Cet article s’inscrit dans une série d’articles que Droit-inc consacre aux différents métiers du droit. Zoom sur les bibliothécaires juridiques.

Droit-inc : Vous avez une formation d’avocate et êtes membre du Barreau depuis 2010. Qu’est-ce qui vous a mené à la profession de bibliothécaire juridique?

Me Stéphanie Larivière-Roberge
Me Stéphanie Larivière-Roberge
Me Stéphanie Larivière-Roberge : J’ai pratiqué en droit criminel pendant deux ans au sein du cabinet Couture et associés, et je me suis rendue compte que je n’aimais pas beaucoup la pratique. Je ne supportais pas le stress aussi bien que je l’aurais cru et je ne me réalisais pas vraiment moi-même en étant avocate. Alors, j’ai décidé de me réorienter. J’ai toujours été passionnée par le travail de recherche. Mon étape préférée était de trouver les dossiers les plus pertinents! C’est là qu’est venue l’idée d’étudier la bibliothéconomie et de faire la Maîtrise en sciences de l’information à l’Université de Montréal. Comme j’ai toujours trouvé le milieu universitaire stimulant, en 2014, je suis devenue bibliothécaire en droit à l’Udem!

Vous dites que vous ne vous épanouissiez pas lorsque vous étiez avocate. Qu’est-ce qui vous permet de le faire aujourd’hui comme bibliothécaire?

En fait, si j’avais mieux connu cette profession, j’aurais fait ma maîtrise en Sciences de l’information dès la fin de mes études en droit plutôt que le Barreau. C’est une profession qui ne m’apporte que du bonheur et de la satisfaction professionnelle. L’environnement est moins stressant que la pratique du droit mais tout aussi dynamique et stimulant. Par exemple, on ne sait jamais quelle question nous sera posée, il faut s’adapter continuellement aux changements technologiques, aux nouveaux comportements informationnels des usagers, aux développements en droit, etc.

Aussi, au niveau de l’enseignement aux étudiants des diverses techniques ou stratégies de recherche, il n’y a rien de plus gratifiant que de constater l’évolution des habiletés en recherche des étudiants que l’on forme ! J’ai beaucoup de satisfaction à recevoir la reconnaissance des étudiants. Le programme de jumelage mis en place ici permet également d’entretenir des relations sur le long terme, on peut parfois les aider dans leur cheminement jusqu’au doctorat. J’aime également la variété des tâches qui me sont confiées. Non seulement on répond aux questions mais on rédige aussi beaucoup de documents : des guides de formation, des tutoriels, des capsules vidéos…

On associe souvent la bibliothèque aux livres, pourtant on est amenés à utiliser énormément la technologie! On travaille sur des bases de données, on met à jour les pages web… Aujourd’hui, je me réalise complètement! J’ai le sentiment d’être utile et, bien humblement, de contribuer à l’avancement de la recherche en droit par l’aide que j’apporte aux étudiants et aux chercheurs.

Avoir un background en droit vous est-il d’une grande utilité? Et pourquoi gardez-vous votre titre en restant membre du Barreau?

Pour bien cerner les questions que l’on nous pose, il faut au minimum détenir un certificat en droit. Les étudiants en cycle supérieur arrivent avec des questions pointues en droit, même si bien sûr quand on est juriste on comprend qu’on ne peut pas tout savoir! Oui, j’ai travaillé fort pour obtenir mon titre! (Rires) Je ne suis pas encore prête à le laisser, j’en suis fière.

Pensez-vous que ça offre plus de crédibilité sur un marché de l’emploi qui est peut-être limité?

Je ne sais pas, je ne pense pas. Mais c’est sûr que les employeurs aiment peut-être ça avoir quelqu’un qui est vraiment avocate. Auprès des étudiants, ça donne plus de crédibilité : quand on leur conseille des choses, ils nous croient! Ils ne pensent pas : “ ok.. c’est la bibliothécaire qui nous vend son cours... “ mais réalisent que j’ai vécu ça, et donc que si je leur dis qu’il est important de connaître tel historique d’une loi, par exemple, ils me croient. Mais, même s’il faut une formation en droit, être avocate n’est pas un incontournable.

Pouvez-vous me décrire une journée-type?

On fait toujours une à trois heures de références. Au comptoir, on répond aux différentes questions qu’on nous pose. Ensuite, on travaille de notre bureau où l’on prépare nos formations à venir, on met à jour nos différents guides de recherche. On développe nos collections également en trouvant les meilleurs livres.

Quels sont les plus gros clichés sur la profession et qui ne sont pas vrais?

On a gardé en tête l’affiche de la bibliothécaire qui fait « Chut » ! (Rires) Mais on ne passe pas notre temps à dire aux étudiants de se taire… On pense aussi souvent que l’on est des rats de bibliothèques, pourtant on passe la moitié de nos journées avec le public! Il faut être très sociable pour faire ce métier!

Quels défis propose la profession?

Des défis au niveau du numérique. Il faut maîtriser nos ressources électroniques, les nouvelles technologies. Aussi, il faut faire valoir notre profession : il y a toujours quelqu’un derrière la classification et l’achat de ressources, Google ne fait pas tout, il y a une bibliothécaire qui existe et qui organise les informations.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait suivre vos pas?

Il faut faire preuve de curiosité et d’une bonne culture générale. Pour un juriste, il faut passer la Maîtrise en sciences de l’information. Pour les autres, un certificat en droit est le minimum. Mais si on aime la technologie, faire de la recherche et aider les gens, c’est une belle profession!