac en droit, et là, je suis à la fin de mon parcours.

Quelles études exactement avez-vous effectuées en France ?

J'étais étudiante libre, et j'étudiais la philosophie à l'école d'un philosophe qui a eu la chaire de philosophie pendant de nombreuses années. C'était en 2007, et j'ai étudié la philosophie que lui développait à partir de grands penseurs. Lui, en fait, il retournait plus à la philosophie réaliste d’Aristote... C'était plus centré sur la personne humaine.

Vous avez entrepris votre baccalauréat en droit, vers l’âge de 28 ans, avec un bébé de sept mois. Ça ne devait pas être de tout repos ? La conciliation études / famille / travail, devait être un tout un défi ?

Oui, exactement. En 2016, je suis tombée enceinte, et j'ai accouché en 2017. C'est à cette époque-là, au mois de septembre, quand mon garçon avait 7 mois que je suis retournée aux études.

J'habitais en région, donc une autre difficulté s'est présentée. J'ai toujours fait des allers-retours à Québec pour mes études. Je revenais la fin de semaine pour m'occuper de mon garçon. Il y a juste pendant la pandémie que les études étaient à distance et donc que j'ai pu avoir un petit répit dans les voyages. Oui, c'était difficile, surtout avec la garderie de mon garçon. Quand il avait sept mois, il allait seulement à la garderie le matin. Je me levais à 4h30, j'étudiais un peu, je l'amenais à la garderie, j'étudiais un peu, je retournais le chercher. J'essayais de le coucher l'après-midi pour réétudier aussi, mais ce n'était pas facile.

Vous travaillez comme adjointe juridique à la Ville de Rimouski. Comment trouvez-vous cela ?

Oui, j'assiste la Procureure de la ville de Rimouski.

Je suis restée au même endroit à Trois-Pistoles, donc entre Rivières-du-Loup et Rimouski. Quand mon garçon avait sept mois, je faisais mon certificat, ce qui fait que je suis restée un an un peu à distance, à étudier du mieux que je pouvais. L'année d'après, je suis rentrée au bac en droit et là, j'ai commencé à faire mes allers-retours de Trois-Pistoles à Québec à chaque semaine.

Vous préparez votre École du Barreau pour l’hiver 2022. Dans quel domaine du droit aimeriez-vous exercer ?

Oui, comme vous avez vu dans ma publication, c'est vraiment le droit criminel qui m'attire. Je pense que ça provient de mes études antérieures en philosophie. Le fait d'avoir porté un regard sur l’individu lors de mes études, sur ses choix de vie, sur son existence, m’a permis de développer un intérêt pour le droit, mais un droit orienté sur l’individu.

Le droit criminel, pour moi, c'est le sommet de mes études. C’est aussi le domaine où je voudrais le plus exercer, car, finalement, c'est là où la personne peut se poser des questions fondamentales.

“Est-ce que je veux édifier la société ? À moins que je préfère continuer dans la mauvaise voie et détruire la société, en quelque sorte ?” Pour moi, tout ça a beaucoup de sens. Quand j'étais en famille d'accueil, j'ai côtoyé plein de personnes. Ma soeur et moi aurions pu choisir de ne pas continuer nos études, de laisser tomber, de ne pas se battre pour s'éduquer.

Finalement, on a choisi d'aller au bout de nos capacités, de notre ambition. Je ne juge pas les personnes qui vont choisir un travail plus manuel, mais nous, on avait le potentiel pour aller à l'Université. On a choisi cette porte-là. Je ne suis pas forcément une personne “extraordinaire”, c'est plutôt ma résilience et les personnes que j’ai rencontrées qui m’ont permis d’y parvenir.

J’espère aussi, dans ma profession, être capable de réorienter la vie de celles et ceux qui ont fait de mauvais choix dans leur vie, et qui n'ont pas eu la liberté ou la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.

Par curiosité, dans quel domaine a étudié votre sœur ?

Elle est restée en France et elle a aussi étudié dans le domaine juridique, mais finalement, elle est devenue consultante pour les couples. Elle, elle travaille plus dans le milieu hospitalier pour guider les couples et les personnes qui subissent des difficultés dans leurs relations de couple.

Vous parliez tout à l'heure de résilience. Est-ce que vous croyez que votre parcours de vie vous a servi dans le cadre de votre formation académique ?

Oui, tout à fait. Ça, je trouve ça vraiment important. J'ai accepté l'appel aujourd'hui moins pour me mettre de l’avant que pour donner confiance aux personnes, aux jeunes qui n'ont peut-être pas l'opportunité ou le courage de le faire.

Même quand je suis sortie de famille d'accueil, je dois vous dire que mon adolescence était vraiment difficile. Nous avions des problèmes d'argent et nous déménagions souvent. Ca m'est souvent arrivé d'aller à l'école avec une patate pas cuite que je chauffais au micro-onde pour dîner.

Malgré tout, on peut aller loin dans la vie avec ses ambitions et ça ressort beaucoup dans mon cheminement en droit, parce que contrairement à d'autres personnes qui vont peut-être en droit pour le prestige, moi, j'ai toujours voulu y aller uniquement pour aider les autres, la personne humaine. Finalement, ce que je désire c’est d’avoir un travail intellectuel qui me permettra d'aider les personnes autour de moi.

Vous travaillez comme adjointe juridique à la Ville de Rimouski, mais où est-ce que vous aimeriez faire votre stage en droit ? Est-ce que vous avez une idée ?

En septembre, je vise peut-être un cabinet d'avocats privé qui ferait du droit général, mais c'est sûr que pour mon stage (du Barreau, NDLR), j'ai déjà approché différents cabinets qui font du droit criminel. C'est ce que je vise, dans le fond, pour mon prochain stage au Barreau.

En terminant, vous parliez plus tôt de livrer un message. mais si un jour, votre fils. Qu’aimeriez-vous que votre fils retienne de votre parcours ? Quel message aimeriez-vous lui transmettre ?

De suivre toujours sa passion, d'écouter son cœur et d'aller le plus loin dans ses capacités. Si c'est du côté manuel, d'aller dans ce qu'on aime, et si c'est du côté intellectuel, de ne pas avoir peur d'aller loin. Même si on habite en région, même si on est loin des grands centres, il y aura toujours des personnes sur notre chemin qui vont pouvoir nous aider à poursuivre notre rêve, comme c'est arrivé pour moi.
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1 commentaire

  1. Avocate
    Avocate
    il y a 2 ans
    Quel parcours inspirant!
    J’ai trouvé ce portrait d’une future avocate beau et inspirant. Elle a eu beaucoup de courage et a surmonté de nombreux obstacles avec détermination. Nul doute qu’elle apportera énormément tant à ses clients qu’à ses futurs collègues. Je lui souhaite tout le succès et l’épanouissement qu’elle mérite!

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