Me Mario Charpentier, de BCF
Me Mario Charpentier, de BCF
Il a fait son pain et son beurre du service aux entreprises en démarrage, voilà que le cabinet innove en lançant le fonds BCF Ventures.

Au bout du fil, c’est un associé directeur enthousiaste, qui parle du dernier projet de BCF : un fonds ‘’super ange’’ visant le financement des premiers pas d’une startup. « On prend l’expérience acquise au fil des ans à conseiller les grandes entreprises et on met cette expertise au service des petits joueurs », explique Me Mario Charpentier, de BCF.

Misant sur l’histoire du cabinet, établi à l’origine pour répondre aux besoins juridiques des entrepreneurs et des innovateurs, la création de BCF Ventures veut faire d’une pierre deux coups : combler une lacune dans l’aide aux startups technos tout en ‘’démocratisant’’ l’accès au capital.

« On s’est demandé ce qu’on pouvait faire pour aider l’industrie. Et notre analyse a révélé qu’il y avait une lacune, à Montréal, pour le financement des phases de préamorçage », indique Mario Charpentier.

Le financement

Quand une pousse d’entreprise en est à l’étape d’aller solliciter des investisseurs pour financer son développement de produit, les sommes nécessaires sont souvent trop petites pour intéresser les anges financiers habituels. « Ce qu’on voit, c’est surtout du financement de ronde ‘’A’’, où les anges financiers investissent », à hauteur de 2 ou 3 millions de dollars en moyenne.

Mais trouver les 200 000 ou 300 000 dollars nécessaires à faire décoller un projet est difficile. La marche est trop haute pour les bailleurs de ‘’love money’’ -les proches d’une startup qui investissent quelques milliers de dollars à même leurs économies-, et trop basse pour les anges, qui cherchent à placer quelques millions de dollars.

La croissance du nombre d’incubateurs et d’accélérateurs a presque fait doubler le nombre de startups au Québec dans les dernières années, poursuit Me Charpentier. Mais les investisseurs, eux, n’ont pas suivi, notamment pour le financement privé en préamorçage, phase qui précède les rondes de financement en amorçage de 500 000 $ à plus d’un million de dollars, indique le communiqué de lancement de BCF Ventures.

Préamorçage

Le directeur de BCF Ventures, Sergio A. Escobar
Le directeur de BCF Ventures, Sergio A. Escobar
Une fois que la preuve de concept est faite, que les brevets sont obtenus, que les questions de propriété intellectuelle sont réglées, il faut aller convaincre des investisseurs d’embarquer. « Et ça coûte cher d’aller cogner aux portes des Microsoft et Google de ce monde pour qu’ils investissent. D’où l’importance de combler cette lacune », poursuit Mario Charpentier.

Le fonds de 500 000 dollars est garni à partir de la contribution des quelque 70 associés de BCF. « L’objectif est de financer un projet à hauteur d’environ 50 000 dollars pour permettre à la startup d’aller chercher d’autres sources de financement. » BCF espère ainsi insuffler le momentum nécessaire permettant à une startup de clore un financement pour passer au préamorçage.

BCF mise sur un potentiel d’investissement de 10 millions de dollars sur 10 ans. Pour y arriver, on a sorti les gros canons. D’abord, le directeur de BCF Ventures, Sergio A. Escobar, est également associé directeur de l’accélérateur montréalais de la Silicon Valley, The Founder Institute.

Il est appuyé dans sa prospection par un comité aviseur où siègent l’ange investisseur et capital risqueur Mike Cegelski, de Panache Ventures, de Me Anne-Marie Boucher, de Me Jocelyn Auger, et de Louis Carbonneau, ex-grand patron de l’intelligence artificielle pour Microsoft au Canada. Mitch Garber est également conseiller spécial du Fonds.

Inspiration américaine

« On s’inspire de ce qui se fait aux États-Unis », poursuit Me Charpentier. D’abord, on y retrouve des centaines de microfonds de capital de risque. Et l’exemple du cabinet d’avocats de la Silicon Valley Wilson Sonsoni revient souvent dans la conversation. « Ses avocats ont incorporé Google il y a 20 ans, à ses tous débuts, et y ont injecté 26 000 dollars. »

Une participation qui vaut aujourd’hui 56 millions de dollars, selon Mario Charpentier.

« On ne pense pas qu’on va trouver le prochain Google, mais ça donne une idée du potentiel » de l’initiative, poursuit Me Charpentier. Mais les effets collatéraux du Fonds pourraient bien être payants pour la cabinet. « Si ça fonctionne, on pense que ça peut être un facteur de rétention pour les jeunes avocats. » Ceux qui ont à coeur l’entrepreneuriat et l’innovation, notamment.

Sans compter qu’il n’est pas exclu que BCF Ventures puissent donner l’occasion à certains de se faire la main dans les domaines du capital de risque, de l’innovation et des brevets, autant de secteurs où BCF est fortement présent. Les startups financées, qu’elles aient besoin ou non des avocats de BCF, ont quand même accès à l’expertise de ses avocats. Pour le réseautage, notamment.

L’an dernier, Mario Charpentier et ses associés lançaient BCF Imagine, un programme de parrainage pour les startups. Des rabais sur les honoraires, des forfaits exclusifs, d’accompagnement stratégique et juridique, à des formations exclusives, et l’accès au réseau d’affaires de BCF et de ses professionnels.

BCF Ventures est donc le complément parfait.

« Oui, c’est une stratégie d’affaires, mais c’est aussi très rassembleur comme projet » mobilisateur et innovant.

À l’heure où les cabinets cherchent de nouveaux créneaux et souhaitent augmenter leur valeur ajoutée, BCF Ventures se démarque.

« Va-t-on réussir? Va-t-on faire des erreurs? Je ne le sais pas. Chose certaine, depuis deux semaines qu’on a lancé le fonds, on a déjà des contacts avec des partenaires potentiels et intéressés », conclut Mario Charpentier.